Bourrasque

Cartoucherie - Théâtre de la Tempête , Paris

Du 16 mars au 15 avril 2018
Durée : 1h40

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Lorsque Synge se rend en 1898 dans les îles d’Aran, au large de l’Irlande, c’est pour vivre « entouré de gens simples et passionnés comme son cœur ». Il découvre le caractère primitif de leur vie sociale, leur faculté poétique qui se déploie en chansons et légendes, leur familiarité avec le surnaturel. Librement adapté de la pièce L’Ombre de la vallée, Bourrasque en reprend l’argument mais en modifie les enjeux et la portée.
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Spectacle terminé depuis le 15 avril 2018

 

Photos & vidéos

Bourrasque

De

Nathalie Bécue

Mise en scène

Félix Prader

Avec

Nathalie Bécue

,

Pierre-Alain Chapuis

,

Théo Chedeville

,

Philippe Smith

  • Parabole sur le destin

Lorsque Synge se rend en 1898 dans les îles d’Aran, au large de l’Irlande, c’est pour vivre « entouré de gens simples et passionnés comme son cœur ». Il découvre le caractère primitif de leur vie sociale, leur faculté poétique qui se déploie en chansons et légendes, leur familiarité avec le surnaturel.

Librement adapté de la pièce L’Ombre de la vallée, Bourrasque en reprend l’argument mais en modifie les enjeux et la portée. Par un soir de violente tempête, dans une contrée reculée, Nora Burke veille son mari défunt, l’âpre et ombrageux fermier Dan Burke. Silence dans la chaumière isolée quand à la porte frappe un inconnu, nomade des collines, cueilleur d’histoires qui ravive dans l’âme de Nora la soif d’un ailleurs. Les intérêts primant, cédera-t-elle aux avances de Michaël Dara, le marin devenu berger qui vit à quelques lieues et convoite à la fois les biens et la femme  ? Mais c’est méconnaître la malignité du vieux Burke. Et si la mort n’était qu’une ruse  ? Si, soudain, s’éveillait le défunt, chahutant les vivants, que ferait Nora  ?

Nathalie Bécue, dans une langue rocailleuse, fait d’une pièce féroce et drôle une parabole sur le destin. Passé la bourrasque, Nora va dérouler « ses rêves sous ses pas ».

  • La presse

« Les comédiens sont bons. Pierre-Alain Chapuis est grandiose... Irrésistible. » Armelle Héliot, Figaroscope

« Philippe Baronnet signe un spectacle d’ambiance radical, sans espoir dont l’esthétisme ténébreux avale la cruelle dramaturgie (...) Il faut saluer le talent des comédiens qui habitent avec férocité et engagement total leur personnage.  » Olivier Frégaville, Mediapart

« Un spectacle sublime et très prenant à l’écriture étonnante et captivante, aux jeux d’un brio stupéfiant. Un très grand moment de théâtre. A voir absolument. »
Frederic Perez, Spectatif

« Ce spectacle est une échappée belle. Avec l'aide de ses comédiens, leur verve, et le beau travail sur le texte de Nathalie Bécue, le spectateur retrouve le secret d'une poésie objective à base d'humour franc... » Jean Grapin, La revue du spectacle

«  Un magnifique objet poétique... Au-delà du texte et de sa beauté, c’est à une merveilleuse leçon d’humanité que nous convie ce spectacle. » Sarah Franck, arts-chipels

«  Ce drame naturaliste à connotation de réalisme magique à l'irlandaise, entre brume et tourbe (...) bénéficie d'une interprétation remarquable... » Martine Piazzon, Froggy's delight

  • L'adaptation

Bourrasque est né d’un puissant engouement pour toute l’œuvre du poète et dramaturge irlandais John Millington Synge (1871-1909). Je me suis approchée lentement, timidement et avec ferveur de son récit Les Îles Aran, où il relate ses rencontres et sa quête d’histoires auprès des iliens. Un conte a retenu mon attention, celui qui est à l’origine de la pièce « In the shadow of the glen », L’Ombre de la vallée.

Tout en restant fidèle à mes impressions de lecture, j’ai développé librement les caractères, les situations et les récits, attribuant au personnage errant, «John», la démarche de Synge lui-même lorsqu’il s’est rendu dans ces contrées... Je me suis appliquée à inventer un « parler » pour ces quatre taiseux et à y glisser toute la tendresse, toutes les violences qui les habitent : non-dits, pensées loquaces, tempêtes intérieures, révélations à eux-mêmes, ouvertures de la pensée vers l’ailleurs, vers l’issue que chacun cherche inconsciemment.

