
Échapper à la réalité du monde, la folie comme unique ligne de fuite.
Poprichtchine, petit fonctionnaire, nous entraîne dans une réalité vacillante. Un ailleurs où la terre menace d’écraser la lune, où les chiennes s’écrivent des lettres et dans lequel notre héros réinvente amour et pouvoir.
Dans une mise en scène à la fois drôle, cruelle et épurée, un seul en scène vertigineux nous plonge dans la folie d’un homme déclassé que la société rejette et humilie.
« Un seul en scène drôle et cruel » Sortir ici
« Une performance longuement applaudie » Le Télégramme
La parole libre, vertigineuse, le souffle impertinent de ce récit adapté en monologue, ouvrent une issue de secours dans le théâtre dramatique de Nikolaï Gogol.
Il dépeint l’intimité la plus profonde de l’être, un paysage intérieur biffé de failles et de cassures, vif et brûlant, animé d’un désir de vivre qui se fracasse contre la vie elle-même. La voix du comédien à la fois réceptacle et instrument de partage, endosse le témoignage aussi drôle que poignant, le désir de dire, de respirer et s’articule avec la vie d’un autre. La question se pose alors : « Qui suis-je devant les autres ? » « Comment se fait-il que je sois conseiller tutélaire ? » Les réels espaces de vie de Popritchine sont les journaux, le théâtre, son journal intime, c’est-à-dire l’écrit. Ne se considérant pas à sa place, il décide d’être roi, par le costume comme le font les autres. Ainsi il impose sa vision du monde devenue conforme à la parole ensevelie dans son journal intime.
La traduction de Sylvie Luneau apparaît comme très légèrement désuète, mais restitue à merveille cette étrangeté familière propre au récit de Nikolaï Gogol. Proprichtchine s’y présente comme un type banal que l’on pourrait presque croiser mais sa manière de s’exprimer le tient à une certaine distance. Une distance juste qui restitue (au cadre et) au propos sa singularité et convoque habilement chez le spectateur le désir de rencontrer cet autre qui dit être « inondé de lumière » dès lors qu’il décide d’être roi. Fascinante histoire d’une ombre qui cherche et trouve la lumière, dont les mots constituent son corps : « Je n’ai qu’à l’écrire et je le suis ». Qui ne souhaiterait pas partager son état d’éblouissement, il est à distance mais si près.
Nikolaï Gogol s’amuse de son personnage mais aussi de nous. L’humour savamment distillé, le rythme du texte offrent au comédien une partition sensible tout autant qu’une réelle liberté d’interprétation.
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