Don Quichotte ou le vertige de Sancho

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Echangeur , Bagnolet

Du 18 au 24 octobre 2017
Durée : 1h45

CLASSIQUE

Le roman de Cervantès n’est pas une apologie du rêve, mais l’affirmation poétique du pouvoir de transformation que recèlent nos imaginaires. Ce ne sont pas les idées de notre chevalier qui le rendent admirable, elles sont bien trop paradoxales, et ce ne sont pas non plus ses combats car malgré son courage il s’y montre bien trop souvent pathétique ; ce qui fait de Don Quichotte une figure troublante et dynamique, c’est sa capacité à répondre « mot pour mot, fiction pour fiction » au discours de son temps.
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Don Quichotte ou le vertige de Sancho

De

Miguel de Cervantès

Mise en scène

Régis Hébette

Avec

Pascal Bernier

,

Fabrice Clément

,

Sylvain Dumont

,

Régis Hébette

  • Une expérience initiatique porteuse de transformation

« 1605 : le monde occidental bascule vers le pragmatisme rationaliste et l’efficacité. Pour combattre ce nouvel « âge de fer » et « les temps calamiteux » qu’il promeut, le modeste seigneur Quesada décide de se faire armer chevalier et de devenir Don Quichotte. Le paysan Sancho Panza accepte de devenir son écuyer et de l’accompagner dans son invraisemblable mission. Inaptes à l’aventure l’un sans l’autre, ils s’ouvrent ensemble les portes d’une immortelle renommée. Le roman de Cervantès n’est pas une apologie du rêve, mais l’affirmation poétique du pouvoir de transformation que recèlent nos imaginaires. Ce ne sont pas les idées de notre chevalier qui le rendent admirable, elles sont bien trop paradoxales, et ce ne sont pas non plus ses combats car malgré son courage il s’y montre bien trop souvent pathétique ; ce qui fait de Don Quichotte une figure troublante et dynamique, c’est sa capacité à répondre « mot pour mot, fiction pour fiction » au discours de son temps. Aux côtés d’un maître halluciné, Sancho va connaître une expérience initiatique qui le transformera. Don Quichotte ou le vertige de Sancho est le récit de cette transformation. »

Régis Hébette

« Don Quichotte, qu’est-ce que c’est ? C’est pas du tout un type qui se trompe. C’est pas du tout le type qui a des hallucinations, du moins il a des hallucinations mais c’est un grand voyant, c’est un visionnaire. Ça ne l’empêche pas d’être très drôle hein ! Tout ça c’est très drôle tout ce que je vous raconte. Je sais pas si vous y êtes bien sensibles mais c’est extrêmement drôle… un visionnaire.... Oui il est halluciné ! Évidemment quand on voit ce qu’il y a derrière les choses, on est hallucinés.

Gilles Deleuze, cours du 20/12/1983

  • Quelle lecture du roman ?

Ce que Don Quichotte refuse (et avec lui Cervantès  ?), c’est la séparation franche et définitive que son époque s’apprête à opérer entre le vrai et le faux, entre le visible et l’invisible, entre le réel et l’imaginaire. En ce début de XVII ème siècle, le monde occidental bascule vers «  L’âge de fer  », le pragmatisme rationaliste et l’efficacité. C’est contre ce nouvel ordre du monde, son assurance sans borne et «  les temps calamiteux  » qu’il promeut, que le modeste seigneur Quesada décide de se faire armer chevalier et de devenir Don Quichotte. Est -ce par ingéniosité qu’il revêt l’apparence de la folie pour mener bataille contre la tristesse du rationnel ? Ou est-ce par folie véritable qu’il se lance à l’assaut d’un monde qu’il perçoit tout autrement qu’il n’est ?

Ce qui déconcerte (voire affole) ceux qui croisent notre héros dans le roman, et tout autant le lecteur, c’est précisément l’impossibilité devant laquelle ils se trouvent de distinguer ce qui relève du trouble mental chez cet homme et ce qui résulte de sa volonté raisonnée. Mille deux cents pages durant, Cervantès (et avec lui Don Quichotte  ?) soutient que la frontière entre folie et raison est indéterminable, mettant ainsi en échec l’ordre binaire du monde.

Mais Don Quichotte - outrepassant peut-être les intentions de son auteur, voire s’affranchissant de lui - révèle aussi ce qui se cache derrière la séparation et l’opposition de l’imaginaire et de la réalité. N’est-ce pas la perte de puissance de l’imagination au profit du réalisme que notre chevalier entend combattre ? Et n’est-ce pas pour venger cette défaite qui condamne les hommes à la tristesse et l’inaction au nom du réalisme qu’il se lance à l’assaut de la réalité ?

