Supermarché

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Théâtre-Studio à Alfortville , Alfortville

Du 02 au 20 décembre 2003
Durée : 2 heures

CONTEMPORAIN

“Permettez-moi de me présenter : je suis un être humain dont on a volé l’identité”. C’est ainsi que Biljana Srbljanovic a introduit son discours, quand elle a reçu le prix Ernst Toller le 1er décembre 1999 à Neubourg.
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Spectacle terminé depuis le 20 décembre 2003

 

Supermarché

De

Edward Bond

,

Biljana Srbljanovic

Mise en scène

Christian Benedetti

Avec

Pierre Banderet

,

Christian Benedetti

,

Michel Fouquet

,

Camille Lacôme

,

Rémi Pous

,

Vincent Tepernowski

Quelques mots de l'auteur
Synopsis
Extrait
Note d’intention
Extrait 2
La presse

“Permettez-moi de me présenter : je suis un être humain dont on a volé l’identité”.
C’est ainsi que Biljana Srbljanovic a introduit son discours, quand elle a reçu le prix Ernst Toller le 1er décembre 1999 à Neubourg.

“Je décris le monde tel qu’il est : trash.
Ce n’est pas notre génération qui changera quelque chose, mais celle des enfants nés aujourd’hui. Nous sommes déjà trop vieux.
Quand je donne des cours à la Faculté, je dis aux élèves : “vous savez comment c’était dans l’ex-Yougoslavie ?”.

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Dans Supermarché, Biljana Srbljanovic nous amène, dix ans après la chute du Mur, dans une petite ville autrichienne où Léo Schwartz, alias Léonid Crnojevic, est directeur d’école. Un journaliste vient l’interviewer pour son journal de province. Une belle occasion pour le directeur de s’élever un monument à la mémoire de son passé de résistant dans un pays de l’Est et de lui présenter une biographie qui n’est que mensonges et inventions. La désintégration sociale - sous une apparente normalité - est déjà bien avancée.
Une société en pleine décomposition.

Ce spectacle a reçu les prix de la meilleure mise en scène, du meilleur acteur et de la meilleure pièce au Festival International de Novi Sad en mai 2003.

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Britta. Monsieur Schwartz, ce n’est pas moi qui choisis les sujets.
Léo. Comment ça ? Qui les choisit alors ? Vous êtes rédacteur en chef.
Britta. Les lecteurs choisissent, Schwartz. Je ne fais qu’écrire ce qu’ils demandent.
Léo. Ce que j’ai à vous raconter fera vendre le tirage, Britta.
Britta. Je n’en doute pas, Schwartz. Malgré tout, nous sommes un petit magazine local.
Léo. Avec mon histoire, vous avez même une bonne occasion régionale.
Britta. Certes. Mais il est trop tard. Nous avons déjà préparé le sujet. L’anniversaire approche, les dix ans de la chute du Mur, il faut couvrir cela : l’Europe avant et après, l’Est n’est plus l’Est, et l’Occident...
Léo... est resté le même.
Britta. Peut-être. Pourtant, les conditions changent. Le temps passe. Les gens discutent. Et c’est le sujet de mon article.
Léo. Que voulez-vous dire ?
Britta. Je serai direct, Schwarz. Dix ans après, la question se pose : Avons-nous encore besoin d’écoles pour les étrangers ?
Léo. Qui pose cette question ?
Britta. “Image et parole”.
Léo. Cela veut dire, vous, Britta ?
Britta. Ah non, pas seulement moi, Schwartz !
Léo. Et qui encore ? Vous écrivez tous les textes.
Britta. Je ne fais qu’écouter l’opinion publique.
Léo. Donc, vous. Bon. Vous.
Britta. Rien contre vous, Schwartz, vous le savez. Notre magazine ne fait que poser des questions. Ce sont les lecteurs qui tirent les conclusions. Et les questions se posent. C’est une nouvelle époque, les frontières n’existent plus, les différences s’effacent ou il faut les effacer. Allons, commençons. Britta lance l’enregistrement. Monsieur Schwartz, que signifie pour vous cet anniversaire ?
Léo prend le dictaphone de la main de Britta et l’éteint.

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L’Europe de l’Est telle qu’elle est devenue, à l’image de l’Occident, un grand supermarché.
Le sens de l’Histoire est tombé dans nos trous de mémoire.
Dans un mensonge permanent.
Seuls à mourir, même nos fantasmes nous ont abandonnés.
Entre le sexe et l’argent, il y a un écart : le commerce.

La seule survie dans cette farce ?
Peut-être l’espoir d’être aimé.

Christian Benedetti

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Jour premier. VIII

La lumière, dans le bureau de Léo, pour la dernière fois aujourd'hui. Fâché, Léo arpente la pièce de long en large. Diana est assise sur la chaise en face du bureau.

