Et je resterai là toute la nuit sans faillir...

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Le Hublot , Colombes

Du 22 au 25 janvier 2014
Durée : 1 heure

JEUNE PUBLIC

Deux personnages sur un toît, à la tombée de la nuit, font un pacte : ils ne bougeront pas de là avant d’être grands. Un spectacle inspiré d'En attendant Godot et du Petit Prince, qui parle aux enfants de l’attente, de la fascination pour les choses des grands, de leur impatience de comprendre ce monde, et de la nécessité de ne pas brûler les étapes. À partir de 6 ans.
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Spectacle terminé depuis le 25 janvier 2014

 

Et je resterai là toute la nuit sans faillir...

De

Louise Dudek

,

Alexis Lameda-Waksmann

Mise en scène

Louise Dudek

,

Alexis Lameda-Waksmann

Avec

Benjamin Tholozan

,

Guillaume Fafiotte

À partir de 6 ans.

  • Grandir

Deux personnages sur un toît, à la tombée de la nuit, font un pacte, ils ne bougeront pas de là avant d’être grand. Le temps d’une heure, ils s’imaginent la vie d’adulte. Les bruits de la ville leur parviennent, ils regardent les étoiles, les idées fusent : les parents, l’école, la nuit, le ciel, la mort, la nourriture, l’amour, les pays, le voyage… se mêlent et forment un monde à eux, une bulle imaginaire qui croise la route d’oiseaux effrayants, d’êtres perdus et solitaires qui leurs racontent la vie des grands. La nuit est vite là, et l’imagination enfantine prend le pas sur le sérieux initial. Il faut alors se rassurer, se réconforter et jouer. Jouer à se faire peur comme des enfants, ou à être sérieux comme des adultes, même s’il n’en est pas encore temps.

  • Note d'intention

Tout commence comme ça :
Pour Louise : à huit ans, mes parents m’emmènent au théâtre, ce n’est pas la première fois, mais là, il s’agit d’une pièce de Samuel Beckett : En attendant Godot. Je me rappelle d’une sensation physique, de l’ennui, des fourmis qui montent des pieds jusque dans les jambes et les mains, d’un arbre blanc, tout rachitique. Et des pensées qui montent avec les fourmis.

Pour Alexis : fils de metteur en scène fou de Beckett, je me rappelle qu’enfant (sept ans) au Vénézuela mon père lisait et lisait cet auteur, montait ses pièces et je me demandais bien ce qui lui passait par la tête. Il y avait Joyce aussi. Il répétait et répétait que ces auteurs lui ont changé la vie et qu’il ne fallait pas mourir avant de les avoir lu.

Pour nous, l’idée de nous inspirer de ces textes, c’est travailler autour de l’attente, de la fascination pour les choses des grands, de l'impatience de comprendre ce monde là. Nous voudrions partir de ces oeuvres pour « les grands », de ce qui nous en reste maintenant et retrouver ce rapport là de l’imagination enfantine qui mélange le vrai et le faux, le rêve et la réalité, qui mêle les sensation, détourne les codes des « grands ».

Vladimir et Estragon ce sont deux hommes qui attendent une chose qui ne viendra pas : l’instant de leur propre mort. Et ils voient défiler la vie qui passe. Les personnages de notre pièce à nous aimeraient brûler les étapes de l’enfance. Nous aimerions leur dire qu’avant « d’être un grand » il faut tout simplement « être petit ».

Nous travaillerons le texte au plateau, avec les comédiens, à partir d’une trame, en allez-retours. Nous travaillerons également la création musicale avec ce rythme, lent, que demande la création artistique.

  • Inspiration

Pour l’écriture du texte, nous nous inspirons de la relation de camaraderie qui existe entre les personnages de Vladimir et Estragon et de leur humour. Ces deux personnages attendent et jouent comme des enfants.