La destinée inouïe de Don Quichotte, qui depuis quatre siècles a suscité tant d’interprétations contradictoires, prouve que la réalité se nourrit de «  fictions  » et qu’elle en a besoin pour se réinventer. Le monde est l’espace dans lequel les fictions cohabitent, se rencontrent et s’opposent. De quelle fiction voulons-nous être les acteurs  ? Voilà certainement une des questions que Don Quichotte nous pose. La réalité n’est pas autre chose que la fiction du plus fort semble-t-il nous dire, et notre époque, quoiqu’elle en dise, peinerait à démontrer le contraire...

Don Quichotte n’aurait en tout cas aucune peine à y trouver la trace de ces «  enchanteurs  » qui ont «  le pouvoir (...) de transformer ou de faire disparaître les choses à leur gré  » et «  de nous faire voir ce qui leur plaît  »

Le Don Quichotte n’est pas une apologie du rêve , mais l’affirmation poétique du pouvoir de transformation que recèle l’imaginaire des humains. Ce qui force notre admiration, c’est cette détermination à interroger les signes qui permettent le déchiffrement du monde pour tenter d’y déceler la moindre possibilité de le mettre en question et cette inlassable volonté d’en produire de nouveaux pour le réinventer. Les armes véritables de Quichotte quoi qu’il en dise, ne sont ni la lance, ni l’épée, mais bien plus certainement les mots. C’est par eux qu’il est véritablement agissant. «  Il n’y a pas de réalité indépendamment de ce qu’on en dit. Nommer, c’est faire exister, voilà l’alchimie de la fiction.  » En renommant les choses et les êtres, en les rebaptisant Don Quichotte en reformule les conditions d’apparition, c’est-à-dire d’existence.

  • L'adaptation

C’est autour de la relation entre Sancho et son maître que nous avons centré l’enjeu de notre adaptation. Notre montage choisit de faire l’impasse sur tous les autres personnages du récit mais il ne renonce en revanche ni à sa dimension épique ni à ses scènes emblématiques. A travers les échanges entre Don Quichotte et Sancho, deux rapports au monde, deux rhétoriques se confrontent  ; une relation - plus symétrique qu’on ne pourrait le croire - se construit. En se focalisant sur les seules figures de Don Quichotte et Sancho, notre adaptation met en lumière la dimension dialectique de leur relation. Sancho est celui qui maintient son maître en prise avec le réel et rend ainsi possible l’expression de toute sa démesure  : sans lui les aventures de Don Quichotte se seraient vite terminées. Mais sans Don Quichotte elles n’auraient jamais commencé et Sancho n’aurait pas quitté son village. L’un sans l’autre nos deux héros sont inaptes à l’aventure  ; mais ensemble, en muant peu à peu leurs antagonismes apparents en une complicité subtile, Don Quichotte et Sancho s’inventent une destinée qui leur ouvrira les portes d’une immortelle renommée. Notre adaptation élève ainsi Sancho au rang de protagoniste, à l’égal de son maître, mais elle choisit aussi d’en faire le premier destinataire de leurs aventures  : en acceptant l’invraisemblable proposition de son maître, c’est à une expérience initiatique que Sancho Panza accède. Une expérience qui le transformera.

  • Note de mise en scène

Nous avons choisi de rendre compte de notre mise en scène à partir des problématiques du roman qui ont le plus sensiblement influencé nos choix esthétiques et dramaturgiques. Présentées séparément pour en faciliter la compréhens ion, ces problématiques sont en réalité organiquement liées et demandent à être appréhendées comme telles. Elles peuvent revêtir à l’écrit un caractère explicatif, voire didactique, que nous avons pris soin d’éviter à la scène. Nous nous sommes en effet efforcés de respecter l’esprit d’une œuvre qui refuse de séparer culture savante et culture populaire, puissance comique et complexité philosophique, et qui cherche à travers la présence de modèles hétérogènes à dépasser les catégories, mais aussi l’ordre et les hiérarchies auxquelles elles conduisent.

Maintes fois évoquée par Cervantès, la pauvreté est consubstantielle à notre héros et à sa relation au monde. Elle est le signe et la preuve de son désintérêt pour l’avoir et les biens matériels. Cette pauvreté, qui est une constante dans notre parcours et notre rapport au plateau, était une donnée initiale du projet. Nous avons, nous aussi, recherché une forme d’ascèse qui nous a conduit à réduire le nécessaire à l’indispensable  ; cette pauvreté n’est pas la marque d’un misérabilisme mais le moyen d’accéder à une théâtralité qui ouvre l’imagination et fait de l’invention poétique l’enjeu premier de la représentation. Elle est aussi une recherche de simplicité et d’épure, notable pour ce qui est des costumes et de la scénographie. Il n’y a pas de décor sur notre plateau mais des éléments scéniques qui évoquent plus qu’ils ne représentent  ; ils prennent une signification différente selon les situations, organisent l’espace et permettent sa permanente reconfiguration. La lumière du spectacle n’échappe pas à ce parti pris mais elle est toutefois marquée par une recherche plus sophistiquée autour des jeux d’ombres notamment

