Juste la fin du monde

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Théâtre de la Cité Internationale , Paris

Du 13 au 25 novembre 2007

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Hommage à Jean-Luc Lagarce avec la mise en scène par François Berreur de Juste la fin du monde qui inaugure le thème du retour, thème récurrent dans son oeuvre. Un événement à ne pas manquer dans l'année Lagarce.
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Spectacle terminé depuis le 25 novembre 2007

 

Juste la fin du monde

De

Jean-Luc Lagarce

Mise en scène

François Berreur

Avec

Danièle Lebrun

,

Elizabeth Mazev

,

Clotilde Mollet

,

Hervé Pierre

,

Bruno Wolkowitch

  • Juste la fin du monde

Jean-Luc Lagarce aurait eu 50 ans le 14 février 2007. Cette année le célèbre par de multiples mises en scène de ses pièces, par des manifestations autour de son œuvre, par son entrée au programme des classes option théâtre des lycées. Il serait le premier à s'étonner de cette célébration, lui qui eut tant de mal à faire entendre son écriture du secret. Jean-Luc Lagarce était de Valentigney en pays de Montbéliard, ce « pays lointain » qui donnera son titre à sa dernière pièce.

Il a créé en 1978 à Besançon le Théâtre de la roulotte et dès 1980, soutenu par Théâtre Ouvert, a publié ses pièces sous forme de tapuscrits. Mais elles n'intéressent personne et lui, met en scène Beckett, Ionesco, Molière.

En 1987, il écrit dans son journal « Travail sur « mes deux dernières années ».Travail sérieux. Dire la vérité vraiment. Parfois je m'éloigne, je raconte une histoire, je triche. Revenir à la difficulté » Ces notes qui font allusion à un projet de roman seront le point de départ du synopsis de Juste la fin du monde qu'il écrira à Berlin en 1990.

Un jeune homme revient chez lui, dans sa famille qu'il a quittée il y a longtemps. Il a le projet de dire. Dire qu'il va mourir. Et il repart sans avoir rien dit d'autre que les choses ordinaires qu'on se dit dans les familles quand on ne sait pas quoi se dire. Juste la fin du monde inaugure le thème du retour qu'il reprendra dans J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne et dans Le Pays lointain.

Jean-Luc Lagarce est le maître de la variation qui fouille jusqu'à dire la sensation juste, mais il est aussi l'écrivain du non-dit et nous laisse décrypter ses chants obsédants. François Berreur, entré au Théâtre de la roulotte comme comédien, s'est bientôt investi dans la vie de la compagnie et a fondé en 1992 avec Jean-Luc Lagarce la maison d'édition Les Solitaires intempestifs qu'il dirige maintenant.

Il a créé en 1998 Le Voyage à La Haye avec Hervé Pierre, qui fera partie d'un tryptique Le Rêve de la vieille (Music-hall, Le Bain, Le Voyage à La Haye) et qui racontait les aventures théâtrales du fils prodigue. Avec Juste la fin du monde, il entreprend avec Hervé Pierre le retour vers le passé.

  • Juste la fin du monde. Note d'intention

"Comme un dernier voyage, une dernière histoire, un dernier adieu... Tant de princes pleins de promesses et tant de rois décevants..." Jonathan Swift.

Travail sur Mes Deux Dernières Années. Travail sérieux. Dire la vérité, vraiment. Parfois, je m'éloigne, je raconte une histoire, je triche. Revenir à la difficulté. C'est épuisant. Pourquoi est-ce que je fais ça ? Si je conduis au bout cette affaire, je couperai tellement de choses, je les détruirai. J'en aurai fini. Ce sera comme mourir, disparaître. En être capable. [Août 1987]

Ce texte extrait du Journal de Jean-Luc Lagarce qui fait référence à une tentative d'écriture d'un roman, donnera deux années plus tard le synopsis de Juste la fin du monde. À cette date, il ne sait pas encore qu'il est séropositif et sans nier la part d'autobiographie dans ses textes, elle ne me paraît pas si intéressante comme clé de compréhension.

Je ne crois pas que le personnage de Louis va mourir, que lui en soit convaincu quand il le dit c'est une chose, me paraît plus passionnante sa tentative de ne plus tricher. Et ne plus tricher c'est écouter les autres, les voir comme ils sont, refuser de les juger comme il serait si facile de le faire, et les raconter comme on voudrait qu'ils soient.

C'est là l'immense force de ce texte, laisser le mépris ou la condescendance pour accepter la vie des autres, et même s'il a le pouvoir de les écrire, ne pas tricher c'est accepter d'en percevoir le détail, la richesse et la pauvreté, accepter que ces vies si lointaines, que l'on n'aurait jamais voulu pour soi, puissent être belles, héroïques, romanesques avec, elles aussi, leurs secrètes douleurs.

Le paradoxe c'est que c'est bien la tricherie qui est réclamée par chacun, pour son jeu de masques et ses possibilités de rêves ou de fuites.

Nous aussi nous avions cru à la reconstitution d'un week-end à la campagne dans la famille, mais c'est l'histoire d'un monde de théâtre, l'histoire d'un homme qui se rêve Prospéro mais qui n'a simplement pas le pouvoir de modifier les êtres.

Il peut tout changer autour, faire voler les décors et décider d'éteindre la lumière et décider qu'ils sont là et l'instant d'après qu'ils ne le sont plus, mais le coeur des êtres il ne le changera pas et la souffrance de chacun il ne peut la guérir, il ne peut qu'accepter, s'accepter soi et les autres.

N'y aurait-il que la tricherie comme ultime vérité ? Le mensonge du théâtre comme lieu de la plus sincère confession ?

En revenant au pays, un roi si longtemps absent, découvre que la succession est déjà prévue, on n'attend plus que la mort pour introniser le successeur, déjà l'histoire suit son cours et la vie continue. Et lui qui voulait voir et conquérir le monde va découvrir, peut-être, que les petites histoires des hommes sont aussi nos grandes histoires à tous.


François Berreur, juin 2006

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