36e dessous

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Reine Blanche , Paris

Du 06 au 23 juin 2019
Durée : 1 heure

CONTEMPORAIN

A la fin des années 60, l’usine d’engrais Fertiladour s’implante à Bayonne. Les accidents du travail se succèdent, le progrès est en marche  ! Alors que la liste des décès s’allonge, l’entreprise se contente de mesures superficielles. Voix des experts et des ouvriers, reconstitution du terrain, ou le théâtre comme espace de recherche.
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Spectacle terminé depuis le 23 juin 2019

 

Photos & vidéos

36e dessous

De

Odile Macchi

Mise en scène

Odile Macchi

Avec

Daniel Azelie

,

Lucie Broscher

  • Retour sur l'affaire Fertiladour

A la fin des années 60, l’usine d’engrais Fertiladour s’implante à Bayonne. Les accidents du travail se succèdent, le progrès est en marche ! Alors que la liste des décès s’allonge, l’entreprise se contente de mesures superficielles. Voix des experts et des ouvriers, reconstitution du terrain, ou le théâtre comme espace de recherche. Collaborant avec un plasticien, la sociologue Odile Macchi nous invite à repenser nos choix de société.

  • Historique de l'affaire

De l’implantation de Fertiladour en 1973 à sa fermeture en 1993, des ouvriers broient de la monazite, minerai riche en thorium 232, hautement radioactif, et de la silice pure, avec pour seule protection des masques de peintre en papier. En 1993, l’usine ferme. Les tonnes de terres radioactives restent stockées sur le site. En 1997, les premières mesures de radioactivité indiquent une pollution importante des sols. De nombreux ouvriers et anciens ouvriers sont atteints de silicoses, fibroses, pneumopathies et autres affections pulmonaires.

La direction de l’usine crie à la diffamation, appelle à distinguer les peurs et les faits scientifiques. Quoique n’employant plus d’ouvriers, l’entreprise reste en place, contournant ainsi l’obligation de « laisser les lieux dans lesquels vous les avez trouvés en arrivant », mais les bâtiments se détériorent. En 2006, deux chaudronniers viennent faire une intervention dans l’usine. Une des passerelles qu’ils empruntent à 6 mètres de hauteur cède sous leur poids. Paul L, 28 ans, meurt des suites de ses blessures.

Les instances de contrôle et de régulation industrielles n’interviennent pas avant 2009. L’entreprise, sommée de dépolluer le site, fait racler la terre au bulldozer, pour la déposer un peu plus loin en surface… La pollution des sols demeure, à portée de riverain. Les poussières, quant à elles, sont restées dans les poumons des ouvriers. Quand l’entreprise finit par déserter, tout en restant propriétaires du sol, un nouveau personnage entre en scène : Daniel Gamba, auto-proclamé « aménageur » du site, vend en 2009 quelques 90 000 m2 à des commerçants désireux de s’implanter sur cette nouvelle zone d’activités. Condamné en 2012, Daniel Gamba jette l’éponge, et les parcelles sont rendues à leur déshérence radioactive. En 2011, les premiers ouvriers commencent à mourir. Henri, Roland. D’autres sont en attente, condamnés.

  • Note d'intention

L’affaire – les affaires – du site Fertiladour est / sont exemplaires d’un désastre humain et environnemental global. Il existe des dizaines d’affaires similaires en France, des milliers à travers le monde, avec des équilibres des forces variables. Nous en avons connaissance, saisissons les informations parcellaires à notre portée, et restons avec cette interrogation : Comment est-ce possible ? Comment une situation si destructrice a-t-elle pu se maintenir aussi longtemps ?

Au-delà de la réitération d’un constat impuissant, le récit d’un problème planétaire à l’échelle microscopique d’une bande de terre de quelques hectares se prête à l’examen à la loupe des forces en présence et des combats qu’elles se livrent : le site Fertiladour, reconstitué dans l’épaisseur des expériences humaines dont il est le théâtre – théâtre des opérations, en somme – est aussi l’espace où faire halte, où saisir l’occasion de regarder de plus près les conditions qui rendent possible un tel saccage.