Par ses commentaires et ses intrusions régulières, Cervantès est toujours présent dans le roman. Il l’est d’autant plus qu’il prétend ne pas en être l’auteur. Il y aurait ainsi les aventures de Don Quichotte d’une part, le texte écrit par un certain Sidi Ahmed Benengeli les relatant d’autre part, et enfin les commentaires de Cervantès (à cela s’ajoute encore un quatrième niveau puisque Don Quichotte découvre un plagiat de ses aventures dans une librairie de Barcelone...). La mise en abîme du récit est donc une donnée incontournable, inhérente à l’œuvre. Nous lui avons cherché des correspondances au plateau en démultipliant la figure de Don Quichotte : il y a ainsi trois Quichotte qui gravitent autour de Sancho notamment , pivot de notre mise en scène. Les Don Quichotte sont alternativement (et parfois simultanément) sujets du récit et producteurs des signes qui accompagnent, commentent voire génèrent ce récit. Véritables démiurges, ils sont en quelque sorte à la fois Don Quichotte et Cervantès  : immergés dans l’aventure par moments, et capables de s’en extraire à d’autres. Cette multiplicité (le chiffre 3 évoquant l’infini..) est aussi source de jeu, de surprise, et de vertige... car si les trois Don Quichotte sont sans aucun doute Don Quichotte, ils n’en sont pas moins différents  ; rendant ainsi la figure de notre héros plus insaisissable et complexe.

Don Quichotte voit dans l’imitation le plus sûr moyen d’accéder à l’essence des choses. Il imite du dedans, pour approcher «  au plus près de la perfection de la chevalerie  ». Il est cet homme paradoxal qui ne triche ni avec lui-même, ni avec ses semblables mais qui, prenant le signe pour la chose, engendre en permanence méprise et confusion. Cette incapacité à distinguer les ressemblances des différences, les choses des apparences, est le sel du roman et de sa complexité. Pour nous, qui sommes au théâtre, elle est aussi source de questionnement sur le pouvoir de la représentation, sur la vérité de l’illusion et la sincérité de ses «  mensonges  ». Mais cette confusion est également, et peut-être avant tout, une formidable matière à jeu. Dans notre mise en scène, un cheval dessiné grandeur nature sur un panneau de bois à roulettes sera tenu par Don Quichotte pour être Rossinante. Mais pour Sancho ce postulat n’a rien d’une évidence et il pourra être momentanément accepté et tout aussi bien subitement refusé. C’est à une lente et progressive initiation de Sancho à la poétique du théâtre que nous assistons. Parce qu’on l’aura compris, c’est aussi des pouvoirs du théâtre et de la théâtralité que traite notre mise en scène à travers le roman de Cervantès. Don Quichotte lui-même nous conforte dans notre démarche déclarant, chapitre XI du volume II  : «  Depuis l’enfance, je suis grand amateur de tréteaux, et, quand j’étais jeune, j’avais la passion du théâtre  »

« 1605 : le monde occidental bascule vers le pragmatisme rationaliste et l’efficacité. Pour combattre ce nouvel « âge de fer » et « les temps calamiteux » qu’il promeut, le modeste seigneur Quesada décide de se faire armer chevalier et de devenir Don Quichotte. Le paysan Sancho Panza accepte de devenir son écuyer et de l’accompagner dans son invraisemblable mission. Inaptes à l’aventure l’un sans l’autre, ils s’ouvrent ensemble les portes d’une immortelle renommée. Le roman de Cervantès n’est pas une apologie du rêve, mais l’affirmation poétique du pouvoir de transformation que recèlent nos imaginaires. Ce ne sont pas les idées de notre chevalier qui le rendent admirable, elles sont bien trop paradoxales, et ce ne sont pas non plus ses combats car malgré son courage il s’y montre bien trop souvent pathétique ; ce qui fait de Don Quichotte une figure troublante et dynamique, c’est sa capacité à répondre « mot pour mot, fiction pour fiction » au discours de son temps. Aux côtés d’un maître halluciné, Sancho va connaître une expérience initiatique qui le transformera. Don Quichotte ou le vertige de Sancho est le récit de cette transformation. »

Régis Hébette

« Don Quichotte, qu’est-ce que c’est ? C’est pas du tout un type qui se trompe. C’est pas du tout le type qui a des hallucinations, du moins il a des hallucinations mais c’est un grand voyant, c’est un visionnaire. Ça ne l’empêche pas d’être très drôle hein ! Tout ça c’est très drôle tout ce que je vous raconte. Je sais pas si vous y êtes bien sensibles mais c’est extrêmement drôle… un visionnaire.... Oui il est halluciné ! Évidemment quand on voit ce qu’il y a derrière les choses, on est hallucinés.

Gilles Deleuze, cours du 20/12/1983

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