Un Chien dans la tête

1
2
3
4
5

Espace culturel André Malraux au Kremlin-Bicêtre , Le Kremlin-Bicêtre

Le 29 mars 2014
Durée : 1 heure

JEUNE PUBLIC

,

Marionnette

,

Primaire

Olivier Letellier se frotte à l’écriture de Stéphane Jaubertie pour un théâtre de récit et de marionnettes. Une question posée : comment la honte, cette émotion violente, expérimentée par tous dès l’enfance peut-elle, au bout du compte, nous permettre de nous construire ? Dès 9 ans
Continuer la lecture

Spectacle terminé depuis le 29 mars 2014

 

Photos & vidéos

Un Chien dans la tête

De

Stéphane Jaubertie

Mise en scène

Olivier Letellier

Avec

Camille Blouet

,

Alexandre Ethève

,

Lionel Lingelser

Dès 9 ans.

Un récit initiatique et une vision intime et poétique du monde
La presse en parle
Note d'intention
Note d’écriture
Extraits

  • Un récit initiatique et une vision intime et poétique du monde

Olivier Letellier se frotte à l’écriture de Stéphane Jaubertie pour un théâtre de récit et de marionnettes.

Une connivence naturelle s’est imposée entre l’univers de l’auteur, la pureté et l’oralité de son écriture, et le travail théâtral développé par Olivier Letellier au fil de ses créations. Le pari d’une commande d’écriture à destination du jeune public était lancé. Une question posée : comment la honte, cette émotion violente, expérimentée par tous dès l’enfance peut-elle, au bout du compte, nous permettre de nous construire ?

La maison est ici le lieu du secret : le père et sa folie sont enfermés au dernier étage, la mère refuse cette réalité et ne quitte plus son foyer. Le Fils, lui, va trouver refuge dans son imaginaire pour tenter de dépasser ses peurs et ses douleurs. Mais cela ne suffit pas, chaque fois qu’il sort de son jardin secret pour retrouver la rue, il est immédiatement confronté au regard et au jugement des autres. Entre souvenirs et temps présent, c’est ce long chemin vers l’acceptation qui nous est raconté par le fils devenu homme ; il peut désormais mettre des mots sur ses émotions.

  • La presse en parle

« Un très beau spectacle, dans une formidable conjonction entre les mots et la scène. » Agnès Santi, La Terrasse, le 28 février 2014

  • Note d'intention

Je crée mes spectacles en réécrivant pour le plateau : adaptation d’un conte pour L’Homme de fer, adaptation de romans pour La Mort du Roi Tsongor et Oh Boy !, réécriture à quatre mains au fil des répétitions pour La Scaphandrière et Venavi

Quand j’ai découvert l’écriture de Stéphane, une connivence s’est imposée. Les thèmes, la pureté de l’écriture, le plaisir des mots, l’oralité, les images, la place du récit, tout cela m’a parlé. J’ai évoqué le thème de la honte, une émotion violente et motrice : il a eu envie de s’y confronter, comme moi de me confronter à ses mots, et nous avons fait le pari d’une commande d’écriture. C’est un choix risqué, un processus complexe et extrêmement riche aussi, puisqu’il s’agit de construire ensemble. Les rencontres bousculent les écritures, les langages, les adresses aux publics jeunes.

Comme dans les contes, l’écriture de Stéphane distille du merveilleux dans les situations quotidiennes, emploie des procédés narratifs, cherche l’oralité de l’expression ; mais ses personnages sont toujours incarnés, et le dialogue toujours présent. D’où cette évidence pour moi lorsque j’ai lu ses oeuvres : dès le départ, j’avais l’envie pour ce nouveau projet de poursuivre ma recherche sur la narration au théâtre, mais en réunissant pour la première fois plusieurs comédiens sur le plateau, pour monter un texte faisant tour à tour appel au récit et au dialogue. J’ai demandé à Stéphane une pièce pour trois comédiens. Avec plusieurs protagonistes, le propos s’incarne et s’enrichit : les différents points de vue font appel à différents langages, et les personnages peuvent se livrer autrement que dans la narration, exprimer leurs émotions, les partager directement avec nous.

