Bar

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Confluences - Lieu d'engagement artistique , Paris

Du 14 au 17 avril 2008

CONTEMPORAIN

Bar ou quatre jours de la vie de Nino et Petru. Dans l’arrière-salle d’un zinc peu fréquenté, l’un rêve de servir des cocktails, l’autre, au chômage, fricote avec la petite mafia. L’argent sale de l’un pourrait servir le rêve de l’autre mais leurs motivations sont bien différentes. En commun, ils ont leur ignorance et un manque total d’efficacité. Deux losers blottis dans le bar où ils ont échoué.
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Spectacle terminé depuis le 17 avril 2008

 

Bar

De

Spiro Scimone

Mise en scène

Christophe Laparra

Dès 12 ans.
Par la compagnie Théâtre de Paille.

Voyage en plein centre de la Sicile…
Notes et réflexions de travail
Extrait

  • Voyage en plein centre de la Sicile…

Dans l’arrière salle d’un bar peu fréquenté, entre fantasme et réalité, Petru et Nino refont le monde pour échapper à leur réalité monotone, faite de petits boulots et de trafics avec la mafia.

L’un rêve d’un bar à cocktails et de musiques américaines, l’autre voudrait faire fortune en jouant aux cartes. Spiro Scimone nous fait traverser quatre jours cruciaux de la vie de ces personnages dont le destin s’arrête à la porte du bar.

Un univers simple, touchant et d’une profonde humanité…

D’abord comédien et metteur en scène, Spiro Scimone s’est ensuite lancé dans l’écriture de textes de théâtre. Il a vite été reconnu comme jeune auteur contemporain émergeant en Italie.

Les deux personnages inventés par l’auteur s’inscrivent, dans la longue tradition artistique (qu’elle soit littéraire, théâtrale, cinématographique, etc.) du duo (à la fois générateur de complicité et de conflit, donc de jeu).

En les entendant dialoguer, c’est à Beckett que l’on pense bien sûr, au cinéma italien de l’aprèsguerre mais aussi aux burlesques américains, à Charlie Chaplin même, dans la mesure où, plongés tout comme eux dans des situations de départ réalistes, banales et absurdes, ils nous révèlent généreusement leurs failles, leur médiocrité et donc leur humanité : c’est dans cette mesure qu’ils sont des clowns. Ces personnages nous ressemblent avec leurs faiblesses avouées par un geste ou un mot, une situation. Quand nous rions en les écoutant, en les regardant, nous sommes de leur côté, nous rions de nos propres faiblesses décuplées par la loupe d’entomologiste de l’écriture et du théâtre.

Il existe dans l’écriture du texte de Spiro Scimone une musicalité, un rythme, créé en particulier par des effets de répétition, qui en font une véritable partition absurde et poétique susceptible d’être exploitée par les corps et qui est l’essence même du jeu clownesque et burlesque, fondés eux aussi sur la musicalité, le rythme, l’absurde, l’utilisation poétique de l’objet.

  • Notes et réflexions de travail

Ce qui me touche particulièrement dans cette pièce, et dans son écriture, c’est qu’elle est avant tout d’une profonde humanité. Spiro Scimone pose un regard amoureux sur ses personnages et s’abstient de tout jugement à leur égard. Il donne à voir et à entendre le quotidien de gens simples et à partir de cette réalité sociale, il emporte doucement ses personnages, grâce à sa science du langage, notamment de sa construction rythmique, vers un univers plus abstrait. Par le biais d’un humour léger et tendre, il amène le décalage de cette réalité sociale vers une poétique de l’absurde.

