L’Inversion de la Courbe

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Théâtre de Belleville , Paris

Du 10 septembre au 03 octobre 2017
Durée : 1h40

CONTEMPORAIN

L’Inversion de la Courbe est une comédie satirique abordant l’omniprésence de la productivité dans notre quotidien et le traitement réservé à ceux qui auraient oublié de faire plus aujourd'hui qu'hier.
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L’Inversion de la Courbe

De

Samuel Valensi

Mise en scène

Samuel Valensi

Avec

Michel Derville

,

Paul-Eloi Forget

,

Alexandre Molitor

,

Maxime Vervonck

  • Une comédie satirique

Partout où il passe, les chiffres le disent, Paul-Eloi est au sommet. Lorsqu’il se fixe des objectifs, c’est pour les atteindre et les dépasser. Tout dans sa vie est en pleine croissance, autant qu’une célèbre courbe qui commence à l’inquiéter.

L’Inversion de la Courbe est une comédie satirique abordant l’omniprésence de la productivité dans notre quotidien et le traitement réservé à ceux qui auraient oublié de faire plus aujourd'hui qu'hier.

  • Note sur le texte

Quel est le but de ce chiffrage permanent auquel nous sommes soumis  ? Pourquoi nous demande-t-on d’être toujours plus performant, plus productif  ? Pour quelle raison nous infligeons-nous ce rapport numérique à notre quotidien  ? N’y a-t-il pas insidieusement posés, dans cette exigence permanente de productivité et de rendement, les jalons de notre déclassement à tous ? N’y a-t-il pas là la promesse qu’il ne nous sera jamais permis d’être improductif ?

Il suffit d’un choc émotionnel, d’une séparation, de la perte d’un proche pour que cette question émerge et pour que quelqu’un, qui avait tout, perde pied en quelques instants. Le refus du chiffre devient la promesse d’une mise au ban. Celui qui n’est pas productif, celui qui ne fait pas mieux aujourd’hui qu’hier, celui qui ne fait pas mieux que son voisin, celui-ci n’a pas sa place. Parce que les chiffres ne pardonnent pas.

Derrière les neuf millions de français qui sont touchés par la pauvreté se cachent des parcours que l’on aurait bien du mal à envisager. Commerciaux, professeurs, médecins, restaurateurs, artistes... les destins brisés ne sont pas ceux qu’on imagine. Je n’en savais rien. C’est seulement en poussant la porte d’une réunion des Petits Frères des Pauvres, rue Léchevin à Paris, que j’ai découvert un visage de la pauvreté que je ne soupçonnais pas : celui des travailleurs pauvres, celui des déclassés, celui qui parle un français parfait, va au théâtre aussi souvent que possible et pense sa situation au travers de nos auteurs.

Cette pauvreté est tabou, elle dérange. Elle dit que personne n’est à l’abri quand tous les discours, à sens inverse, disent qu’il suffit de vouloir pour pouvoir.

Jean Valjean en prison s’interroge  : est-ce moi qui suis responsable de ma situation ou n’est-ce pas la société qui m’a poussé dans mes retranchements ? Ces anciens employés du bâtiments, professeurs, restaurateurs, cadres supérieurs, ces travailleurs acharnés qui se retrouvent à la rue, n’ont-ils pas, eux aussi, été poussés à bout  ? N’y-a-t-il pas, dans un monde qui fait de la récolte de données une valeur marchande lucrative et qui passe son temps à tout mesurer, une propension accrue au burn-out, au dérapage ? Même au repos, le travailleur compte : son nombre de pas, son rythme cardiaque et il va jusqu’à connaître sa vitesse moyenne lors de son footing dominical. La notion de repos disparaît et l’inutilité tend à disparaître. Employeurs, amis, famille et coach sportifs : tous comptent sur nous.

Pour aborder le parcours tragique et classique de celui qui a tout et se retrouve dépossédé, j’ai fait le pari de ne pas prendre le sujet au sérieux, de ne pas le moraliser et d’écrire plutôt une comédie satirique qui joue entre l’exagération de notre rapport aux données et la vraisemblance de celui- ci. Un texte qui joue entre la lointaine distance qui sépare le travailleur confortablement installé de celui qui n’a plus rien, et la vitesse à laquelle il pourrait le rejoindre sur le bord du trottoir. Il fallait que l’inversion de la courbe dont on nous parle tant, soit à la fois proche et lointaine, drôle et cruelle pour celui qui ne s’en est jamais soucié sous prétexte que ça n’arrive qu’aux autres.

J’espère qu’à la sortie de la salle, le spectateur pourra voir «l’Homme à la rue» comme un miroir et trouvera en lui le petit geste qui réconforte et redonne foi en l’autre.

  • Note sur la mise en scène

Nous avons voulu nous plonger dans les deux faces de l’univers que nous explorons avant d’en dégager les rouages. Pour comprendre le parcours qui mène du bureau à la rue, nous nous sommes invités dans les cours de sport collectif fréquentés par les cadres en ébullition et sommes allés à la rencontre des Petits Frères des Pauvres lors d’ateliers ou d’entretiens où certains nous ont raconté leurs parcours.

Utiliser ces deux pendants nous a semblé nécessaire à la compréhension de ces cheminements qui créent chez nous neuf millions d’individus vivant sous le seuil de pauvreté, plus de trois millions de travailleurs sous la menace d’un burn-out, plus de trois millions d’emplois précaires et plus d’un million de travailleurs pauvres.

Mais nous n’avons pas voulu utiliser ces matériaux pour penser une tragédie ou une leçon de morale mais plutôt pour penser une satire où notre angoisse des chiffres traduit notre peur d’être inutiles, où notre manque d’empathie traduit notre manque de recul et où nous refoulons les chiffres du chômage parce que nous avons bien assez de problèmes mathématiques comme ça. Notre premier souhait est de nous faire rire de nous-mêmes et que dans la même salle se rencontrent, tout sourire, l’employé performant et celui qui l’était mais a tout perdu. C’est une farce que nous vivons tous les jours et qui tient ses ressorts comiques dans la sincérité que nous mettons à tout quantifier et à nous comporter en serviteurs volontaires de la performance, en bons élèves de la donnée.

Pour rendre tous ces chiffres visibles, nous travaillons avec le numérique, avec la vidéo et le motion design au plateau, comme une manière de traiter le mal par le mal. La vidéo nous a paru être le meilleur moyen de retranscrire ce que sont ces données qui sont devenues totalement omniprésentes dans nos vies : un construit, une réalité totalement artificielle. Le motion design donne un grand nombre de possibilités. Il permet d’ouvrir des espaces au plateau, d’agrandir une salle en projetant les perspectives que nous voulons, de créer du mouvement grâce à des jeux de lumières, de projeter partout dans l’espace les pensées des personnages. Nous avons utilisé ce matériau pour esquisser mais jamais pour tracer : il suggère des lieux, des espaces, des idées tout en laissant une grande place à l’imaginaire du spectateur.

Enfin nous avons laissé le champ libre aux acteurs  : aucune didascalie dans le texte, un décor minimaliste et des projections en motion design suggestives. C’est en écriture-plateau que se fixe la dramaturgie et c’est en improvisation et en recherche, par le travail corporel, que nous trouvons comment amener les situations au plateau. Et c’est tout naturellement que dans cette invasion numérique qui nous pousse à bout, nous avons souhaité évoquer la vanité de cette fuite en avant en plaçant notre héros bien au centre de la scénographie, dépensant toute son énergie au club médical gym, comptant chaque calorie dépensée en s’acharnant sur un vélo d’appartement... qui n’avance pas.

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