Bovary

Espace 1789 , Saint-Ouen

Le 12 avril 2018
Durée : 2h20

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Traduit en justice pour « attentat à la morale » Gustave Flaubert a fait retranscrire les minutes du procès. Le texte de la pièce de Tiago Rodrigues mêle les procès-verbaux des audiences, la correspondance de Flaubert et certaines séquences du roman.
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Bovary

De

Gustave Flaubert

,

Tiago Rodrigues

Mise en scène

Tiago Rodrigues

Avec

Mathieu Boisliveau

,

David Geselson

,

Grégoire Monsaingeon

,

Alma Palacios

,

Ruth Vega Fernandez

  • Version française de Bovary

Spectacle créé par Tiago Rodrigues en juin 2014 à Lisbonne avec une distribution portugaise, Bovary est une adaptation de Madame Bovary par le prisme du procès fait à Flaubert pour « attentat à la morale » . Le texte de la pièce, écrit par Tiago Rodrigues, mêle les procès-verbaux des audiences, la correspondance de Flaubert et certaines séquences du roman.

Texte et mise en scène Tiago Rodrigues, d’après le roman Madame Bovary de Gustave Flaubert et le Procès Flaubert. Traduction française Thomas Resendes.

  • La presse

« Une plongée envoûtante dans l’œuvre de Flaubert, qui, par une voie détournée – le procès intenté à l’écrivain en 1857 pour immoralité –, fait rebattre à tout rompre le cœur de l’héroïne. Emma ressuscite sous nos yeux, amoureuse et libre pour l’éternité. (...) Rodrigues maîtrise avec naturel et fluidité ce chassé-croisé entre histoire, littérature et théâtre. Cultivant le côté « free style » du théâtre de plateau – gags potaches, intermèdes aux allures d’impros –, il multiplie les morceaux de bravoure (...) » Philippe Chevilley, Les Echos, 14 avril 2016

« Tiago Rodrigues part de ce procès, il s’en délecte avec gourmandise car l’accusation, en la personne de monsieur Pinard, « l’avocat impérial », n’est pas une brute épaisse mais un fin lecteur. (...) Via le procès fait à au texte de « Madame Bovary », de preuve accusatrice en réponse courroucée, on entre logiquement dans le corps du texte où la citation tient lieu de preuve, puis, par un léger glissement, on s’installe dans le roman, livre en main pour ainsi dire. » Jean-Pierre Thibaudat, Mediapart, 17 avril 2016

  • Entretien avec Tiago Rodrigues

De quelle manière, dans le projet Bovary, le procès de Flaubert pour attentat à la morale vous sert-il de point de départ à une adaptation de Madame Bovary ?
Au point de départ du projet Bovary, il y a avant tout Flaubert et l'envie de travailler sur son premier roman. En faisant des recherches sur Madame Bovary et sur l'auteur, je suis tombé par hasard sur une vieille édition portugaise du roman dont la préface était justement le compte rendu des débats du procès Bovary de 1867 pour atteinte aux mœurs publiques. J'ai constaté que les discours des avocats dénonçaient exactement ce que moi, je cherchais dans le roman, et que les mots de l'auteur pouvaient non seulement toujours « contaminer » le lecteur mais n'avaient en rien perdu de leur puissance.

Ce nouveau constat, sur le pouvoir des mots, faisait écho à un spectacle que j'ai créé en 2012 : Trois doigts sous le genou. Dans ce projet, j'abordais les difficultés rencontrées par les auteurs de théâtre au moment de la dictature fasciste au Portugal. La proposition était construite sur un collage de propos énoncés par les censeurs pour justifier les coupures qu'ils avaient imposées aux mises en scène. Plus récemment, mais toujours dans cette perspective, By Heart explore, entre autre, la capacité des mots à résister au totalitarisme.

Pensez-vous que l'art a la même puissance de liberté et de libération à notre époque qu'à celle de Flaubert ?
Cette interrogation est à la base même de mon travail, car j'ai l'envie profonde de proposer des projets artistiques qui puissent pousser et aider les gens à penser. Aussi, la manière dont nous vivons, nous organisons, est une question que j'adresse aussi bien au public qu'aux personnes collaborant à mes projets. Ce ne sont pas les réponses qui importent, mais la nécessité attentive à poser de bonnes questions. Près de 150 ans après sa parution, Madame Bovary a toujours cette puissance de questionnement.

