Les champs d'amour

Café de la Danse , Paris

Du 01 au 26 février 2005
Durée : 1H20

CONTEMPORAIN

Spectacle déconseillé aux moins de 16 ans. Dans une ambiance de castagne et de fête foraine, neuf filles et garçons s'emballent sur un air de valse jazzy. Les langues glissent sur des glaces aux doux parfums d'enfance, les auto-tamponneuses tournent en cadence. Mais les meutes se déchaînent, transformant ces champs d'amour en chants funèbres. Sans un mot et avec un humour ravageur, Chabroullet nous plonge dans les brouhahas du monde, en montrant ce que l'humain, et lui seul, sécrète encore d'inhumain.
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Spectacle terminé depuis le 26 février 2005

 

Les champs d'amour

De

Denis Chabroullet

Mise en scène

Denis Chabroullet

Avec

Sandy Albertelli

,

Maude Buinoud

,

Romain Chaffard

,

Jérémie Diep

,

Cécile Magnet

,

Elsa Mingot

,

Karen Ramage

,

Diego Tosi

,

Henry Valencia

Spectacle déconseillé aux moins de 16 ans.

C'est la fête !
Ecriture scénique

Ecriture sonore

Les personnages
Post-scriptum 1 : du texte au théâtre sans paroles
Post-scriptum 2

La presse

Les jupes des filles papillonnent de lumière, leurs lèvres rouge-baiser sont prêtes à recevoir l’amour. Les garçons, émoustillés par le désir d’aimer, jouent à séduire, leurs auto-tamponneuses, dans la nonchalance d’une valse lente, tournent comme des derviches en rut. Les langues glissent à n’en plus finir sur des glaces aux doux parfums d’enfance.

Mais le rythme s’accélère, ça tourne vite, beaucoup trop vite, la valse perd pied ! Et roulez Jeunesse ! Les mâles rugissants se jettent sur la crème - vanille, chocolat - et dévorent tout, d’un trait : une meute lâchée sur une proie facile. Les biches sont aux abois.

Quand sonne l’hallali, la mise à mort des rêves d’amour sucrés et les désirs d’enfance, la brume aurorale recouvre les restes encore fumants des « champs d’amour ».

Dans un espace vide, quatre colonnes grecques magnifient les temps de sagesses immémoriales. Les acteurs jouent avec les peurs fantasmées d’un poète vivant dans un monde qui le fait frémir. Denis Chabroullet nous pousse dans un gouffre dantesque, où l’insolite et l’humour ravageur détrônent tout réalisme : lapins, cochons sauvages échappés d’un vieux manège de bois, poupées titanesques, vélos accoucheurs, les métaphores roulantes ou à quatre pattes sillonnent ce voyage dans les brouhahas du monde.

Ici, les meutes humaines sont lâchées dans un théâtre surréaliste, où à chaque instant peuvent surgir pétards, fléchettes et pop-corns, où musiques et ritournelles de tout poil nous aident à garder un œil jubilatoire.

Roselyne Bonnet des Tuves

Par le Théâtre de la Mezzanine.

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« J’aimerais que dans ces champs d’amour, il y ait le vide, et quelques appendices. » Denis Chabroullet

Un espace entre quatre colonnes grecques, vestiges d’un temps où l’Homme aurait été en parfaite harmonie avec son environnement, sur un fil invisible entre ciel et terre. Espace où le drame prend toute sa dimension, tant ces colosses de pierre rappellent à notre inconscient les drames déjà déclamés, destins tragiques d’hommes et de femmes.

Quatre colonnes plantées là, ramenant dans leur sillage de lumière, une farandole d’auto-tamponneuses : piste à drague, ombre et lumière, désirs et collisions sentimentales. Quatre colonnes, poteaux de béton sentant la pisse et le gasoil quand le rituel amoureux tourne au drame. Quatre colonnes déboulonnées de leur socle, se recollant toutes ensemble pour ne former plus qu’un seul et unique fronton d’édifice, à la gloire de l’homme « victime de ses débordements ».

