Les arrangements

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Théâtre de l'Ouest Parisien , Boulogne Billancourt

Du 25 au 27 janvier 2013
Durée : 2h50 entracte inclus

CONTEMPORAIN

Le temps d’un week-end, la famille investit la propriété pour attendre la mort de Michel, ancien déporté, célèbre romancier de quatre-vingts ans à l’agonie. Tous sont à couteaux tirés. À travers ce texte aussi poétique qu’intelligent, Lukas Hemleb nous conduit vers un désordre inquiétant, le dérèglement des liens familiaux et affectifs, vers un retournement des valeurs.
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Spectacle terminé depuis le 27 janvier 2013

 

Les arrangements

De

Pauline Sales

Mise en scène

Lukas Hemleb

Avec

Anne Cressent

,

Aurélie Edeline

,

Vincent Garanger

,

Beata Malczewska

,

Anthony Poupard

  • Un texte poétique et intelligent

Le temps d’un week-end, la famille investit la propriété pour attendre la mort de Michel, ancien déporté et célèbre romancier de quatre-vingts ans à l’agonie. La puissance paternelle de cette grande famille recomposée domine et tous sont à couteaux tirés car l’enjeu est de taille : l’héritage. Ils ont partagé cette figure tutélaire faite de souffrance et de succès, se démènent dans une culpabilité certaine, revendiquent le mensonge comme une vérité possible. Dès lors, sous-entendus, non-dits, règlements de compte, vont s’engouffrer dans des failles invisibles et attiser des relations jusqu’alors cachées.

À travers cette pièce sur l’imposture, Lukas Hemleb, grand passionné de théâtre classique, lyrique, contemporain, nous conduit vers un désordre inquiétant et dangereux, vers le dérèglement des liens familiaux et affectifs, vers un retournement des valeurs.

Dans un style sans concession, Pauline Sales signe un texte poétique et intelligent dont les dialogues fonctionnent avec la précision d’une partition de Bach.

  • Une pièce d'une épaisseur rare

Les Arrangements de Pauline Sales est une pièce d’une épaisseur rare qui nous fait vivre des métamorphoses tout à fait surprenantes. En creux se dessine l’ombre de la Shoah. Dans le off, en coulisse, plane la vieillesse et la mort. Et sur scène nous assistons au foisonnement d’un terrible soap familial. Quand on a l’impression d’avoir compris cela, on est pris dans un maelstrom violent qui nous conduit vers un désordre inquiétant et dangereux. Quel désordre ? Désordre affectif, familial, matrimonial, idéologique, générationnel ? Qu’est-ce au juste, une génération ? Est-ce que le terme « génération » a encore un sens dans un monde où l’on peut devenir père à vingt ans comme à soixante ans ? Qu’est-ce qui se transmet de génération à génération, de père ou mère à l’enfant, ou de grand-père à petit enfant ? Est-ce qu’on peut naître en étant foutu à jamais ? Il faut le reconnaître : tout en nous faisant rire, cette pièce produit un désarroi effrayant.

Cela tient beaucoup à son rythme. On sent tous les ingrédients s’imbriquer de façon à créer une lente mais inexorable montée vers le dérèglement de tous les liens familiaux et affectifs, vers la perte de contrôle totale des apparences sociales, vers l’effondrement de toutes les fictions individuelles et des projections dans l’avenir. En cela elle a quelque chose de sauvage, de cannibale, voire d’omnivore. Les existences s’y consument comme dans le feu que nous ne voyons jamais, mais qui frappe par deux incendies pour détruire les foyers des personnes que nous avons devant nous.

Le vieil écrivain célèbre, véritable star du monde littéraire, qui agonise à l’étage - et dont la mort annoncée pèse sur les événements tout au long de la pièce -, reste à l’ombre, patriarche invisible et fantomatique de toute une tribu d’existences biaisées. La vie de toute une progéniture avec ses conjoints respectifs se décline en une ronde d’échecs, de tentatives d’y échapper, et au fur et à mesure que la pièce œuvre à la destruction des façades intimes, nous voyons l’amoncellement de débris d’identités perdues prendre de la hauteur, comme un tas bien solidement arrangé qui témoigne d’un retournement de valeurs fracassant, laissant place à un pragmatisme brutal et mercantile qui est un miroir bien actuel de notre société. On dirait que ce déclin d’une maison et d’une famille est à des moments traversé par l’ombre de La Cerisaie, on pense au vieux temps révolu et le commencement d’une ère nouvelle marqué par la vente de la cerisaie et l’abattement des cerisiers. Ici, c’est l’intrusion d’une personne d’une santé écrasante, insatiable, dont l’ambition sociale est à la mesure de la voracité sexuelle, et dont le mimétisme intellectuel est à la hauteur de son instinct animal, qui change la donne.

La pièce de Pauline Sales puise dans tous les registres de ce que nous connaissons universellement et collectivement, même inconsciemment, comme cette machine infernale broyeuse d’existences vulnérables, fragiles, abîmées qu’est la famille. Famille génératrice de traumatismes, de culpabilités, de maux qu’on hérite, de richesses qu’on hérite ou dont on est déshérité, famille réservoir infini de raisons de rater sa vie. Pauline Sales noue une intrigue d’une polyphonie complexe dont les germes se laissent deviner en Pologne au moment de la libération des camps et qui trace les malheurs du présent jusqu’aux égarements charnels les plus frustes, et tout cela dans une dramaturgie grinçante, au verbe pointu, aux couleurs d’une comédie bien noire, désabusée à souhait et paradoxalement non dépourvue de tendresse.


Lukas Hemleb, mai 2011


Traduction de Agnieszka Zgieb.

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