Claudio Stellato - La Cosa

Théâtre de la Cité Internationale , Paris

Du 07 au 17 avril 2016
Durée : 55 minutes

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

,

Familial

,

Cirque

Artistes en équilibre fragile entre danse, théâtre et cirque, Claudio Stellato et ses interprètes prennent un plaisir enfantin à jouer avec des bûches. Un spectacle très original, à la fois physique, dangereux, gracieux et drôle que nous vous recommandons chaudement !

Continuer la lecture

Spectacle terminé depuis le 17 avril 2016

 

Photos & vidéos

Claudio Stellato - La Cosa

Chorégraphie

Claudio Stellato

Avec

Julian Blight

,

Mathieu Delangle

,

Valentin Pythoud

,

Claudio Stellato

  • Quatre stères de bois et quatre hommes à la hache

Les 1 600 bûches sont partout, à la disposition des bûcherons de fortune pour qu’ils bâtissent des formes étranges où glisser leurs corps selon des contorsions compliquées.

Artiste en équilibre gracieux entre danse, théâtre et cirque, Claudio Stellato s’intéresse depuis longtemps aux mariages inédits du corps et de la matière. Avec la Cosa, il pousse le bouchon un pas plus loin en se demandant comment atteindre la vérité du corps humain. Sa réponse  ? La compétition, l’intensité des gestes, le danger physique, parce qu’alors «  l'activité nous rend à 100 % vrais  » et que, sous haute tension, il sera possible, peut-être, d’exposer le fragile visage humain.

  • La presse

« Un tableau vivant qui se contemple (...) Sans oublier une dose d’humour parfois involontaire. » Philippe Noisette, Sceneweb.fr, 25 juillet 2016

  • Le corps et la matière

Le bois est un élément charnière du propos chorégraphique de la Cosa. Il a été choisi pour tout ce qu’il évoque de part sa nature organique, l’odeur qu’il dégage et qui embaume l’espace de jeu, la musique des bûches qui s’entrechoquent et la poussière qu’il dépose sur les costumes de ville des hommes qui le manipulent. De part le matériau et les manières de l’aborder, les sensations de risque et de danger étaient très présentes dans l’écriture du spectacle. Le bois est une matière qu’on ne peut pas contrôler totalement ; les pièces choisies pour construire un objet ne sont jamais les mêmes, les équilibres sont constamment fragiles.

Beaucoup d’entraînement et de préparation physique permettent d’optimiser cette maîtrise du bois, grâce au relâchement musculaire et aux exercices prévenant les chutes ou les accidents. Nous avons besoin de travailler dans la détente pour tenir une heure de spectacle et surtout donner l’idée à qui nous regarde que nous sommes dans l’amusement et non dans la souffrance. Mon travail de recherche s’appuie sur une étude du mouvement quotidien qui devient artistique par le rythme et les méthodes de narration que les danseurs y intègrent. Une action aussi insensée que le déplacement d’une tonne de bois sur le plateau est ici chargée d’un effet esthétique puissant.

Claudio Stellato

  • L’interprète dans la Cosa

Les actions titanesques qui sont effectuées par les interprètes ont pour but de les amener aux limites de leur corps. Et dans cet état de fragilité qui augmente à mesure que leurs forces sont sollicitées, leur cohésion grandit. Les contrastes d’énergies font émerger de la légèreté entre les acteurs car les jeux exténuants qui les lient sont exécutés avec plaisir. Peu à peu, c’est une atmosphère absurde qui est générée par leurs efforts physiques intenses et le rythme soutenu de leurs activités. Tout au long de leurs efforts, les interprètes sont poussés par des envies de destruction plus que de constructions et s’efforcent d’insuffler une beauté dans la déconstruction. Une certaine folie les pousse toujours à rebondir vers une action plus improbable et compliquée que la précédente.