Les quatre personnages sont des figures massives. Chacun se bat pour avancer. John le solitaire, figure énigmatique, s’enivre de sa marche, de ses mots qui invitent à vivre de- hors, à l’air libre, un monde de rêve et de poésie. Daniel Burke en passant par le tunnel d’une mort sérieusement jouée échappera à son éternelle tristesse pour, peut-être, reprendre confiance en l’avenir. Michaël Dara ne sera plus l’étranger, le marin, et sera - qui sait - reconnu comme berger par le fermier Dan Burke. Alice sortira pour toujours de son immobilisme pour prendre sa vie à bras le corps. Comme dans L’Apprentie sage-femme, spectacle créé en 2012 où nous suivions la morveuse, enfant abandonnée puis adolescente dans son errance, Alice, devenue adulte dans Bourrasque trouve réponse à la question qui se pose à nouveau à elle : Qu’est-ce que je veux ?

Nathalie Bécue

  • Un moment suspendu

J’aimerais que le spectateur voyage vers un monde à la fois proche et lointain, fantastique et concret, sombre et lumineux comme les contes nous y invitent. Ces personnages sont des taiseux. Cette nuit, ils parlent pour vivre. Ils vivent les histoires qu’ils racontent au présent, debout dans la bourrasque, entiers. Ils nous entraînent dans leurs mystères, leurs tourments et leurs désirs. Je cherche à donner en partage un moment suspendu dans le temps où tempête nocturne et bouleversements humains se conjuguent. Que l’émotion du spectateur puisse naître, non parce qu’il s’agit d’une histoire triste, bien au contraire, mais parce qu’elle le saisit sans artifice : il peut y croire avec sa lucidité d’enfant.

Félix Prader

  • J.-M. Synge : Les Îles D’Aran

Récits Premiers, Histoire de Pat Dirane
Un jour que j’allais à pied de Galway à Dublin, voila d’un coup que la nuit me tombe dessus, à dix miles que j’étais de la ville où je comptais rn’arrêter à dormir. Et une pluie dure qui se met à tomber, et fatigué que j’étais à force de marcher, tant et si bien que là-haut en- contre la route une espèce de maison sans toit sur elle, j’y vais droit, ne serait-ce que pour me faire abri de ses murs.

Et comme j’étais à regarder tout autour, je vois une lumière à dix-quinze mètres peut-être, et, là, me disant qu’une maison quelle qu’elle soit serait mieux que là où j'étais, je passe un mur et je m'en vais là-haut vers la maison, histoire de jeter un œil par la fenêtre. Un mort je vois, allongé sur une table, les cierges allumés, et une femme à lui faire sa veillée. Effrayé que j'étais de voir ce mort, mais il pleuvait dur, et, là, je me dis comme ça puisqu'il était mort, il pouvait pas me faire tort. Alors, je frappe à la porte, la femme arrive et elle m'ouvre.
- Bonsoir, ma’ame, que j’dis.
- Grand bonsoir à vous, étranger, qu’elle dit, entrez çà vous garder de la pluie.
Alors, elle me fait entrer, elle me dit que son mari venait juste de lui tomber raide mort sur les bras, et qu’elle était à le veiller cette nuit-là.
- Mais avec la soif noire vous devez être, étranger, qu’elle dit, entrez ça dans la salle.
Et elle me fait entrer dans la salle - une belle maison propre que c’était - elle me met une tasse, avec une assiette par en dessous, devant moi sur la table, plus du pain et du sucre blanc.
Mon thé une fois bu, je m’en retourne dans la cuisine où le mort était allongé, et voilà qu’elle prend sur la table une belle pipe neuve et qu’elle me la donne, avec un petit coup d’alcool fine en plus de ça.
- Etranger, qu’elle dit, vous auriez peur d’être seul avec lui là ?
- Pas ombre de peur, madame, que je dis, ça ne fait pas de tort, un mort.
Alors, elle me dit qu’il faut qu'elle s'en va expliquer aux voisins comment son mari vient juste de lui tomber raide mort sur les bras, et elle part en tirant le verrou derrière elle.
J’ai fumé ma pipe, après quoi je me suis penché et j’en ai pris une autre sur la table. J'étais en train de fumer, la main sur le dossier de ma chaise - tout comme vous êtes là, Dieu vous garde - et mes yeux posés sur le mort, quand le voilà qui ouvre des yeux grands comme les miens, et qui me regarde.
- Aie pas peur, étranger, qu’il dit le mort, je suis pas mort pour deux sous. Arrive ici, aide-moi un peu à me lever, je te dirai tout.
Bon, j’y vais, je tire le drap de sur lui, et je lui vois une belle chemise propre tout sur lui, avec deux beaux caleçons de flanelle. Alors, il s’assoit.
- Une femme mauvaise que j’ai, étranger, qu’il dit, et, là, je suis à faire mine d’être mort en sorte de la prendre en plein de ses manigances...

Texte français, Françoise Morvan, Théâtre de Synge, Actes Sud.