Les spectateurs sont invités à cette exploration du terrain, ce forage souterrain. Ensemble, nous revisitons le site, champ de batailles essentiellement langagières, mais aux pertes humaines bien réelles. Car pour un bon état des lieux, il y a les mesures de radioactivité, les analyses d’air, l’examen des sols, le relevé des formes de maladies des ouvriers, les enquêtes épidémiologiques. Il y a aussi les prises de paroles des protagonistes, qui seules restituent les mécanismes d’une tragédie qui précisément ne se résout pas à la force des chiffres. Façons de décrire l’activité de l’usine, d’évoquer ou ne pas évoquer les maladies, les sites pollués, questions restées sans réponse, affirmations prises comme allant de soi, silences, renoncements, ignorances : tous ces éléments constituent la partition vocale où tour à tour l’on donne de la voix, on s’indigne, on statue, on débat, on découvre, on redéfinit la situation.

Quand parle-t-on de « risques socialement acceptables », de « bilan coûts-avantages », de « recherche de la meilleure technique disponible » pour dépolluer ces « zones susceptibles de faire l’objet de pollution par des terres naturellement radioactives » ? Comment ces mots jouent-ils dans l’ensemble des dispositifs langagiers à l’oeuvre dans une telle situation de crise ? Ou comment les zones d’ombre laissent-elles le champ libre au dégainage d’armes langagières inégalement distribuées ?

L’exposition scénique de l’affaire Fertiladour – des affaires Fertiladour – est bâtie autour de deux « acteurs » principaux : la voix des uns (les constats, justifications, dénégations, prédilections, annonces, revendications des humains impliqués) le corps des autres (l’érosion, la pollution, la colonisation du sol et du sous-sol ; la fragilisation des corps des ouvriers, les maladies, les accidents).

Côté voix : la création s’appuie sur un recueil minutieux – entretiens et sélection d’archives sonores (INA) – des propos des protagonistes, ouvriers, maire, inspecteur du travail, expert en analyse des sols, riverains, médecin… De ce matériau – récit en première personne ou analyse épidémiologique – nous extrayons les ingrédients constitutifs de la tragédie Fertiladour, donnant corps à la joute verbale qu’à distance, les acteurs se livrent. Chacun de nos interlocuteurs fait l’objet d’un travail sonore qui s’attache à manifester la dynamique, parfois sournoise, de la parole, à mettre en évidence la façon dont la parole fait monde, se constitue comme état des lieux. Même lorsque le mot ne se réfère à rien d’autre qu’à lui-même – le mot sans la chose, dirait l’anthropologue Éric Chauvier – il est susceptible de faire autorité et d’imposer le maintien de situations humainement intenables. De ces voix collectées restera une dizaine de séquences sonores de 5 minutes, sortes de capsules où voix, mélodies et sons glanés se fondent en une partition dont les morceaux ressortissent de la dynamique du langage.

Côté matière : à mesure que se dévident ces motifs langagiers, le monde qu’ils déploient s’offre à la vue des spectateurs, orchestré par un plasticien chargé de faire évoluer le terrain, de représenter un environnement en mutation forcée. C’est par le prisme de ce lopin de terre que la saga du Boucau est relatée ; c’est à travers un échantillon de terrain que notre plasticien la mettra en scène, à la façon d’une reconstitution microscopique des affaires Fertiladour et des affaires environnementales en général. Armé de figurines, d’objets miniatures et n’hésitant pas à schématiser le désastre annoncé par d’improbables croquis et autres reconstitutions, il s’aidera de tous les outils les plus rudimentaires – lampe de poche, carton, liquides, loupes – pour nous donner à voir l’univers tapi sous les mots des protagonistes.

Dans une version inversée du ciné-concert qui propose une sonorisation d’un document visuel, notre reconstitution propose une visualisation loufoque d’un document sonore.

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