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Improbable ce mélange de genre et de sonorités… Et pourtant, ma rencontre avec ces musiciens a été une aventure musicale rare : leur disponibilité à rentrer dans un travail collectif, en acceptant l’idée que le son emplit les silences comme des respirations de l’inconscient, n’est pas une évidence pour un musicien, qui, par définition, est là pour produire du son…

Les musiciens ont suivi toutes les répétitions, construisant à partir de mes propositions ou suivant leur instinct musical, à l’écoute des silences du plateau. Nous avons pu composer ensemble une partition à multiples voix, en demeurant toujours en dialogue avec Denis Chabroullet. Accompagnés d’Eric Pottier pour la prise de son, nous avons finalement produit la bande-son de ces Champs d’Amour, comme une ode à la vie, malgré tout.

Une harpiste : elle s’appelle Laure Beretti. Jazz, rock, world-musique et bien sûr musique française ou baroque, elle peut tout jouer avec le même abandon au jeu et à la musicalité. Elle a accompagné le chantier de recherche des Champs d’Amour à La Villette.

Un trombonniste-saxophoniste : il adore les fanfares et les expériences musicales de toutes sortes, en groupe et au soleil. C’est Philippe Boyer, il est excellent et Marseillais et a donc accompagné un chantier de recherche des Champs d’Amour à la Friche Belle de Mai…

Un violoncelliste : un autre Marseillais, improvisateur-né, capable de transformer son instrument en boîte qui fait Mmeuh quand on la retourne. Il aime le théâtre, et tout ce qui va avec et a donc accompagné un chantier de recherche des Champs d’Amour à la Friche Belle de Mai… Il s’appelle Emmanuel Cremer.

Un batteur : c’est Benjamin Mourocq, il a accompagné plusieurs chantiers avec la Compagnie. La batterie, il dort avec et tout est prétexte à taper. Les sons sortent magiquement de ses doigts.

Une chanteuse : la chanteuse aime chanter dans tous les spectacles où elle compose la musique. Et la chanteuse… c’est moi.

Roselyne Bonnet des Tuves

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9, ils sont : filles et garçons.
Neufs aussi ils sont : en majorité, un parcours professionnel débutant avec ces Champs d’Amour. Rencontrés pendant les chantiers de la Friche Belle de Mai, ou de la Villette, ils ont construit des personnages au fur et à mesure de nos expérimentations, s’imposant par leur ténacité et leur maturité de jeu.

Les filles 
Elles ne sont pas des émanations de femmes, égérie poétique, sexuelle ou maternante, idéalisée par l’homme, mais tout en rondeurs, pétillantes et rêveuses, dans l’imparfait visage de leur humanité. Elles trois n’en font peut-être qu’une, tant leur différence est estompée par le désir d’être aimée.
Pour elles, cela commence bien, comme dans une chanson populaire dont elles seront forcément l’héroïne. Elles ont confiance, elles croient au « Happy End ». Mais quand la chanson devient cauchemar, ce n’est pas seulement leur rêve qui s’écroule, mais le monde entier qui implose. L’inutilité d’une quelconque rébellion face à la meute des forts les rends magnifiques. Leur sacrifice rejoint celui de toutes les tragédies humaines.

Les garçons
Les garçons ont des profils de personnage très marqués : des images archétypiques où l’on pourrait reconnaître des héros de films de série B, des personnages de B-D, des figures de films méphistophéliques. Ils ont de l’importance parce que, en bande, menés par une sorte de diable shakespearien. Ils revêtent ces panoplies de « méchant », comme on changerait de chemise, sans plus de conscience que cela.
Ils iront jusqu’au bout de leurs actes, alors que leur chef s’accaparera les pouvoirs de « ire », de « prédire » les vérités, après avoir éliminé les inutiles.