Pour chaque scène, la chorégraphie est constituée d’actions simultanées des quatre danseurs, chacun avec ses capacités physiques et ses sensibilités. Nous avons décidé de ne pas proposer de successions linéaires de solos, duos ou trio, pour souligner l’interdépendance des personnages. Tout au long du spectacle, ils bougent comme un seul corps sur le plateau. Ensemble, ils poursuivent des objectifs parfois collectifs, parfois individuels qu’ils doivent atteindre à tout prix. Quant au mystère qui semble régir les règles que suivent les interprètes, il vient directement de la préhistoire de la Cosa, de ses racines ancrées dans le rituel. Même si elles ne sont pas clairement identifiables, leur existence apparait clairement. Il était important qu’un cadre et un rythme viennent renforcer les actions qui débutent comme un mouvement irrationnel.

Le jeu d’acteur est défini par le regard : une consigne très importante est de constamment regarder les partenaires pendant les actions. Ce sont ces échanges de regards qui gèrent la tension générale. En ayant la conscience de jouer dans un espace à 360°, en n’étant jamais concentrés sur eux-mêmes, les interprètes modulent la tension sur le plateau. C’est un paramètre auquel nous devrons être attentifs pendant toute la période de création. Pour les danseurs, des temps sont ouverts à l’improvisation à des moments précis au cœur de plusieurs scènes. Un objectif défini est à atteindre, les interprètes sont libres de choisir leur chemin pour y arriver. Ils ne travaillent pas l’incarnation d’un caractère ou d’un personnage. Les danseurs cherchent à être eux-mêmes. Le langage du corps est pour l’instant seul en scène même si des recherches autour de la voix sont encore en cours : la voix comme un cri ou un chœur d’ensemble est une piste explorée.

  • Entretien avec Claudio Stellato

Pourquoi avoir choisi de travailler une matière naturelle comme le bois ?
En montant et jouant mon précédent spectacle, j’ai passé six ans de ma vie dans le noir, confiné dans des studios de répétition ou des salles de théâtre. J’avais envie de sortir, de prendre l’air, et je me suis dit que pendant un an j’allais partir travailler dans les bois, dans les parcs, n’importe où mais surtout loin des studios. J’ai commencé à travailler seul avec une foule d’objets naturels, des pierres, des peaux d’animaux, des troncs d’arbres et puis petit à petit, j’ai été rejoint par trois autres interprètes, et notre travail s’est concentré sur les bûches du bois de chauffage.

Vous n’aviez pas envie de travailler avec plusieurs types de matériaux en même temps ?
Certaines matières ont été abandonnées très vite. Les pierres, par exemple, n’avaient vraiment pas envie de travailler avec moi ou moi je n’ai pas trouvé comment travailler avec elles. Les pierres — c’étaient de grosses pierres de rivières — sont lourdes, immobiles ; elles font mal. D’autres matériaux sont restées plus longtemps en jeu mais quand on a commencé à montrer des étapes de travail on s’est aperçu que multiplier les matériaux créait de la confusion dans la tête du public. Ça devenait plus ou moins incompréhensible. En se concentrant sur un seul matériau, le travail acquiert une plus forte cohérence et nous oblige à aller plus en profondeur.

Donc le bois...
Oui car le bois a cette capacité d’être manipulable. Il est assez léger pour qu’on puisse lui imprimer facilement des changements de vitesse. Il est aussi plus aisément divisible. Les bûches, prises toutes ensemble, ne forment qu’un seul élément mais elles peuvent aussi constituer plus de mille éléments distincts quand elles sont séparées.

Avec cette intrusion de la nature dans votre pièce, cherchez-vous à promouvoir un autre rapport des hommes à leur environnement ?
Au début, je cherchais quelque chose autour du rituel ou de la transe. Et puis, avec le temps (la création de La Cosa a duré trois ans) j’ai commencé à construire des sculptures et à laisser le public regarder ces constructions prendre forme. Et quand les trois autres interprètes sont arrivés, le travail a encore évolué. Nous avons gardé l’idée de construction / destruction mais nous y avons ajouté l’idée que tout devait se faire dans une coopération constante. Nous voulions éviter la violence, la bagarre, toutes ces choses si masculines qui arrivent si naturellement quand quatre hommes se réunissent. Nous avons travaillé sur la douceur le plus longtemps possible. Il est vrai que La Cosa finit quand même par être un spectacle un peu « bourrin » mais qui a gardé un lexique très particulier de sa traversée de la douceur.

