Tu m'aimes comment ?

Paris 11e
du 26 décembre 2000 au 20 janvier 2001

Tu m'aimes comment ?

Elles ont juste 18 ans, le garçon à peine plus. Ils vont chanter. Ils vont se confier, s’interpeller, vibrants et drôles.

Présentation
Comment est né le projet ?
" Original, chantant, vibrant et drôle "
Notes de mise en scène
Extraits de la pièce
Une journaliste nous en parle

Présentation

Elles ont juste 18 ans, le garçon à peine plus. Ils vont chanter. Ils vont se confier, s’interpeller, vibrants et drôles. Dans un décor simplifié à l’extrême, où chaque parole ouvre un espace, où chaque mouvement crée un décor : l’ensemble pourrait s’appeler opérette mélancolique ou plus simplement théâtre avec des chansons. Une forme de spectacle volontairement décalée.

Juste des voix élevées au dessus de la mêlée pour dire des choses aussi simples que : tu m’aimes comment ?

Comment est né le projet ?

Lorsque l’on est tenté par le théâtre, à 18 ans, on entre généralement dans un cours privé, ou un conservatoire.

Claire, Marie, et Jenny vont procéder tout autrement…

Après " le Puits " de l’auteur malgache Jean Luc Raharimanana, (mise en scène de Marc Michel Georges) qu’elles jouent à Paris-Villette, et " Loin des chambres avec couples " de Marc Michel Georges qu’elles jouent à l’Espace Cardin (Festival de la Maison du Geste et de l’Image).. Elles sollicitent Marc Michel Georges, avec qui elles ont travaillé ces deux dernières saisons. Elles veulent une pièce écrite par lui, une pièce qui leur ressemble, qui les provoque.. où il y aurait aussi des chansons. Une pièce pour elles trois.. et un garçon.

Elles se battent, obtiennent quelques sous, auditionnent.

Le théâtre des Songes les accueille une semaine. Puis c’est au tour du Proscenium quinze jours en mai 2000. Aujourd’hui, en raison de leur succès le proscenium les acceuille pour une nouvelle saison de 22 jours.

Il n’est pas étonnant d’avoir envie de dire des choses à 18 ans. Trop souvent, pour ne pas dire jamais, les théâtres ne donnent à voir et à entendre des acteurs ou actrices de cet âge. Il est vrai que par son exigence, le théâtre réclame un minimum de technicité, et d’expérience.

Conscientes de ces exigences elles ont mis les bouchées doubles. Marc Michel Georges, les a aidées.

L’enthousiasme, la foi, leurs talents ont fait le reste.

" Original, chantant, vibrant et drôle "

Quatre jeunes gens de 17 à 20 ans, sur scène. En bordure de scène, un musicien accordéoniste, et un guitariste. Ils vont chanter des chansons courtes écrites pour eux. D’apartés en apartés, ils vont se confier, s’interpeller, vibrants et drôles.

Dans un décor simplifié à l’extrême, où chaque parole ouvre un espace, où chaque mouvement crée un décor : l’ensemble pourrait s’appeler opéra ou opérette ou bien encore autre chose.

Rien dans le costume, ou l’habillage musical ne s’apparente à ce que l’on voit, ou ce que l’on entend par " jeunes d’aujourd’hui ".

Dans une forme de spectacle volontairement décalée, afin de produire ce choc avec la parole que l’on entend. Un concours de tir, avec les mots, où chacun essaie de viser au plus juste. Où chaque acteur touche et revient sur le point le plus sensible de lui-même.

Pas d’histoires de gangs, pas de couteaux sortis. Juste des voix élevées au-dessus de la mêlée pour dire des choses aussi simples que : tu m’aimes comment ?

Frôlements, hésitations, heurts... emphase et syncope ! Ces garçons et filles s’invitent... Ils traînent leurs amours et leurs désamours, pourtant se veulent plus léger que l’air. Ils s’embaument, s’empestent, jurent. Font des paris impossible à tenir. Doutent. Chantent. Attendent d’être cueillis. Beaux et belles !

Notes de mise en scène

Un décor volontairement dépouillé. Seul un rideau rouge de deux mètres de haut et d’un mètre cinquante de largeur d’où surgit dans un premier temps, l’acteur qui joue " Yoyo ". Le texte passe du récit, au jeu en " direct ". Trouver cet effet " de réel ", et suivre l’histoire. Tel est l’enjeu. Les paroles ouvrent des décors, des espaces… déplacent le temps. Les chants, courts, et nombreux, créent un décalage volontaire, créent une attention différente. Ils proposent une " distraction ". Un relâchement de l’attention (On n’écoute pas de la même façon une chanson, et un texte). Pas d’appel au public dans les chansons cependant.

