Ce que j'appelle oubli

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Espace culturel André Malraux au Kremlin-Bicêtre , Le Kremlin-Bicêtre

Le 10 mai 2019
Durée : 1 heure environ

CONTEMPORAIN

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Coups de coeur

Parce qu'il avait volé une canette de bière dans un supermarché, un homme se fait battre à mort. Dans l'effort d'écrire au plus près de l'insensé, la langue de Laurent Mauvignier incarnée par Denis Podalydès parvient à redonner souffle au disparu.
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Ce que j'appelle oubli

De

Laurent Mauvignier

Mise en scène

Denis Podalydès

Avec

Denis Podalydès

  • Une violence convenue

C'est arrivé en 2009 à Lyon. Tout est affreusement banal, lamentable, nul. Les personnages sont des plus ordinaires. Rien dans la violence même qui ne soit horriblement convenu. C'est cela peut-être qui fait le plus mal  : chaque élément de ce fait divers est neutre, le type qui boit la canette, les vigiles qui l'arrêtent, le lieu, le moment, etc., l'ingratitude généralisée, et pourtant la conjonction de ces éléments, leur dynamique – rien, absolument rien ne prédispose au meurtre – entraîne et déchaîne une barbarie assassine.

Le narrateur s'adresse au frère de la victime. Il en était assez proche. Peut-être s'agit-il d'une consolation. Au sens littéraire du terme : c'était une forme poétique autrefois, comme chez Malherbe : « Ta douleur, Du Périer, sera donc éternelle… » Laurent Mauvignier ne raconte pas, n'explique pas, n'instruit pas, il dit, tente de dire ce qui se refuse à toute compréhension, à toute saisie esthétique, philosophique, judiciaire ou politique.

  • Faire revivre par le verbe l'homme disparu

Une phrase unique court sur soixante pages. Elle commence en ayant déjà commencé, ne comportant pas de majuscule, ouvrant par la conjonction «  et » : « et ce que le procureur a dit, c'est qu'un homme ne doit pas mourir pour si peu, » et voilà, nous sommes engagés, acteur ou spectateur, dans le mouvement de cette phrase, de cette histoire, celle d'un homme qui est mort pour si peu.

Il y a dans ce texte un désir lazaréen de faire revivre, par la phrase, l'homme disparu. Je pense à Depardieu dans le film de Pialat, Sous le soleil de Satan, soulevant à bouts de bras, dans une absolue contention, le corps d'un enfant mort. Le miracle a lieu et je me suis toujours demandé pourquoi on y croyait tant, à en pleurer. À cause de l'énergie. De la patience et de l'obstination.

De l'effort désespéré, démultiplié par le désespoir lui-même. Alors que tout est dit, l'enfant inerte et sans souffle, malgré la mort et contre la mort, dans une attente et une lenteur oppressante et congestive, l'acteur retourne musculairement la violence inhumaine vers la vie, et l'enfant ouvre un oeil.

Dans l'effort d'écrire au plus près de l'insensé, à même le désastre insignifiant, page après page, mot après mot, la langue de Mauvignier, comme les bras de Depardieu, parvient, il me semble, à redonner souffle – et non pas visage ou sens –, au pauvre mort anonyme, et peut-être, à consoler son frère, ou nous-mêmes, un tant soit peu.

Denis Podalydès

  • Donner un souffle à celui qui est mort

La phrase commence sans majuscule par la conjonction « et », comme si elle avait démarré avant, ailleurs – « et ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu » – et se poursuit au long de soixante pages, racontant, non ce n’est pas le mot approprié, détaillant et revivant un fait divers aussi violent que banal, un homme dans un supermarché meurt sous les coups de vigiles à cause d’une canette de bière volée, et avançant, la phrase, toujours la même phrase, adressée au frère de la victime, attire, aimante à elle quantité d’impressions, de souvenirs, d’images qui nous mettent peu à peu dans la tête de cette victime, comme si finalement c’était nous-mêmes, qui lisons, disons ou écoutons cette phrase, qui devenions, au travers de cette construction à la fois savante et brute, pleine de rythme et de cassures, la victime elle-même, toujours anonyme, mais dont nous recevons et portons, comme une responsabilité, la mémoire, la dépouille fracassée, la douloureuse et misérable humanité.

Laurent Mauvignier a écrit et publié très récemment ce texte, dans un désir de théâtre évident, que la scène puisse porter et prolonger physiquement la vibration de cette phrase unique.

Denis Podalydès

  • La presse

« Une performance vocale abstraite et sensible qui captive dès la première seconde un public qui se retrouve à la fois auditoire ravi, l’ouïe baignée dans une histoire poignante et édifiante, et spectateur fasciné, l’œil rivé sur le spectacle du travail de création à vue qui se déroule devant lui. » Jean-Christophe Carius, un fauteuil pour l'orchestre, avril 2012

« Une heure de haute voltige qui dit, d'une voix grave, le malheur d'une vie, qui tranche dans le vif d'une société, la nôtre, qui est politique autant que poétique. Grand livre, grande interprétation, grand théâtre. » Armelle Heliot, Le figaro, 16 avril 2012

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