La femme qui est un homme et l’homme qui est une femme
« La femme qui est un homme » est comme « l’homme qui est une femme », personnages détonnants dans la meute, mais non pas déplacés : « la femme qui est un homme » est un chasseur, dont la machine à tuer (un fusil à fléchettes) métaphore d’un sexe prééminent et inutile, détermine les agissements du personnage.
« La femme qui est un homme », géante rouge, est évidemment inapte à l’action dans les débordements de ses compagnons. Elle impose une sorte d’animalité de magazine par ces longues déambulations, soit sur ses talons, soit avec son cheval de manège : un personnage féroce, presque ubuesque.

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Rencontre entre Pierre Notte et Denis Chabroullet, Septembre 2003

Pierre Notte : D’où proviennent les images de vos spectacles ? De rêveries, de cauchemars, de la mémoire ? S’agit-il d’inventions ou de souvenirs ?
Denis Chabroullet : De tous ces endroits précisément... Les images naissent de rêveries et de souvenirs. D’images plus ou moins réelles que métamorphose l’imaginaire. Les images peuvent provenir d’angoisses, de peurs, d’une certaine vision des choses, de la vie et des gens. Ces visions d’êtres humains, de la vie quotidienne, passent par le prisme d’une machine, d'une sorte de microscope qui les transforment en images théâtrales et poétiques.

P.N : Certains personnages récurrents semblent par ailleurs issus d’expériences personnelles, intimes ou familiales…
D.C : L’homme en slip, en effet, est probablement une image du père. De mon père. Nous habitions un petit appartement du 13 ème arrondissement. Gosse, je voyais mon père rentrer du boulot. Il se mettait à l’aise, en slip kangourou. Ce personnage existe dans ma mémoire ; il devient sur la scène un personnage de spectacle.
Quand j’entreprends d’écrire, quand j’analyse les images, je peux établir ces liens, ces analogies entre les images théâtrales et les souvenirs. On cherche souvent à se rassurer en s’inventant des solutions et des vérités. Mais ce personnage, cet homme en slip n’a pas forcément de finalité. Il a aussi quelque chose de bestial. La seule chose que l’on cache sur cet homme, par le slip, c’est le sexe. Le corps est là, comme animal. Mais le sexe est caché. J’ai besoin de voir les corps dans mes spectacles, la peau, les muscles. Sur scène, l’homme et la femme me semblent toujours plus beaux déshabillés. Le slip est un minimum acceptable. Nous avons beaucoup travaillé avec les matières, le sable, l’eau, le bois… Le corps et la nudité sont d'autres matières du théâtre et de la danse. Si les spectateurs y voient de la vulgarité ou de la pornographie, c’est qu’ils ont leurs propres problèmes à régler avec leur inconscient.

P.N : L’inconscient est à l’origine de beaucoup d’images, d’objets ou de personnages… Les animaux, comme les serpents ou les lapins par exemple. Comment toutes ces obsessions s’organisent-elles dans une structure cohérente, et deviennent-elles les éléments et les sujets d’une histoire ?
D.C : Les serpents me terrorisent. Nous avons même monté un spectacle avec des serpents pour tenter d’en finir avec cette peur, pour régler ce problème. Mais j’ai toujours aussi peur. C’est une réelle angoisse. L’obsession me travaille. L’image des lapins, des bestiaux de fête foraine, m’obsède aussi. Je les vois sauter sur un manège. Je ne sais pas encore comment cette image deviendra une réalité scénique. J’y pense, je regarde autour de moi, je cherche...
Les images, celle des serpents ou des lapins, interviennent dans les spectacles comme des "annonciateurs". Ils précèdent, préviennent toujours le thème central du spectacle. Ils annoncent un drame, une chose terrible. Ils s’accumulent comme des énigmes, les éléments d’un puzzle qui constitue la ligne dramatique. Toutes les annonces et les images se retrouvent autour du drame, du thème principal, de la clé de voûte de l’ensemble. Ici, dans Les Champs d’amour, le thème principal est l’idée du crime d’honneur. Depuis ce thème, depuis les images qu’il inspire, depuis les tentatives effectuées lors de stages avec les comédiens, je commence à écrire, à aligner des images autour d'une trame narrative.