La honte est une émotion forte, violente, parfaitement universelle, expérimentée dès l’enfance, qui nous contraint à grandir et à façonner notre identité. Nous nous construisons en partie en réaction à des évènements violents, qui nous marquent et deviennent les moteurs de nos choix de vie fondateurs.

Nous avons toujours honte par rapport à quelque chose. Soit on se cache, réaction qui contient en elle-même une certaine violence, soit on fait des choix pour éviter ou affronter la situation qui engendre la honte, et ces choix nous amènent à grandir. Comment grandir ? Une question fondatrice dans le conte, les récits initiatiques, dans mon travail et celui de
Stéphane. Comment la honte peut-elle, au bout du compte, nous permettre de nous construire ?

Je cherche toujours, dans mes choix textuels et scéniques, à juxtaposer l’enfermement et l’ouverture, à traiter en miroir le désespoir infini de l’Homme et sa lumière. Mettre l'adulte face à sa part d'enfance, et l'enfant face à sa peur de devenir adulte. Inventer un univers onirique où angoisses et espoirs cheminent au coude à coude pour nous inciter à penser, à dépasser, à avancer. En abordant frontalement cette thématique de la honte sur un plateau, nous souhaitons inviter les jeunes spectateurs à en reconnaître l’universalité, et à interroger leur façon d’y réagir.

Stéphane et moi partageons le désir d’un théâtre exigeant accessible à la jeunesse, d’un théâtre populaire adressé à un public « jeune » dans son expérience de spectateur. En proposant également des représentations sur le temps scolaire, nous désirons nous adresser à tous les publics, sans distinction sociale ou culturelle. Les jeunes spectateurs ne sont pas encore formatés par les contingences sociales : avec eux, tout reste ouvert. Nous espérons développer leur curiosité, ouvrir leur quotidien en leur donnant à interroger d’autres réalités, et les inviter à partager leurs émotions.

Olivier Letellier

  • Note d’écriture

La pièce s’articule autour d’un personnage principal : le Fils. Il vient raconter son histoire aujourd’hui, alors qu’il est devenu homme et a dépassé sa honte. Désormais, il peut mettre des mots sur ses émotions d’enfant et nous révéler ce qu’il a traversé, jusqu’à devenir ce qu’il est.

Au fil de son récit, il convoque des souvenirs : parfois par le passage du passé au présent, parfois grâce aux dialogues. Il connaît la fin de l’histoire et sait où il souhaite nous emmener, un peu comme un conteur. Mais il a été acteur de cette histoire, et la revit au fur et à mesure qu’il la partage avec nous. Lorsqu’il fait appel au dialogue, il redevient l’enfant d’alors, celui qui ne pouvait ni dire, ni analyser, et semble découvrir les évènements et les personnages en même temps que nous. C’est là que le récit devient théâtral, vivant, et que les émotions peuvent naître.

Il y a trois lieux distincts dans le texte : la rue (l’espace public, dans lequel nous sommes éternellement confrontés au regard de l’autre), la maison (le lieu où l’on cache ses vérités, où l’on se barricade pour fuir ce regard extérieur), et le jardin secret du Fils (un espace salvateur, lieu à la fois du retranchement, de l’introspection et de la prise de conscience). La maison est ici le lieu de la honte : le père et sa folie sont enfermés au dernier étage, la mère ne quitte plus son foyer tout en refusant de nommer cette folie, et le Fils lui-même finit par s’y cloîtrer pour échapper à ceux qui passent et qui disent : les Autres. Dans son jardin secret, où il va convoquer malgré lui Celle qui reste et le Fils de la Baleine, il découvre sa capacité à sortir du monde, à se réfugier dans son imagination. Il y comprend qu’il est possible de dépasser sa honte, ses peurs et ses douleurs par le pouvoir de l’imaginaire. Mais cela ne suffit pas : chaque fois qu’il sort de son jardin secret pour retrouver la rue, il est immédiatement confronté aux Autres. Comme il ne peut se cacher éternellement dans son monde intérieur (au risque, peut-être, de s’y enfermer, comme son père est enfermé au dernier étage), il doit également affronter sa réalité pour pouvoir l’accepter et dépasser sa honte. C’est ce que raconte cette histoire.

