Boxing paradise

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MC93 , Bobigny

Du 28 septembre au 07 octobre 2018
Durée : 1h30

CONTEMPORAIN

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Ados

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Documentaire

Le club de boxe est un théâtre naturel et cinématographique. Depuis les limbes, des voix font écho au récit de la vie du comédien et boxeur Hervé Falloux, reçu par un ange. Un corps à corps du théâtre documentaire et de l’autofiction par Stéphane Olry et Corine Miret.
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Spectacle terminé depuis le 07 octobre 2018

 

Photos & vidéos

Boxing paradise

De

Stéphane Olry

Mise en scène

Stéphane Olry

Avec

Hervé Falloux

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Corine Miret

  • La boxe, théâtre naturel et cinématographique

Le club de boxe est un théâtre naturel et cinématographique. Depuis les limbes, des voix font écho au récit de la vie du comédien et boxeur Hervé Falloux, reçu par un ange. Son examen de passage vers le paradis devient prétexte à parcourir le pays de l’enfance, à questionner la violence...

Stéphane Olry et Corine Miret pratiquent les arts martiaux et les sports de combat depuis une dizaine d’années. Ce spectacle se nourrit de deux ans d’immersion au sein du Boxing Beats d’Aubervilliers, auprès notamment de jeunes pugilistes qui suivent des séances de soutien scolaire avant l’entraînement. Un corps à corps du théâtre documentaire et de l’autofiction pour lequel La Revue Éclair renoue avec la réalisation vidéo.

  • Mot de l'auteur et metteur en scène

Dans la fiction que j’ai écrite, la salle de boxe est une métaphore des limbes. Un ange, gardien de l’au-delà, accueille un auteur à l'orée de la vie et de la mort. « Je ne voyais pas les choses comme ça », s'étonne le boxeur. L'ange lui répond que le paradis prend la forme de ce qu'on a désiré le plus durant sa vie, consciemment ou non. Dans son cas, c'est un club de boxe. Il désire revenir sur terre. Ce retour lui sera-t-il autorisé ? Sa vie, résumée dans sa courte carrière de boxeur, sera examinée pour en décider.

Le combat sur un ring auquel il se préparait se trouve finalement remplacé par un autre combat, décisif, contre la maladie qui s’empare de son corps.

Dans la mise en scène de Boxing Paradise, je prends le club de boxe comme décor cinématographique, en créant avec Cécile Saint-Paul (vidéaste) et Bertrand Renard (scénographe) une installation formée d’images tournées dans le club de boxe.

  • Entretien

Quand et comment avez-vous rencontré la pratique des sports de combat ?
Corine Miret : Il y a une dizaine d’années, j'avais arrêté la danse (j’étais danseuse) et j'avais envie d'essayer un sport de combat. J'aimais beaucoup les danses à deux et je me suis dit que ce dialogue entre deux corps se trouve aussi dans les sports de combat : un rapport d'altérité mais dans un affrontement. Ça je ne l'avais jamais expérimenté : en danse on apprend à être avec et pas contre à priori. J'ai alors connu un professeur de boxe française extraordinaire, à Montreuil, qui m'a affirmé : « Il y a deux choses qu'il faut absolument faire dans la vie, c’est monter sur scène et monter sur un ring ! Là tu es face à la vérité, tu ne peux pas t’échapper ». Il était aussi réalisateur de films. J’ai pratiqué la boxe française en loisir, jamais en compétition parce que je m’étais blessée en dansant - et à l’âge où je commençais je ne pouvais plus faire de la compétition. J'ai trouvé vraiment instructif, pour la première fois de ma vie, de donner des coups, prendre des coups et voir l’effet que ça produit. J'ai pratiqué pendant deux ans, puis j'ai arrêté et j'ai repris occasionnellement. Stéphane Olry : J’ai deux amies qui faisaient du tai-chi, pour moi c’était pour des gens entre deux âges qui mangent des carottes et qui font des mouvements très lents face au soleil levant… bref, tout à fait ridicule ! Elles m’ont expliqué que c’était un art martial et je me rappelle, très simplement, elles m’ont dit : « essaye de me donner un coup, tu n’y arriveras pas ». Et effectivement, j’ai compris. Réellement, j’ai senti que c’étaient des filles qui étaient capables de se défendre et j’ai trouvé ça très utile d’apprendre ce côté guerrier parce que moi j'ai toujours été un peu désarmé face à ce genre de situations. J'ai alors pratiqué une forme de tai-chi relativement martiale qui est le Wudang. Puis j’ai observé Corine à la boxe française et je me suis dit : c'est quand même bien quand les coups sont portés et j'ai eu envie d’essayer. Je fais du tai-chi depuis dix ans et de la boxe depuis trois ans.