P.N : Le crime d’honneur est donc la clé, le thème crucial des Champs d’amour… Il s’agit d’un fait divers…
D.C : Une jeune fille a été brûlée vive, en banlieue parisienne, à Ivry. Il y a un an. Son petit ami l’a surprise. Elle l’a trompé, l’a quitté ou a simplement regardé un autre garçon, je ne sais plus. L’environnement, les traditions, la réalité du garçon l’ont poussé à l'immoler. Pour lui, ce qu'elle a fait était inadmissible, et il a tout naturellement décidé de sa vie. Il l’a tuée. C’est un crime d’honneur. Le monde brûle partout de ce genre de choses. Mes spectacles ne sont jamais de l’ordre de la dénonciation, ils ne sont jamais nourris de messages ou de moralités. Je veux seulement évoquer une chose qui me bouleverse et me hante, la raconter avec mon langage. Il s’agit souvent de faits divers emblématiques que nos spectacles tentent d’évoquer par des images poétiques. Le plus troublant, c’est que lors d’une reconstitution du crime, tous les voisins du couple étaient à leurs fenêtres quand le criminel est arrivé sur les lieux. Et quand le garçon est apparu, entouré des gendarmes, il a été applaudi.

P.N : Comment échapper à la reconstitution réaliste du pur fait divers, à l’aspect anecdotique d’un acte comme celui-ci ?
D.C : Ce sont les rapports humains, la folie des rapports des hommes et des femmes que nous allons tenter de raconter par des images. Il ne s’agit pas de raconter ni de représenter ce crime crûment. Le fait divers, réaliste, ne nous intéresse pas. Il nous alimente, il nous dérange. Je ne peux pas supporter l’idée qu’un être puisse décider de la vie d’un autre individu. C’est inconcevable. Et dans la vision du monde de ce jeune homme, la femme est purement niée. Elle n’est rien, elle n’existe pas. C’est inouï.

P.N : Vous constituez, à partir de ce thème, une sorte de dossier dramaturgique où vous rassemblez des éléments du même genre… Comment ces éléments nourrissent-ils votre travail sur le plateau ?
D.C : Nous découvrons au fil de nos recherches des choses insensées, inimaginables. Mais les acteurs, lors des stages, ne sont pas forcément informés du thème principal sur lequel nous travaillons ; je leur propose d’une manière plus générique de travailler par exemple sur le thème de la violence. Ils s’exécutent, nous improvisions, et je distille çà et là les éléments que nous avons retenus et réfléchis au préalable. La musique prend alors une part essentielle. Nous choisissons un instrument et son instrumentiste. Le musicien suit dramatiquement ce qui se passe sur le plateau, établissant un dialogue très ténu avec les acteurs, il donne le ton. Les interprètes, les instrumentistes et les musiciens constituent l’essentiel du spectacle. Ils ont une part créatrice primordiale dans les images. Leur présence, leur personnalité et leurs propositions sont évidemment fondamentales.

P.N : Pour Les Champs d’amour, vous savez déjà quels instruments vous allez retenir ?
D.C : Nous avons découvert une harpiste miraculeuse. L’instrumentiste se battait avec son instrument, elle en sortait des sons exceptionnels. Nous garderons cette sonorité, ainsi qu’un trombone et un violoncelle, probablement. Lors d’une improvisation, avec une trentaine de personnes, nous avons travaillé sur le thème de la chasse à courre : un groupe de trente acteurs, derrière un trombone, avançait, menaçant, sur le plateau au rythme du taïaut... C'était un cortège d’une force étonnante. L’image était fabuleuse, et extrêmement violente. Elle restera dans le spectacle. J’ai inséré a posteriori dans le texte cette fanfare. Certaines images ainsi s’imposent naturellement. Nous avons également travaillé sur la mort des personnages. Et notamment bien sûr sur la mort de cette femme que l’on brûle. Mais rien n’est encore définitif.