Comment avez-vous agencé, dans votre écriture de Bovary, les différentes couches de langages : juridique, intime et artistique ?
Le théâtre a cette magie de pouvoir mêler étroitement les discours intimes et publics et cette fabuleuse capacité du théâtre est au cœur même de mon écriture. Pour ce spectacle, il m'était non seulement possible de mêler les propos des avocats à ceux de l'auteur, mais aussi de les intégrer dans la langue même du théâtre. C'est pour parvenir à ce résultat que j'ai beaucoup réécrit les éléments du procès tout en maintenant, bien évidemment, la même rhétorique sur les mêmes idées.

En fait, la question que je me suis posée est la suivante : comment réécrire le procès aujourd'hui ? Ce qu'il était important de noter et de garder en mémoire, c'est que la personne jugée n'est pas Flaubert mais Emma. Il fallait donc revisiter ce procès en montrant bien que Emma est assise au banc des accusés où elle est tour à tour désirée et manipulée aussi bien par l'avocat de l'accusation que par celui de la défense.

Comment avez-vous dirigé le travail des acteurs autour de ces trois niveaux de langage ?
Le défi pour les comédiens est de créer le langage de la scène. Il y a différents niveaux de langue dans mon écriture, mais sur scène nous ne sommes pas obligés de nous soumettre à leurs protocoles respectifs d'énonciation. Il y a sur le plateau une totale liberté de confondre, de manipuler, de mêler. La magie du théâtre permet de changer de lieu, d'espace, de temps tout en étant intensément présent ici et maintenant.

Pour Bovary, on joue avec les différentes couches du texte en les mixant afin d'offrir au public la liberté de démêler l'apparente confusion. Il y a par exemple tout un passage sur la façon dont on tombe amoureux. Mais même si nous racontons une histoire, c'est un débat qui est proposé et il y a de la joie dans ce mode d'échange et de pensée.

Quelle définition du « mot juste » donneriez-vous ? Et de quelle manière Bovary participe t-il de cette recherche si importante pour Flaubert ?
Cette idée du « mot juste » est très séduisante mais le théâtre ne peut se construire que sur une marge d'erreur. Nous nous situons d'une certaine façon légèrement en marge de la rigueur et nous exposons plutôt un état de recherche qu'une présence du mot juste. Dans notre proposition, l'écriture romanesque de Flaubert, toujours très précise dans le récit, est très présente. Nous la plaçons en opposition aux discours des avocats qui, eux, sont extrêmement ronflants et baroques.

Flaubert, c'est bien connu, donne à entendre une écriture très clinique, très délicate, comme élaborée à l'aide d'un scalpel, alors que les avocats dépècent brutalement toute cette finesse. Ce qui les amène inévitablement à une interprétation grossière et partiale de Madame Bovary. On constate une fois de plus à la lecture du roman, que l'auteur n'a pas d'autres lois que celles de l'art et que celles-ci semblent viscéralement opposées à celles qu'imposent la justice. À notre époque, d'ailleurs, resurgit avec virulence un indéracinable malentendu entre la liberté nécessaire à la création et les contraintes qu'énoncent la société. Dans le projet Bovary nous recherchons à faire émerger une matière juste qui pourrait s'exprimer à la frontière fragile située entre la loi et l'art.

De quelle manière, comme vous le déclarez, Bovary est-il « Une recherche artistique inédite dans votre parcours » ?
Ma réécriture est étroitement liée au rapport particulier que j’entretiens avec le passé, avec celui des écrivains, avec tout le processus d'écriture de leurs romans, aux époques qui donnèrent naissance à leurs œuvres. Pour Bovary, c'était la première fois que j'utilisais une œuvre comme source de mon travail et la première fois que je proposais une adaptation. J'ai continué par la suite avec Antoine et Cléopâtre.

Au cours de l'élaboration de ce travail, vous avez fait de nombreuses recherches sur les scandales artistiques. Quels sont ceux que vous retiendriez, et de quelle manière particulière s'y s'affrontent l'art et la loi ?
Baudelaire a été persécuté par le même avocat de l'accusation que Flaubert, mais contre Baudelaire, Maître Pinard a gagné. Le plus remarquable est que dix ans plus tard, l'avocat publiait ironiquement un recueil de poèmes érotiques.