Léo. Ce que tu fais doit cesser.
Diana. Quoi, papa ?
Léo. Aujourd'hui, tu as été renvoyée du cours. Vendredi dernier, tu n'es pas allée à l'école. Tu penses continuer comme ça encore longtemps ?
Diana. C'était la fête, vendredi dernier.
Léo. Ne mens pas. Quelle fête ?
Diana. Bouddhiste.
Léo. Diana, nous sommes athées.
Diana. Non, tu es athée. Je suis bouddhiste.
Léo. Et depuis quand, ça ?
Diana. Depuis vendredi dernier.
Léo. Bouddhiste, bon, bon. Et pour combien de temps ?
Diana. Deux semaines. S'engager pour une période plus longue ne serait pas correct envers les autres religions.
Léo. Enfin, mon enfant, où vas-tu chercher toutes ces bêtises... Écoute, Diana, il existe certaines règles, ici. Et tu dois les respecter.
Diana. Ça m'est égal. De toute façon, dans une prochaine vie, je reviendrai en pigeon. Pour conchier ton monument.
Léo. Tu ne seras pas la seule.
Diana. Tu m'étonnes.
Léo est furieux. De la main, il cogne contre la table. Il en fait tout tomber.
Léo. J'en ai marre de ta merde, tu as entendu ! ! !
Diana. Avant que tu ne démarres, sache que je suis fichée comme HSP.
Léo. Comme quoi ?
Diana. Pute. Maintenant, vas-y, je t'en prie.
Léo. Tu n'as pas honte. Il prend la copie de Diana. Et qu'est-ce que c'est que ça ? Diana regarde.
Diana. Ma copie.
Léo lit la copie de Diana.
Léo. " Un jour dont on se souvient. Le jour dont je me souviendrai toujours est le jour de ma conception... " 
Diana. Exact. Qu'est-ce qui ne va pas ?
Léo. Premièrement, il manque une virgule. Deuxièmement, c'est une merde dégueulasse. Et qu'est-ce que tu sais du jour de ta conception ?
Diana. Si tu l'avais lue jusqu'à la fin, tu le saurais. Sais-tu ce que je suis ?
Léo soupire.
Léo. Un oiseau.
Diana. Diana.
Léo. Vraiment ?
Diana. La princesse Diana. Dans sa nouvelle réincarnation. J'ai calculé. J'ai été conçu le jour de ses fiançailles avec ce connard. Comme c'était la fin de sa vie et l'annonce de sa mort prochaine, son âme s'est transférée dans le corps d'un nouveau né.
Léo. Tout ça est écrit ici ?
Diana. Dans les grandes lignes.
Léo. Dans les grandes lignes et sans ponctuation. Diana, mon enfant, qu'est-ce que je vais faire de toi ?
Diana. Vraiment, papa, cela ne t'a jamais traversé l'esprit ? Maman aurait dû le savoir quand elle m'a donné ce nom.
Léo. C'est moi qui t'ai donné ce nom et pas elle. Si on avait écouté ta mère, tu n'existerais pas ! Maintenant, rentre à la maison !
Diana devient triste. Léo est désolé.
Excuse-moi. Excuse-moi, s'il te plait... Tu sais que je n'y ai pas pensé...
Diana. Ce n'est pas grave. Si maman était vivante, elle l'aurait confirmé.

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“ Quelle magnifique et incendiaire dramaturge que cette Biljana Srbljanovic, jeune serbe de trente ans, qui décrit avec une assassine lucidité la vie corrompue et stressante d'une petite école autrichienne. Six comédiens-dynamite, admirablement dirigés, donnent à cette méchante farce grotesque un rythme hystérique et jubilatoire. Une délirante farce coup de poing autour du culte de l’argent, des comédiens épatants et justes jusque dans la folie... ” Fabienne Pascaud, Télérama

“ Une farce noire. Christian Benedetti donne de cette parodie exacerbée du soap opera une vision d’une drôlerie glacée. ” Odile Quirot, Le Nouvel Observateur

Supermarché tonne comme une critique acide d’un monde sans conscience qui a perdu ses valeurs humanistes. ” Gwénola David, La Terrasse

“ La pièce est drôle, mais elle frappe, dérange, alerte ” Lise de Rocquigny, Pariscope

“ Derrière l’évidente réussite de la farce, reste un parcours dans les rayons du supermarché Europe en forme de descente aux enfers de la perversion, une gifle cuisante à notre égo d’européens si corrects. ” Patrick Sourd, Les Inrockuptibles

“ La mise en scène imprime à la fable le juste pli de la satire sociale ” Jean-Pierre Léonardini, L’Humanité

“ Un tempo d’enfer (...) une métaphore subtile sous ses dehors assez trash” Fabienne Darge, Le Monde

“ Benedetti imprime un mouvement infernal à la représentation... Ce regard est d’une férocité sarcastique troublante. ” Armelle Héliot, Le Figaro

“ [on] s’enfonce progressivement, par une sorte de machination géniale de l’écriture, dans une implacable loufoquerie noire. Le tempo est parfait, les acteurs, en grande forme. ” Maïa Bouteillet, Libération

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