P.N : Certains espaces ou accessoires reviennent régulièrement dans vos spectacles, comme le manège, ou les auto-tamponneuses…
D.C : Les auto-tamponneuses constituent un espace d’une poésie pure. C’est une arène formidable ; un cirque. Les gens errent tout autour, à la recherche d’un copain, d’une copine. Ils entrent dans l’arène et s’emparent des voitures. Ils changent du tout au tout. Les masques tombent. La fanfare et la chasse à courre, comme les auto-tamponneuses, sont des images acquises, sûres, écrites et essayées. Il y a d’autres objets qui n’ont pas encore trouvé leurs images, ou des idées d’images qui n’ont pas encore trouvé leur réalisation technique. Nous avons plusieurs immenses poupées, de deux mètres de hauteur, qui n’ont pas encore trouvé leur sens, leur utilisation scénique. Je souhaitais initialement qu’elles défilent sur le plateau, suspendues à des crochets de boucherie… Mais techniquement, c’est assez improbable. J’ai également l’idée d’un lâché de nouveaux-nés, et plus précisément de petites filles, puisque dans la société des Champs d'amour on ne garde que les mâles. Je voudrais qu’un canon jette les petites filles dans le ciel, et que certaines survivantes se cachent dans un champ de blé. Mais je ne sais pas encore comment réaliser techniquement ces images et cette disposition scénographique.

P.N : Il n’y aura pas, cette fois-ci, une machinerie scénique centrale, comme il y eut un manège, un vélodrome, ou un cadre mouvant dans les précédents spectacles ?
D.C : Il n’y aura que le vide et quelques appendices… Je ne veux plus que le plateau se laisse envahir par une machinerie trop imposante, trop contraignante. Je voudrais que le plateau puisse laisser apparaître des espaces différents. Qu’il puisse même n’y avoir rien par moments… Les tableaux imaginés sont pour l’instant indépendants d’un espace prédéterminer.

P.N : La clé des Champs d’amour, cette femme que l’on brûle, s’illustrera-t-elle par une image réaliste ou symbolique ? Comment raconter visuellement cette idée ?
D.C : Ce que je garderai de nos essais, probablement, l’image d'hommes armés de jerricans, qui entourent la jeune femme et versent sur elle des litres d’essence. Lors des premières répétitions, l’image présentait la femme dans une baignoire, recouverte d’essence. Autour d’elle, tous les hommes craquaient une allumette. Le noir total alors se faisait, et on ne distinguait plus que l’allumette qui flambait. Je ne sais pas encore ce que deviendra cette image. Nous devons parvenir à réaliser une image à la fois poétique, violente, agressive, sans être jamais réaliste. Après celle-ci, c’est l’image beaucoup plus symbolique de la pluie d’hirondelles que nous allons tenter de réaliser, et à travers elle la mort des printemps, l'impossibilité des renaissances, la mort de la promesse de la vie nouvelle, incarnée par cette chute d’hirondelles…
L’image racontera la fin possible d’un monde.

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Un mot de Philippe Foulquié, septembre 2003

C’est vrai que j’aime Denis Chabroullet et son équipe. En plus, j’admire leur histoire, celle de la compagnie, le Théâtre de la Mezzanine. Je l’admire parce que je crois bien connaître cette histoire, cette longue accumulation d’expériences où se sont composés, construits, forgés les concepts, les outils d’une écriture toujours ré-inventée. J’admire qu’ils aient admis le temps de la maturité, et pendant que d’innombrables compagnies épuisaient leurs désirs et leurs talents dans des compétitions convenues de la capitale, ces incongrus volontaristes ont choisi un ancrage plus patient. 

