
Dans le musée imaginaire d’Elsa Agnès, le trivial côtoie le sublime, l’humour se mêle à la poésie. Toutes les passions humaines défilent sur les tableaux faisant écho aux pulsions endormies, aux imaginaires affamés, de trois solitaires.
Marie et Giovanni travaillent comme gardienne et gardien dans un musée à Venise. Le temps est suspendu et dehors l’eau monte. C’est l’acqua alta. Chaque jour, Violaine, une visiteuse inconnue vient admirer les toiles de la Renaissance italienne.
Dans le musée imaginaire d’Elsa Agnès, le trivial côtoie le sublime, l’humour se mêle à la poésie. On passe sans transition de la salle de repos et de la machine à sandwichs triangulaires aux images de Narcisse, Bacchus ou encore de la Madeleine repentante du Caravage. Toutes les passions humaines défilent sur les tableaux faisant écho aux pulsions endormies, aux imaginaires affamés, de ces trois solitaires.
Giovanni emprunte les habits des figures peintes et parfois tous se mettent à ressembler aux toiles qui les environnent, comme si elles déteignaient sur eux. Le jeu de miroirs entre ces regards qui se croisent et s’échangent, l’émotion suscitée par les tableaux du Caravage ou de Bellini, suffiront-ils à réenclencher chez eux un mouvement salvateur, un sursaut ? Sans cesse ils s’approchent du bord de la falaise, de ces moments où tout peut chavirer, se demandant comment expier le chaos qui les habite. Est-il possible de trouver sa juste mesure ?
« Avec Au-delà de toute mesure, Elsa Agnès signe un premier spectacle au charme étrange. Sur scène avec les excellents Catherine Vinatier et Matteo Renouf, elle déploie une fable absurde située dans un musée imaginaire où la rencontre entre peinture et théâtre vire à l’utopie. » Sceneweb
« Elsa Agnès, avec cette première pièce entièrement personnelle, entame un chemin artistique exigeant et ambitieux. » La Terrasse
« Gardiens dans un musée de Venise, Marie et Giovanni voient dans les œuvres qu'ils côtoient une façon de s'évader d'une vie qu'ils n'osent pas investir pleinement. » Télérama TTT
Au-delà de toute mesure se passe dans un musée imaginaire, à Venise. J’ai convoqué à l’intérieur de ce musée des tableaux pour leurs affinités avec les personnages et les situations de la fiction : ils sont à la fois des miroirs et des masques, ils aident au jaillissement de la parole, ils observent les vivants du haut de leur immuabilité. Ils nous apprennent que les révélations se font souvent dans la violence. Ils nous donnent à voir les pulsions et l’effroi, la jouissance à la frontière de la folie, intraitable et insatiable. Les instants radicaux et la croisée des chemins. Au-delà de toute mesure s’approche de ces gouffres, de ces vertiges, de ces moments où tout chavire, tout déborde, tout s’effondre parfois. Où l’on perd la mesure. Mais quelle mesure ? Celle que la société nous impose ? Celle que l’on se fixe à soi-même ? Et comment faire quand ces deux mesures diffèrent trop ? La pièce nous dit qu’il n’y a certainement pas de juste mesure, mais qu’il est possible de construire un équilibre fragile entre des êtres que la vie momentanément réunit. Dans la pièce, un personnage a pris le parti de courir à sa perte sans s’arrêter. Jusqu’au pire. Un autre a décidé d’avancer toujours masqué pour ne pas avoir affaire à son image. Et une troisième s’est fabriquée une image à partir d’un récit fictif qu’elle invente et renouvelle sans cesse.
Ces trois figures se sont installées en marge de la réalité, là où le mensonge et la vérité jouent à se déguiser pour qu’on ne parvienne plus à les distinguer. Marie, Violaine et Giovanni tentent de mettre à nu l’ignorance qui les constitue. Une forme de reconnaissance les lie peu à peu les uns aux autres. Commence alors leur mue. Ils peuvent désormais déposer une partie de leur histoire au milieu de ce musée, et repartir ailleurs, un peu métamorphosés, habités par de nouvelles quêtes. Ce qui a amené Marie, inconsciemment, dans ce musée, c’est le fait que tout est y figé - parce qu’elle-même, depuis le meurtre, est comme ces tableaux, suspendue dans l’instant tragique, là où il n’y a plus de mesure, en effet, là où le temps s’est immobilisé. Ce qu’elle va apprendre au contact de Violaine, c’est à se remettre en mouvement. Elle va alors recommencer à se penser dans le temps, à se fabriquer des souvenirs, à espérer. Sentir les pulsations nouvelles. Trouver sa mesure et la battre de tout son corps. Les situations sont faites de silences, de surgissement de pensée. Il s’agira de leur donner corps et densité. Le rythme, les silences, la langue, sont centraux dans mon travail d’écriture.
La parole est singulière à chaque personnage, elle se meut pour des raisons différentes. J’ai la sensation que la poésie et la fiction sont des outils capables de donner un élan qui peut produire l’action. Ensemble, entre ceux qui jouent et ceux qui regardent, dans un présent qui peut tendre vers l’absolu, à l’aide des mots et des corps en présence, des événements naissent et des métamorphoses s’opèrent. La pièce opère la rencontre entre le minimalisme des échanges chez Roy Anderson et le lyrisme de la langue tragique, passant du distributeur à sandwichs de la salle de repos d’un musée vénitien à la beauté des tableaux du Caravage, de Lotto, de Bellini… Ici le trivial côtoie le sublime, la poésie jaillit dans l’assemblage mélodique des phrases les plus anodines, le sens se tisse au cœur de l’intime et de la grande histoire. Il est question d’amour et de peinture. De pulsions violentes et d’imagination. De chaos et de tendresse.
Il est question de re-naissance, ou tout simplement de naissance et de sublimation pour expier, le temps d’un instant suspendu, le chaos qui nous habite.
Route du Champ de Manœuvre 75012 Paris
Navette : Sortir en tête de ligne de métro, puis prendre soit la navette Cartoucherie (gratuite) garée sur la chaussée devant la station de taxis (départ toutes les quinze minutes, premier voyage 1h avant le début du spectacle) soit le bus 112, arrêt Cartoucherie.
En voiture : A partir de l'esplanade du château de Vincennes, longer le Parc Floral de Paris sur la droite par la route de la Pyramide. Au rond-point, tourner à gauche (parcours fléché).
Parking Cartoucherie, 2ème portail sur la gauche.