Actuellement, en Europe, on assiste à un retour des censures artistiques et je pense que c'est le bon moment pour redonner à entendre sur scène les éléments du procès Bovary. 1867 est un moment charnière pour la France. Flaubert n'était pas un provocateur et sa mise en accusation était étonnante pour une France qui, depuis les Lumières, avait plutôt une tradition de liberté d'expression. Cet acharnement des conservateurs contre Flaubert indigna beaucoup les amoureux de l'art et de la littérature de l'époque.

En quoi Bovary constitue t-il une approche du « danger des mots » ?
L'idée est que le spectacle lui-même tombe amoureux d'Emma, le montre et le fasse entendre. Emma nous contamine au cours de la soirée et c'est ce désir impossible à combler, dévorant Emma, qui nous atteint. J'ai lu Madame Bovary à treize ans et j'ai été touché jusque dans mes gestes quotidiens en découvrant cette approche quasi clinique de l'insatisfaction. Cela m'a beaucoup perturbé. C'est là tout le danger de l'art, la menace portée par une pensée qui n'est pas logique. Dans Madame Bovary, il y a comme une transcendance qui n'est pas véritablement explicable, et c'est ce mystère impossible à cerner qui est très fort chez Emma. Il y a une fièvre qui la ronge sans que l'on puisse savoir ce qu'elle est, quelque chose, comme dans l'art, qui échapperait à la normalité. C'est pour cela que cette proposition tente de fouiller le mystère du mystère.

Elle veut être heureuse comme dans les livres, que ses amants soient des héros de romans. Même si elle est futile, naïve, si ses désirs sont des clichés romantiques, elle exprime tout de même un désir profondément humain. Même si ce désir s'exprime parfois avec mauvais goût, c'est tout de même le désir profond d'aimer et d'être vraiment heureuse.

Vous affirmez que l'équipe d'acteurs français offre à votre texte 160 ans d'intimité avec la France. Pourriez-vous être plus explicite ?
J'ai écrit et créé ce spectacle avec des comédiens portugais. Pour rédiger le texte, j'ai fait des recherches sur l'état de la France à l'époque de Flaubert et principalement au moment du procès. Je me suis alors posé la question du rapport entre un public portugais et ce texte.

Pour la version française, je vais travailler avec cinq comédiens français avec lesquels je vais collaborer et débattre. Ces cinq comédiens ont un rapport particulier avec leur pays et par là même, avec les racines profondes de ce texte auxquelles je demeurerai toujours étranger. Eux peuvent faire sonner des nuances que je ne pourrais entendre sans eux dans les mots de Flaubert.

Je regarde, j'écoute le travail des acteurs. Ce texte appartient à tout le monde, mais l'intimité avec les mots est beaucoup plus forte en France. Le rapport même au sujet du roman est très intime chez les comédiens et, d'une certaine façon, ils sont viscéralement plus proches de ce que j'ai écrit que moi-même.

Gustave Flaubert a fait sténographier à ses frais les échanges qui eurent lieu au cours de son procès. Il considérait que ces paroles étaient la preuve de la stupidité régnant à son époque. Cette stupidité, contemporaine de Flaubert, annonce-t-elle la nôtre, ou sont-elles radicalement différentes dans leurs modes d'expression ?
Le geste de Faubert décidant d'enregistrer le procès est très fort. Il a fixé la stupidité du pouvoir et, en le conservant, nous a permis d'en débattre. Bovary n'aurait pu être créé si Flaubert n'avait pas affirmé : « Il faut une mémoire de cette injustice ». C'est la seule condition pour nous rappeler que des pouvoirs ignorants règnent toujours et tentent de nous faire taire. Je donne une base textuelle, une mémoire pour que l'on s'en serve et que cela soit utile. Le premier geste de la création du spectacle est en fait la décision par Flaubert d'engager un sténographe.

Avis du public : Bovary

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Marie-jo G. (1 avis) 27 mai 2016

Bovary, Je l'ai vu deux fois...Emouvant, drôle, pétillant et surtout très actuel !! Le talent des artistes est indéniable... Et Tiago Rodrigues est divin...
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Patrice C. (25 avis) 15 mai 2016

Bovary c'est un excellent spectacle fait à partir du procès intenté à Flaubert lors de la parution de Mme Bovary; c'est intelligent, drôle, merveilleusement joué et mis en scène j'ai du mal à comprendre les réticences de certains critiques Il y avait devant moi un rang de lycéen qui sont restés attentifs pendant 2 heures
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Romualda V. (1 avis) 14 mai 2016

Un super moment passe parmis les acteur hors du commun
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