Ils ont construit du temps et des histoires avec les gens et avec leurs rêves, fabriquant d’incroyables savoir-faire qui se sont transmis, et la compagnie s’est formée et s’est forgée de ces proximités, de ces écoliers devenus stagiaires, de ces stagiaires intégrant un métier, de ces individus adoptant une équipe qu’ils avaient appris à aimer ainsi, sur le tas, à l’épreuve des expériences et des aventures successives. Le style de la Mezzanine a pris son temps, et la maturité artistique s’est inventée, fabriquant plus vite que d’autres une écriture de maintenant, pour les gens de maintenant.

C’est cette écriture multiple et libertaire où se croisent et s’entre jouent les fulgurances poétiques, celles des images et celles des corps, et les nécessités des réels contraignants, et la liberté des désirs qui ne veulent que s’exprimer.

Le plateau est le lieu de ces jeux et de ces machines scénographiques aux élans malicieux : c’est l’espace de liberté et d’illusions où les corps disent les sensations, car l’enjeu est de comprendre, plus encore de saisir et de faire sien le temps, l’Histoire, le passé et ce qu’il nous en reste. Et la poésie, en tous ses états, sait dire et faire tout cela. Car les spectacles de la Mezzanine sont des moments lyriques, de grandes amplitudes poétiques qui sollicitent et attirent le Public. Il lui faut dépasser le souci de comprendre, le maîtriser ou l’oublier, pour redécouvrir ses propres émotions.

Les intelligences pourront alors se refonder sur des authenticités retrouvées, et la culture et la sensibilité réanimeront leurs vérités, pour se rappeler sans cesse que nous sommes des personnes, les sujets sans cesse ballottés d’une histoire qui est la nôtre, et que nous devons toujours tenter de maîtriser sans jamais vraiment y arriver.

Ainsi se conjugue un langage fait d’authenticité et de viruosité, un outillage humain d’écritures sensibles, poétiques, joueuses, émouvantes, intelligentes, ne laissant pas plus de place aux modes qu’aux impostures et qu’aux facilités.

Et parce qu’elle a ces qualités, cette démarche, sans références dites cultivées, autres que la Vie qui se joue là, sur la scène, dans l’intelligence du coeur et de l’esprit.

Philippe Foulquié est directeur du Système Friche « La Belle de Mai » et du Théâtre Massalia à Marseille.

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« De l’espoir, il y en a plein ici. Puisqu’un théâtre populaire peut parler de la souffrance au quotidien, des lâchetés, des perversités, de l’égotisme, de la vanité, de l’érotisme violé. Et pourtant il peut produire une beauté un brin baroque, un esprit d’équipe porté par des acteurs qui vont au combat sans se ménager. Lapin, cheval et sanglier sortis d’un tourniquet et des auto-tamponneuses comme métaphores des collisions sentimentales, batailles burlesques, glaces et pop-corn comme des armes à frustration massive... La Mezzanine parle de l’impossible cohésion du monde en produisant un îlot où la morale existe. » Thomas Hahn, Micro Cassandre

« Denis Chabroullet réussit à propulser son obscur objet du noir désir dans les couches les plus reculées de notre inconscient. Une plongée abrupte dans le gouffre ; mais pas un gouffre de pacotille, un gouffre fantasmé comme dans les films d'horreur ou de science-fiction, le gouffre que nous sommes nous-mêmes. Porté par une bande de six mauvais garçons interprétés de façon époustouflante, et trois filles, saisissantes compositions d'une grande intelligence de jeu et d’une présence scénique "crevant l'écran", un tel théâtre se situe à l’extrême pointe de la modernité, la vraie ! » Jean Philippe Faure, Sup théâtre

« Six garçons et trois filles investissent les ruines brûlantes de ces Champs d'Amour, avec une ferveur exceptionnelle, où la violence s'agrippe à un humour ravageur. Chabroullet recompose un langage singulier, fait de mouvements de corps et d'objets, de convulsions d’images cauchemars et rêves purgés de toute naïveté. Ce spectacle-manifeste dénonce ce que l'humain - et lui seul - sécrète encore d'inhumain. » Pierre Notte, Théâtres