D’où l’idée de produire des spectacles sur les arts de combats ?
C.M. : Avec le conseil départemental de la Seine-Saint- Denis, nous réfléchissions à un projet sur le territoire de ce département. Après cette expérience-là, nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de travailler sur les sports de combat, sur ce rapport du corps à corps, ce dialogue non verbal. Parmi les sports de combat, nous avons choisi la lutte, sur laquelle nous avons créé le premier volet de cette trilogie (La tribu des lutteurs) et la boxe qui fournit le contexte des deux autres volets (Mercredi dernier et Boxing Paradise). Au départ, il y a donc cette envie de nous attacher - et moi je viens de la danse - à cette forme de connaissance de l’autre qui ne passe pas par le verbe, c’est quelque chose qui nous semble fondamental. Et puis, dans les sports de combats, il y a ce moment décisif qui a beaucoup à voir avec le théâtre, où on monte sur le ring pour gagner ou pour perdre. Cet enjeu évoque de très près celui du comédien qui rentre en scène.

Vous avez multiplié les expériences d’ateliers et de résidences en Seine-Saint-Denis tout en étant tous les deux parisiens. Qu’est-ce qui motive votre choix de travailler sur ce terrain là ?
C.M. : Au tout début c’était un hasard : il y a quelques années le Conseil Départemental nous a proposé de faire une résidence de création dans un collège à Bondy, pendant un an. Nous y avons travaillé à trois, avec le compositeur Jean-Christophe Marti, sur notre spectacle Tu oublieras Henriette. Nous y allions une semaine par mois et nous retrouvions une classe spécifique de quatrième avec laquelle nous partagions nos pratiques. Moi la danse, Jean-Christophe le piano, et Stéphane le travail de clown plutôt. Et il faut dire qu'il y avait chez ces jeunes une vitalité extraordinaire, une très forte impression qui suggère : « l’avenir est là ! ». À la suite de cette expérience, nous avons maintenu de bons contacts au Conseil Départemental, puis avec le Théâtre de la Commune à Aubervilliers et la MC93 à Bobigny. Nous avions envie de continuer à travailler sur ce territoire. De plus, concernant les sports, il y a en Seine-Saint-Denis beaucoup de clubs et notamment certains avec des femmes sportives d’élite. Il y a là quelque chose de puissant et des gens qui se battent dans tous les sens du terme.
S.O. : Le spectacle qu’on a créé avec les jeunes du collège, qui a été joué une seule fois au Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet, pour moi fait partie des meilleures choses qu’on ait faites. Quand ça nous plaît, on continue. C’est un territoire en mutation, plein de paradoxes.

Quel est votre bilan aujourd’hui de ce dépaysement urbain et social ?
S.O. : Nous avons surtout fréquenté les clubs de sport, rencontré des entraîneurs, des sportifs et là le bilan est extraordinaire : d’abord nous avons rencontré deux coproducteurs, ce sont le club de lutte les Diables Rouges à Bagnolet et le Boxing Beats à Aubervilliers. Et dans les deux cas, il faut voir comment nous avons été accueillis, la curiosité et l’engagement dont nos interlocuteurs ont fait preuve, de quelle manière ils se sont déplacés dans leurs certitudes - je ne sais pas si on parle là de valeurs sportives - mais si le monde entier pouvait s’en inspirer… Et je ne parle pas seulement de l’encadrement de ces deux clubs mais également des sportifs qui ont été très disponibles et patients alors que leur temps est très précieux : le temps d’une carrière sportive est court, le temps de l’entraînement est toujours pris sur le travail et aménager desactivités artistiques en plus pour elles et eux est compliqué.
C.M. : La Seine-Saint-Denis, clairement ça n’est pas notre monde, nous sommes à un endroit, les personnes que nous avons rencontrées viennent d’un autre endroit, mais ce qui est fascinant c’est que la rencontre est possible même si on est différent. C’était particulièrement frappant pour moi quand je suis allée au Blanc-Mesnil pour créer Mercredi dernier. Je me suis retrouvée dans des clubs non mixtes de femmes qui se voilent après le cours et je me suis demandé les premières fois : est-ce que je reste ? La religion, quelle qu’elle soit, m’a toujours repoussée mais j’ai décidé de persévérer. Et c’est là que tous les à priori tombent - beaucoup en tous cas. Des a priori qui sont démentis par la rencontre, tout bêtement, par le fait de se connaître mieux, d’avoir pratiqué ensemble, d’avoir échangé, vécu des moments communs. On se dit tout à coup que même si on a des histoires très différentes, des milieux sociaux très différents, mêmes si je ne suis pas « issue de l’immigration », on peut se rencontrer, c’est ça que je trouve fascinant. Ce que ces femmes m’ont raconté, j’aurais pu aussi le raconter parfois, on trouve des proximités incroyables et ça c’est merveilleux !

Quel genre de rencontres se produit sur un ring ?
S.O. : Ce qui est bien dans les sports de combats c’est qu’on ne peut pas trop se payer de mots. Et on sait assez vite quel est son niveau ! Ça clarifie beaucoup les choses dans les relations ! Quand on met les gants contre quelqu’un, on est obligé de le prendre en considération totalement. De la pointe des pieds jusqu’au sommet du crâne : c’est rare de prendre quelqu’un en considération autant que ça. La personne en face est vraiment « assurée de notre plus haute considération » parce que si on détourne le regard on s’en prend une ! Et, c’est incroyable, quand on boxe contre quelqu’un, chacun a des manières d’être complètement différentes et qui ne sont pas forcément perceptibles avant ce moment-là. Ce qui peut se révéler là de certaines personnes est très étonnant et du point de vue de la rencontre extrêmement riche. Et on y est forcé : le dispositif du ring fait qu’on ne peut pas se réfugier derrière ses préjugés sociaux, derrière ses acquis, derrière une analyse intellectuelle, etc. On est tous au même niveau, il y a là quelque chose de très démocratique et ça c’est appréciable.