Une des choses masculines qui hantent le spectacle, et qui lui donne ce côté faussement « bourrin » comme vous dites, est sans doute le goût du danger.
J’imagine que cela vient de mon passé de circassien. Le cirque est une discipline où l’on est toujours tenté de bondir plus loin, de monter plus haut, d’essayer des choses plus difficiles. Oui, je suppose que j’ai gardé de mon passé ce goût de jouer avec les limites. Mais ce qui me protège aussi de trop de virtuosité, c’est que tous les interprètes ne viennent pas du monde du mouvement. Donc il a fallu trouver un juste équilibre entre des gens qui savent beaucoup bouger et d’autres qui ne savent pas, entre des gens qui ont de la dextérité et d’autres qui en ont beaucoup moins.

Le spectacle est-il très écrit ?
Pas très écrit, non, et c’est une chose qu’oblige l’intrusion de la nature. Mon spectacle précédent, L’Autre, était vraiment écrit au millimètre. Là, c’est impossible. Le bois, on ne sait jamais comment il va réagir. On ne sait pas si les choses vont tenir ou s’écrouler. Quand on marche sur les bûches, on ne sait pas si le sol restera stable ou si les bûches vont nous rouler sous les pieds. Alors on ne peut pas écrire les mouvements, on est obligé d’être à l’écoute de ce qui nous arrive. Par ailleurs, nous avons instauré des moments de pure improvisation, une sorte de danse-contact un peu personnelle. C’est une réaction, je suppose, à l’hyper-contrôle qui était en œuvre dans L’Autre. Que se passe-t-il quand on ne sait pas ?

Y a-t-il une logique narrative qui organise le déroulé des scènes ?
Non, pas de lien narratif, mais un lien organique. Le spectacle est entièrement construit sur l’enchaînement organique des choses. À aucun moment, nous ne nous arrêtons pour reprendre ailleurs, autrement. Nous ne cessons de tomber d’une chose dans une autre, d’un événement dans un autre. La cohérence du spectacle vient de cette recherche de fluidité. C’était toujours la logique du
chemin qui orientait nos décisions.

Les bûches et les corps qui travaillent font beaucoup de bruit sur le plateau, mais c’est le seul bruit. Il n’y a pas de musique.
C’est mon deuxième spectacle sans musique. Quand je travaille, j’évite d’utiliser de la musique. J’essaie de comprendre le rythme de la scène, quelle vitesse rend la scène intéressante, et nous mémorisons cette vitesse : ici nous devons aller à fond jusqu’à mourir, là au contraire prendre absolument son temps. Et ce qui est étonnant c’est que, sans musique, sans repère temporel précis, le spectacle dure toujours le même temps. Par ailleurs, la musique donne une atmosphère immédiate au contenu et je n’avais pas envie de donner autant d’informations au public. Je préfère que chacun invente son propre chemin.

Propos recueillis par Stéphane Bouquet, janvier 2016

Pourraient aussi vous intéresser

Avis du public : Claudio Stellato - La Cosa

2 Notes

2 avis

1
2
3
4
5

Excellent


(2)

Très bon


(0)

Bon


(0)

Pas mal


(0)

Peut mieux faire


(0)
Donnez votre avis
Excellent
Très bon
Bon
Pas mal
Peut mieux faire
Vous pouvez consulter notre politique de modération
UTILES + NOTES + NOTES - RÉCENTS ANCIENS
1
2
3
4
5
Par

Catherine M. (1 avis) 21 novembre 2017

spectacle bois la cosa Spectacle artistiquement génial. Un grand moment d émotion. Bravo L idée superbe avec peu de chose ont peux faire partager a un public beaucoup de chose visuellement. Bravo a tout ce travail de préparation aussi. Merci chouette moment. Bonne continuation. Cat de Bernex Genève CH
0
0
1
2
3
4
5
Par

S X. (152 avis) 08 avril 2016

Complètement inattendu ! Jeu de pyramides, de sable, de balles, de tour en bois, de kapla... Les références de jeu d'enfants sont foisonnantes, et exécutées avec de vraies bûches ! On a peur pour eux (pour le public aussi, par moments), on s'extasie, on rit aux éclats. C'est ingénieux, osé, et pourtant très simple. J'ai a-do-ré !
0
0

Spectacles consultés récemment