Ce qui me passionne, par ailleurs, dans cette pièce et fonde mon respect pour son auteur est l’immense qualité et l’extrême pertinence de sa dramaturgie. Nous sommes dans une arrière salle d’un bar populaire (et peu fréquentée), Scimone dans ses didascalies nous indique : une fenêtre, une échelle, etc… A la lecture de la pièce, on s’apercevra que l’échelle n’est utilisée que lors de la dernière scène pour regarder par la fenêtre. A partir de cette constatation une multitude de questions se posent : « Mais que vais-je donc faire de cette échelle présente en permanence sur le plateau et qui ne sert à rien tout le long ? », « Est-ce possible que cette échelle ne serve que pour cette action de regarder par la fenêtre à la toute fin de la pièce ? ». La réponse est bien évidemment négative. Scimone, à travers ce simple exemple, m’incite donc à échafauder toute une réflexion dramaturgique rigoureuse :

- Tout d’abord, si nos deux personnages ont besoin d’une échelle pour regarder par la fenêtre, c’est que ce n’est pas une fenêtre classique. J’en viens donc à supposer qu’il s’agit bien plus d’un soupirail que d’une fenêtre. Et si tel est le cas, j’en déduis que l’arrière salle du bar se trouve au sous-sol et que donc nos deux protagonistes passent le plus clair de leur temps dans une cave !

- Ensuite, si cette échelle est là en permanence, c’est quelle a une fonctionnalité. A savoir : nettoyer la vitre, changer les ampoules, nettoyer les poussières, atteindre des objets en hauteur, etc… Elle nous renseigne donc, par la persistance de sa présence, sur le quotidien de l’un de nos deux personnages : Nino, le serveur du bar, qui bien que son établissement soit peu fréquenté, continue de l’entretenir.

En cela, cette échelle, ainsi que tous les autres objets présents sur le plateau, agissent comme des révélateurs de l’identité de nos deux personnages et de l’absurdité de leur situation sociale.

De cette absurdité naît un comique de situation, prolongé par des dialogues brefs et précis, où l’humour, qui en résulte, apporte cette touche d’humanité qui fait la grandeur de cette écriture et lui évite totalement et définitivement de basculer dans les travers d’un réalisme plat et complaisant qui ne donnerait lieu qu’à une caricature grotesque.

Je crois que c‘est en s’attachant, dans notre travail, à ce que les objets, les personnages, puissent constamment se dérober, nous glisser entre les doigts, pour rester finalement énigmatiques, que nous rendrons au mieux la dimension si humaine de cette partition dramatique et toute l’infinie finesse de sa composition.

Christophe Laparra

  • Extrait

"Nino : Elle est belle c’te montre… Combien que tu veux pour c’te montre ?
Petru : Six cent mille lires.
Nino : C’te montre vaut six cent mille lires ?
Petru : Elle est ancienne.
Nino : Je pensais moins.
Petru : Tu sais combien d’années elle a c’te montre ?
Nino : Trente ans.
Petru : C’te montre, elle a presque soixante ans.
Nino : On dirait pas qu’elle a soixante ans.
Petru : C’est le cadeau de mon grand-père à mon père, pour sa première communion.
Nino : J’y aurais pas donné plus de trente ans.
Petru : Tout le monde lui donne pas plus de trente ans. Mon père l’a portée que trois fois. Puis elle n’a plus marchée.
Nino : Elle ne marche plus ?
Petru : Non.
Nino : Tu veux six cent mille lires pour une montre qui marche pas ?
Petru : Elle est ancienne !
Nino : Ça veut rien dire… Tu achèterais, toi, six cent mille lires, une montre qui marche pas ?
Petru : Oui. Si j’ai l’argent, oui !
Nino : Et comment tu fais pour savoir l’heure ?
Petru : Moi, ça m’intéresse pas de savoir quelle heure il est !
Nino : Et pourquoi tu l’as achetée, ta montre ?
Petru : Si t’avais l’argent, t’achèterais pas une montre six cent mille lires ?
Nino : Bien sûr que je me l’achèterais ! Mais qui marche, pour savoir comme ça l’heure qu’il est.
Petru : Ah oui ?
Nino : Mais oui.
Petru : Et quel besoin j’ai de t’acheter une montre de six cent mille lires pour savoir l’heure qu’il est ? Donne-moi un petit verre. (Nino sort. Il porte à boire)"

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