ESTRAGON : En attendant, essayons de converser sans nous exalter, puisque nous sommes incapables de nous taire*.
VLADIMIR : C’est vrai, nous sommes intarissables.
ESTRAGON : C’est pour ne pas penser
VLADIMIR : Nous avons des excuses.
ESTRAGON : C’est pour ne pas entendre.
VLADIMIR : Nous avons nos raisons.
ESTRAGON : Toutes les voix mortes.
VLADIMIR : Ca fait un bruit d’ailes.
ESTRAGON : De feuilles ;
VLADIMIR : De sable.
ESTRAGON : De feuilles.
Silence.
VLADIMIR : Elles parlent toutes en même temps.
ESTRAGON : Chacune à part soi.
Silence
VLADIMIR : Plutôt elles chuchotent.
ESTRAGON : Elles murmurent.
VLADIMIR : Elles bruissent.
ESTRAGON : Elles murmurent.
ESTRAGON : Je dormais. Pourquoi tu me me laisses jamais dormir ?
VLADIMIR : Je me sentais seul.
ESTRAGON : J’ai fais un rêve.
VLADIMIR : Ne me le raconte pas !
ESTRAGON : Je rêvais que…
VLADIMIR : NE ME LE RACONTE PAS !

*Extraits de En attendant Godot, Samuel Beckett

Nous nous inspirons également du regard innocent et lucide que porte le petit Prince sur les grandes personnes.

La quatrième planète était celle du businessman. Cet homme était si occupé qu’il ne leva même pas la tête à l’arrivée du petit prince.*
- Bonjour, lui dit celui-ci. Votre cigarette est éteinte. (...)
- Depuis cinquante-quatre ans que j’habite cette planète-ci, je n’ai été dérangé que trois fois. La première fois ç’a été, il y a vingt-deux ans, par un hanneton qui était tombé Dieu sait d’où. Il répandait un bruit épouvantable, et j’ai fait quatre erreurs dans une addition. La seconde fois ç’a été, il y a onze ans, par une crise de rhumatisme. Je manque d’exercice. Je n’ai pas le temps de flâner. Je suis sérieux, moi. La troisième fois... la voici ! Je disais donc cinq cent un millions...
- Millions de quoi ?
Le businessman comprit qu’il n’était point d’espoir de paix :
- Millions de ces petites choses que l’on voit quelquefois dans le ciel.
- Des mouches ?
- Mais non, des petites choses qui brillent.
- Des abeilles ?
- Mais non. Des petites choses dorées qui font rêvasser les fainéants. Mais je suis sérieux, moi ! Je n’ai pas le temps de rêvasser.
- Ah ! des étoiles ?
- C’est bien ça. Des étoiles.
- Et que fais-tu de cinq cents millions d’étoiles ?
- Cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un. Je suis sérieux, moi, je suis précis.
- Et que fais-tu de ces étoiles ?
- Ce que j’en fais ?
- Oui.
- Rien. Je les possède.
- Tu possèdes les étoiles ?
- Oui. (...)
- Ça suffit !
C’est amusant, pensa le petit prince. C’est assez poétique. Mais ce n’est pas très sérieux. (...) Les grandes personnes sont décidément tout à fait extraordinaires, se disait-il simplement en lui-même durant le voyage.
- Comment peut-on posséder les étoiles ?
- À qui sont-elles ? riposta, grincheux, le businessman.
- Je ne sais pas. À personne.
- Alors elles sont à moi, car j’y ai pensé le premier.
- Ça suffit ?
- Bien sûr. Quand tu trouves un diamant qui n’est à personne, il est à toi. Quand tu trouves une île qui n’est à personne, elle est à toi. Quand tu as une idée le premier, tu la fais breveter : elle est à toi. Et moi je possède les étoiles, puisque jamais personne avant moi n’a songé à les posséder.
- Ça c’est vrai, dit le petit prince. Et qu’en fais-tu ?
- Je les gère. Je les compte et je les recompte, dit le businessman. C’est difficile. Mais je suis un homme sérieux !
Le petit prince n’était pas satisfait encore.
- Moi, si je possède un foulard, je puis le mettre autour de mon cou et l’emporter. Moi, si je possède une fleur, je puis cueillir ma fleur et l’emporter. Mais tu ne peux pas cueillir les étoiles !
- Non, mais je puis les placer en banque.
- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Ça veut dire que j’écris sur un petit papier le nombre de mes étoiles. Et puis j’enferme à clef ce papier-là dans un tiroir.
- Et c’est tout ?

*Extrait de Le Petit Prince, Antoine de Saint Exupéry

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