Le récit ouvre également des portes sur des questions ou des émotions importantes, sans en donner la clé. Comme dans un kaléidoscope, ces images se succèdent et se superposent pour créer une toile composite, que chacun pourra lire à sa manière.

J’ai souhaité laisser planer un mystère dans l’écriture. Par exemple dans les dialogues avec les Autres : ces scènes renvoient à des choses réellement vécues par le narrateur, mais les a-tils transformées dans son imaginaire, comme ce moment où il se trouve forcé de mimer la folie de son père, devient chien et dévore ses détracteurs ? Celle qui reste et le Fils de la Baleine, qu’il rencontre dans son jardin secret, sont-ils une projection des Autres, de ses parents, ou créés par lui de toutes pièces ?

La commande étant pour trois comédiens, ces derniers (excepté le Fils) vont être polyvalents : nous allons retrouver la mère et les Autres dans le jardin secret, sous les traits des deux amis imaginaires. Là aussi, il y a une étrangeté qui m’intéresse. Je tiens beaucoup à la part du mystère. Libre au metteur en scène de la préserver, de l’entretenir, ou de donner sa propre lecture des choses…

Stéphane Jaubertie

  • Extraits

La honte, au départ, je l'avais pas. Je t'assure, je suis pas né avec.
Au départ, j'étais à poil. Comme toi. Mais j'étais à l'aise. Au départ, on arrive tous comme ça, comme au temps des bêtes. Après, vu que j'étais un garçon, on m'a habillé en garçon, et on m'a mis à jouer avec les autres. Et là, pareil, y'avait pas de quoi rougir.
Et pourtant, quand on jouait, c'était n'importe quoi. On courait dans tous les sens, en gueulant comme des vaches. Ça ressemblait à rien, nos jeux d'enfance. Alors très vite, on s'est mis à la guerre.
Mon moment préféré, à la guerre, c'était quand j'étais mort.
En fait, ce qui est bien quand on te tue, c'est que tu fermes les yeux, et que tu comptes jusqu'à dix.
Pendant ce temps, pour les autres, tu n'existes plus. Tu les entends gueuler tout autour de toi, et il peut rien t'arriver, vu que t'es déjà mort. C'est rien que du temps pour toi. Le temps d'un petit rêve, et déjà, il faut ouvrir les yeux. Et là, c'est comme un jour nouveau. Un monde neuf, qui t'attend.
Alors tu te relèves, et tu vas gueuler avec les autres. Jusqu'à la prochaine mort. Tout était simple.
Avant, parfois, en pleine guerre, y'en a qui se mettaient à jouer à saute-mouton, ou y' en a qui se battaient seul, avec des ennemis invisibles, ou qui s'engueulaient avec les nuages, mais nous, on s'en foutait, c'était normal. Même, en plein champ de bataille, j'en ai vu qui se mettaient à cueillir des fleurs pour leur mère, enfin c'est pour te dire que c'était vraiment n'importe quoi, la guerre, à l'époque. Mais nous on s'en foutait de ce que les autres pensaient, vu que c'était du temps d'avant.
Dans ce temps-là, on se posait pas la question de savoir si c'était bien ou mal, ou si on avait l'air je sais pas quoi. On faisait ce qu'on avait à faire, et puis c'est tout. Et le soir, on s'endormait tranquille comme les bêtes.
Et puis la tête de mon père a commencé à partir.
Avec elle, elle a tout emporté. Le temps d'avant, c'était fini.

Mère : Tu sais, mon chéri, c'est mieux de ne pas inviter tes camarades à la maison.
Fils : Maman, c'est mon anniversaire.
Mère : On va le fêter entre nous.
Fils : C'est à cause de papa, c'est ça ? C'est depuis qu'il est fou ?
Mère : Qu'est-ce que tu as dit ?
Fils : Rien.
Mère : Qui dit ça ?
Fils : Les autres.
Mère : Les autres, c'est les autres. Il ne faut pas les écouter !
Fils : Je les écoute pas, mais je les entends.
Mère : Efface-les.
Fils : Quoi ?
Mère : Fais comme moi. Les autres, tu les effaces.
Fils : On ne peut pas effacer les autres, maman.
Mère : Ne discute pas, je suis fatiguée. Tu les effaces, et puis c'est tout.
Fils : Si on efface les autres, on risque pas de se retrouver seul au monde ?
Mère : Le monde, ça fait longtemps que j'ai fait une croix dessus.
[…]

D'un coup, je me suis retrouvé dehors.
H1 : Hé !
Oh non !
H1 : Ben alors ?
H2 : Ouais, hé !