À travers vos spectacles vous explorez des formes singulières de représentation : visite guidée, conférence, situation réelle organisée sur le plateau, représentation en appartements… Selon vous qu’est-ce qui « fait théâtre » ?
C.M. : Pour répondre, je ne dirais pas « théâtre » mais plutôt « spectacle » parce que pour moi la différence entre théâtre, danse, musique n’est pas essentielle de ce point de vue, ce sont juste des catégories. Ce qui importe c’est l’idée de spectacle et ce qui fait spectacle c’est le rendez-vous. C’est-à-dire que nous nous sommes là et les spectateurs à qui le rendez-vous a été donné sont là, à une heure donnée pour une durée donnée. Et c’est ça qui fait qu’il y a spectacle ou représentation. Et comme l’indique ce terme ça veut dire qu’on re-présente cette chose chaque jour en présence de personnes différentes. C’est un lieu, une date, un rendez-vous.
S.O. : Et pour pousser ce concept dans ses limites, aux débuts de La Revue Éclair nous avions édité des manifestes où nous cherchions à déterminer quelle était la « plus petite quantité de spectacle » possible ! Et nous avons envisagé : le noir et le silence, une lumière s’allume et puis s’éteint. Bon, on est déjà devant une forme de spectacle ! Mais c’est parce qu’il y a eu rendez-vous. Si la lumière s’allume puis s’éteint, mais qu’il n’y a pas eu de rendez-vous, on peut appeler ça une oeuvre plastique. Donc il y a spectacle s’il y a rendez-vous avec un début et une fin, je pense que ça c’est important. Mais pour faire spectacle - pour nous du moins, il n’y a pas besoin de gens sur scène, ils n’ont pas besoin de parler forcément, pas besoin de danser non plus, pour moi il n’y a pas besoin de talent particulier, ni de virtuosité, mais en même temps je pense qu’il y a quelque chose qui est pensé, prémédité parce qu’il y a rendez-vous. Après, ce qui est compliqué c’est que les formes de spectacle mutent et il n’en reste rien à la fin. De tout ça il ne restera rien et ça me plaît beaucoup comme idée parce que de toutes façons c’est ce qui va nous arriver à tous que je sache ! Ce qui reste est dans la mémoire des gens, c’est ce qu’on va en dire. Et pour en revenir à cette idée de rendez-vous, il importe aussi d’être clair sur la proposition que constitue ce rendez-vous. Le spectateur doit savoir, sans gâcher la surprise, à quel genre de chose il peut s’attendre.

Ce qui caractérise votre travail, dans le champ du théâtre documentaire, c’est toujours une implication personnelle dans ce que vous représentez. On sait quand on vient voir un spectacle de La Revue Éclair, que l’on va aussi avoir de vos nouvelles. De quel ordre seront-elles cette fois ci ? !
C.M. : Cette fois-ci la principale incursion de la réalité dans notre travail vient du côté de notre ami, le comédien Hervé Falloux, avec qui nous avons très souvent travaillé. Hervé suivait les entraînements au Boxing Beats avec Stéphane et, naturellement, nous l’avions convié à se joindre au projet dès ses prémices. Mais Hervé s’est retrouvé à mener un autre combat : contre la maladie et a dû provisoirement arrêter la boxe. Nous avons décidé ensemble d’évoquer son histoire dans l’écriture du spectacle, de manière plus ou moins métaphorique. Par ailleurs, on entendra également dans le spectacle des extraits du blog de Stéphane, mais qui ne seront pas forcément identifiés comme tels.

La Revue Éclair a réalisé et diffusé de nombreuses vidéos de création dans les années 80. Vous renouez pour ce spectacle avec l’une de vos anciennes pratiques artistiques…
S.O. : La boxe se passe à un endroit où le verbe n’est pas primordial. Si les gens font de la boxe c’est aussi parce qu’on peut s’y passer de parler, autrement ils feraient du théâtre ! C’est un langage du corps. Les interviews recueillies sont très bonnes mais parfois on tombe sur des gamins qui s’expriment plus naturellement par leurs gestes, leurs attitudes, par des rythmes, par des manières qui ne sont saisissables que par l’image. Et puis, il y a cet aspect très cohérent et cinématographique du club de boxe où les choses se posent naturellement pour entrer dans l’image.
C.M. : En plus les sportifs ont l’habitude qu’il y ait tout le temps des gens qui prennent des photos et qui filment. Quand on arrive dans un club de boxe ou de sport avec une caméra, sa place est tout de suite trouvée, on a une légitimité. Les sportifs en ont vraiment l’habitude, ils sont très à l’aise avec ça, beaucoup plus que des comédiens !

Propos recueillis par Tony Abdo-Hanna, pour la MC93, Mars 2018.

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