« Au milieu des auto-tamponneuses, des pétarades et des ballons de baudruches d’une fête, bercés par des airs jazzys et les mouvements harmonieux des corps, la Mezzanine installe un véritable chaos sur scène, champs d'amour, champs funestes, où l’œil est tout étonné de voir des animaux de manèges, des vélos accoucheurs et un homme slip-kangourou. Une poésie tragiquement réaliste, tout simplement subjuguant. » Julie Vandal, La Marseillaise

« La chasse est ouverte : ils sont 9 sur scène, dont 3 femmes, 3 biches... On sent poindre le malaise, le drame, à travers les visions cauchemardesques de cette tragédie des temps modernes, délicate et brûlante, à travers un univers sonore travaillé à la perfection, faisant écho au rythme du récit des comédiens. On admire ces artistes qui continuent à regarder le monde, la tête dans les étoiles, et les pieds sur terre. » Eva D., Ventilo

« Construit à partir de rencontres-chantiers sur les violences faites aux femmes(…) le résultat est un feu d’artifice, au sens propre comme au sens figuré. Le pari était osé de mettre les violences au cœur d’un cirque surréaliste. Grâce à une scénographie inventive, il est réussi. » Ludovic Tomas, L’Humanité

« L’art de faire naître des images à coups de métaphores gestuelles , empreintes de crudité comme une troublante poésie(…) On y voit tomber des effigies de femmes géantes en carton-pâte, tournoyer des autos tamponneuses, valser les corps, les coups , les feux d’artifice. Atmosphère assez fantasmagorique pour faire parfois rire et sourire, assez anxiogène pour vous balancer un électrochoc dans l’estomac. Et quoi qu’on endure, sur une scène, ça fait du bien par où ça passe. » Télérama

« Les spectacles de Denis Chaboullet ne ressemblent à rien d'autre et méritent absolument le déplacement. » Hugues Le Tanneur, Le Monde

« Denis Chaboullet a depuis une dizaine d'années renoncé à la parole : il raconte le monde dans des univers gigantesques, trouve un art du spectaculaire avec l'ingéniosité du roi de la bricole. L'imagination se balade, trouve ses fils conducteurs, se retrouve chaviré à force de tournis. On pense à Delacroix, à Géricault, pas moins... » Véronique Klein, Les Inrockuptibles

« Une création contemporaine qui tient de la BD, avec ses archétype de personnages ; de l'aart de la rue, avec ses accessoires en papier mâché ; du ballet pas dansé avec ses musiques originales... Un délire drôle sur une triste histoire, un spectacle riche et polémique, déconseillé aux enfants, mais que les ados adorent, dit-on. » David Langlois-Mallet, Théâtre

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Avis du public : Les champs d'amour

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Sonia M. (1 avis) 17 février 2005

RE: Les champs d'amour Quel beau titre « les champs d’amour » ! et il est vrai il y en a eu de l’espace pour le calvaire, la torture, la sauvagerie des gestes, les supplices des regards, la brutalité des mâles, la bestialité humaine, infligés aux femmes. Mais on ne sort pas grandi de ce spectacle, où tout est massif, où rien ne nous permet de réfléchir, où il n’y a aucune morale sauf celle de la barbarie, de la férocité, de la cruauté et de l’inhumanité. C’est une mise à voir, où l’on devient voyeur de l’atrocité faite aux femmes du monde entier. Pas de dénonciation ou de morale dans ce spectacle, quel dommage !
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Elsa M. (1 avis) 09 février 2005

Les champs d'amour Magnifique, un spectacle comme on aimerai en voir plus souvent. Ici les mots ne manquent pas, la musique est magnifique, les décors surréalistes, la lumière et les effets spéciaux impressionnants, sans parler des acteurs volontaires et investis qui par leur jeu et leurs prouesses entretiennent un réel rapport au public le faisant passer du rire aux larmes, de l'excitation à l'horreur. A ne surtout pas ratter tant qu'ils tournent encore en france.
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