H1 : Ta mère, t'as des nouvelles ? Et ton père ?
Fils : Ça va, merci.
H1 : Toujours fou ?
Fils : N'importe quoi.
H2 : Il est fou, ou il est pas fou, son père ?
H1 : Bien sûr qu'il est fou.
H2 : Si c'est vrai, pourquoi il le dit pas ? Pourquoi il dit pas que sa mère, elle va partir, et
pourquoi il dit pas que son père est fou, puisque tout le monde le pense ?
H1 : Ben, il est où ? Oh, le fils du fou !
H2 : Hé, fils du fou ? (On entend un grognement)
H1 : C'est quoi, ça ? C'est toi ?
H1 : Ben, non, quand même. (de nouveau)
H1 : Là-bas.
H2 : C'est quoi ?
H1 : C'est... comme un animal.
H2 : Il se cache. Il nous regarde. Qu'est-ce que tu fais ?
H1 : Je sais pas. J'ai envie de voir.
H2 : Attends ! Reste là ! (temps)
H1 : Il est parti. (temps) Ben, tu viens ?
H2 : Je... je peux pas.
H1 : C'est quoi, ça ? Tu t'es pissé dessus ?
H2 : Me regarde pas comme ça.
H1 : Il s'est pissé dessus ! Oh la honte !
H2 : Où tu vas ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Non, attends ! Hé !

[…]

Fils de la baleine : Le lendemain, il faisait beau. Alors je suis allé acheter un marteau.
J'ai démoli la façade de l'appartement.
Il n'y avait plus de mur entre ma mère et le monde. A perte de vue. Alors j'ai loué le camionbenne.
Pour la mettre dedans, j'ai appelé tout le monde. « Hé ! Ceux qui passent ! Oui, vous ! Vousserez pas venus pour rien ! Vous voulez voir ma mère ? Ben, Venez ! Venez m'aidez ! »
Alors dans un silence, comme j'en avais jamais vu, tout le monde s'y est mis. Elle dormait encore.
Sans la réveiller, dans un immense filet, on a descendu ma mère dans la benne du camion, comme une porcelaine.

Celle qui reste (chuchotant) : « Hé, Fils de la baleine ! Où vas-tu, maintenant, avec ta mère
endormie sur le camion-benne ? »

Fils de la baleine : Faire ce que doit faire un fils.

Fils : Qu'est-ce que tu as fait ?

Fils de la baleine : J'ai roulé toute la nuit. Quand je me suis arrêté faire de l'essence, j'ai jeté un oeil dans la benne. A la belle étoile, elle dormait comme un bébé, dans le plus gros berceau du monde.
Au petit matin, j'ai levé la benne, sur la plage, et doucement, ma mère a glissé dans l'eau.

C'est là qu'il aurait fallu que tout le monde la voie. Tous ceux qui passaient leur vie à se foutre d'elle, là, ils auraient compris. Elle ne pesait plus rien, ma mère. On aurait dit un nuage, ou de la musique. Assis dans le sable, je la regardais. Mais c'était tellement immense, qu'il n'y avait plus rien à attendre. D'un coup, dans les vagues, elle a disparu. Le soleil pouvait se coucher, et moi, reprendre la route.
Ouais, ma mère, je le dirais à tout le monde : quand elle nage, on dirait de la musique.

Celle qui reste : Oui. C'est pour te dire ça qu'on est là.

Haut de page

Pourraient aussi vous intéresser

Avis du public : Un Chien dans la tête

0 Note

0 avis

1
2
3
4
5

Excellent


(0)

Très bon


(0)

Bon


(0)

Pas mal


(0)

Peut mieux faire


(0)
Donnez votre avis
Excellent
Très bon
Bon
Pas mal
Peut mieux faire
Vous pouvez consulter notre politique de modération
UTILES + NOTES + NOTES - RÉCENTS ANCIENS

Spectacles consultés récemment