  • La mort en Irlande

Les Irlandais sont passés maîres dans l’art de faire de la mort une festivité, comme de s’amuser dans la vie. Lors d’une veillée funèbre, le gisant est installé à la vue de tous dans la maison de famille, et les voisins passent pour saluer les parents, boire, manger, parler, jouer de la musique, et parfois danser. L’ensemble peut durer plusieurs jours. Ces choses arrivent encore en Irlande, en particulier dans les campagnes. Il s’agit à l’origine d’une idée païenne, comme la plupart des choses de la culture populaire du passé. La spiritualité celtique, les pratiques païnnes et les croyances chreétiennes se sont mélangées. Les veillées funèbres reflètent une peur de la mort : nous gratifions les morts d’un bon au revoir au cas où ils voudraient revenir pour nous hanter. Mais elles reflètent aussi la croyance que la vie et la mort sont entrelacées. Les Irlandais ne cherchent pas à aseptiser la mort, comme d’autres nations.

Autrefois, les veillées pouvaient devenir agitées, étant donné la quantité d’alcool qui était consommée. On pouvait mettre une bouteille de whisky dans la main du gisant, lui mettre une pipe en bouche, ou encore, si la veillée devenait sauvage, le prendre avec soi sur la piste de danse. C’était un signe d’amitié pour le défunt, pas un manque de respect. Il s’agissait de le consoler du malheur d’être mort.

Les Irlandais ont été traditionnellement une bande iconoclaste, et leur culture populaire pouvait être rude, frappante et exubérante. Mais la Grande Famine, au siècle dernier, en a tué une grande partie, bien qu'elle fût déjà en train de disparaître. L'Eglise a toujours été hostile à ces festivités, les voyant comme une menace portée à son autorité, et l’Irlande d’après la Famine est devenue un endroit plus sobre et respectable. Mais on peut trouver des traces de cette culture satirique dans l'Irlande d'aujourd’hui, dans l’irrévérence et la destruction des mythes. Ils n’attirent plus les cadavres sur la piste de danse, mais ils peuvent vous attirer s’ils se sentent d’humeur assez festive.

Terry Eagleton, The Truth about the Irish.

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Avis du public : Bourrasque

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Aline B. (1 avis) 25 mars 2018

La mise en scène de Félix Prader feutre le récit, le mélange aux jeux avec adresse et fluidité. Les mondes se juxtaposent, on n’a rien vu venir. La distribution est brillante. Théo Chedeville et Philippe Smith sont justes et convaincants. Natalie Bécue est lumineuse et émouvante. Pierre-Alain Chapuis, comme d’habitude, nous surprend. Il dégage une puissance de jeu qui donne à son personnage tout le trouble et la cassure qui conviennent. Il est splendide et touchant. Un spectacle sublime et très prenant à l’écriture étonnante et captivante, aux jeux d’un brio stupéfiant. Un très grand moment de théâtre. A voir absolument.
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Luca B. (4 avis) 13 avril 2018

Très bien très bons acteurs et très belle écriture! Très intéressant.
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Nathalie R. (1 avis) 06 avril 2018

Une belle pièce Une belle pièce où on ne s'ennuie pas. Le texte est riche, extrêmement bien dit malgré la difficulté que représentent les envolées lyriques et poétiques. De plus, il y a une histoire ! Très bon moment.
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Mireille D. (2 avis) 06 avril 2018

De bons comédiens mais un texte un peu faible
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Roberto P. (8 avis) 01 avril 2018

Dans une ile et dans la solitude d'une maison tout peut arriver...et la tempete amène l'impensable aussi
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Jean-luc P. (1 avis) 01 avril 2018

bourrasque très bon texte, jeu intimiste et généreux, à voir
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Sylvie M. (1 avis) 28 mars 2018

la bourrasque Un beau texte puissant, porté par des acteurs sensibles et justes, au long duquel les personnages évoluent tous, après être passés par les affres du désir, de l'envie, du désarroi, de la peur, de la liberté, du chagrin, de la déception, de la rupture, de l'amour... Une pièce intimiste en huis-clos. A ne pas manquer!!!
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* S. (1 avis) 16 mars 2018

un immense ennui La pièce est faite de monologues in-ter-mi-nables parfois dits à voix tellement basse qu'on a envie de tourner un bouton invisible pour augmenter le volume. Les propos dignes du "dans quel étagère" sont creux; ils se suivent sans lien comme un fous dans un délire dit du "coq à l'âne". La diction des deux hommes qui parlent en 2ème et en 3ème est parfois incompréhensible. On a envie de dire au comédien "quoi?". Les personnages on une épaisseur de papier à fumer car en deux ou trois élucubrations qui se suivent ils disent une chose et son contraire. Je me suis ennuyé à mourir. Je crois être le premier à réagir car je viens d'assister à la première représentation de ce 16/03. J'espère pour la troupe que je serai le seul à les noter si sévèrement car quad on va au théâtre on veut des dialogues, du mouvement et une histoire. Pour assister à des évocations et à des longues pensées profondes (ou pas) on lit un livre.
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