Donner à l’acteur et aux actrices, par le chant et le texte une partition rigoureuse, une géométrie précise dans l’espace : rien ne sera hasardeux…

Cependant leur demander, de faire ce va-et-vient entre l’intime résonance du texte en eux-mêmes, et la prise de distance nécessaire : il sera possible de rire, non pas de ce qui est dit ou vécu par les personnages de l’histoire, mais par la résistance ou la maladresse appliquée, qu’ils mettront à s’en défaire. C’est cette prise de risque, qui doit rendre l’ensemble, terriblement humain, pudique et impudique. La musique doit créer envoûtement, légèreté.

" Rien qui pèse " dirait Verlaine. Et chacun à l’écoute de ce que dit l’autre. C’est " ce fil par l’oreille " qui tiendra l’ensemble, qui sera la quille de ce bateau.. qui devra apparaître si léger au milieu de cette tempête. Mais insubmersible. Vibrant et drôle.

C’est à cela que nous travaillons.

Marc Michel Georges

Extraits de la pièce

"Bella de Montigny", interprété par Claire Fretel

Bella de Montigny.. oui je sais, ça ressemble à un nom de jument qui court le tiercé.. mais c’est le hasard des circonstances.. Petite, c’est papa qui me remontait les bretelles, qui remontait la pendule, c’est lui qui remontait tout ! Maman ressemble à la soupe, elle est chaude et variée, et me surveille du coin de l’œil. Lorsqu’elle fut grosse de moi, les amis disaient en lui touchant son petit ventre rond :

  • T’as avalé un noyau de pêche c’est ça ? T’as avalé un noyau de pêche ?

C’est comme ça qu’on devient fragile bien avant de vivre !

J’ai jamais eu le droit d ‘aller jusqu’au ruisseau. Durant les pluies, on m’enfermait. Je ne sortais que les jours de soleil. Avec tout ça, je suis vierge, pour montrer l’exemple !

La Rejetonne, interprété par Marie-christine Dioh

Solistar, pécule, rejetonne, j’ai joui tout en pleurs en mangeant des petits gâteaux ! C’était bien avant que je mange du jambon, oh oui, bien avant ! " Ca craint la vie ! " fis-je avec mes bûchettes, toute crochue, jouant avec l’eau sale. J’étais à égratigner la terre, bien à plat-ventre. Et je disais bonjour et merci, pas plus ! Les yeux en bas, à hauteur des souliers qui étaient mes animaux morts. Les premiers que j’ai vus. Ah paparina, mamalou, mamalia, mamour mamour ! Déjà coupée du ruban, imbue en moi-même jusqu’à la timide, je pleurus mille et mille fois, tête de cochon, tête de mule, en suçant ma petite robe !

Puis un jour, j’ai tenu mon bol par les oreilles. Mes mains étaient bien chaudes. Je venais de sortir un rire plus grand. Un arbre s’était cassé là-bas sous l’orage. J’ai su que je couvais une maladie d’amour, pour un garçon bien peigné et si méchant… Alors j’ai avalé une sardine grillée avec du lait. …..

" Jour du Souvenir ", interprété par Jenny Keller

Je suis de paysage inconnu, une recueillie. On m’a appelée autrement que mon vrai nom, parce qu’il avait les résonances d’une racine vénéneuse mon nom. Fallait même pas y toucher. Tu pouvais m’appeler comme bon te semble. J’ai eu droit à

  • Eh toi ! Eh l’autre ! Machine ! Caramel !

Quand c’était pas des sifflets !

Suis passée d’orphelinats, en foyer d’études, toujours plus cabossée. Et prête à lâcher le venin, toujours. Je m’avançais vers les doigts qui me montraient. Alors quoi, qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui dérange dans ma tenue, pour pas qu’on m’appelle gentille ? Regarde ta bouche qui me parle, comme elle est vilaine ! A force de se dégoûter des autres. Et tu lâches des " ah la la…. Ah mon dieu ! " Et pourtant j’allais vers toi, confiante. Et tu m’as claqué la porte. Et c’est ta porte que j’ai nez à nez. Je te fracturerai sois sûr ! Et ton verrou va sauter avec mon pied de biche !

C’est un si bel animal.

"Joan le KERMAECK dit " YOYO ", interprété par Thierry Barèges

Joan le Kermaeck. Mais on m’appelle Yoyo. Je suis de Pevennic, parce que l’avion a attéri, sinon la mer iodée qui me flingue le museau, j’en aurais pas voulu. Les coiffes, le biniou et tout se qui s’en suit, je m’en bats les flancs. Mon père, on l’a cherché avec des torches qui balayaient la mer, toute la nuit. Et puis on a éteint les torches. Et le gendarme côtier m’a pris dans ses bras. C’est la seule fois, où un gendarme m’a pris dans ses bras.

Grosso modo, je ressemble à un homme. J’y arrive. C’est pas évident. Ma sœur croit que c’est plus facile pour moi, que pour elle. Moi je dis, c’est pas évident. Parce qu’à quelques détails,

je vois bien que je me trompe dans ma façon de faire croire. Tiens, hier encore la boulangère m’a dit : " qu’est-ce que tu veux mon garçon ? ". Mon garçon ! J’ai pas supporté !

Je vais changer de boulangerie. Mais est-ce que ça va changer le problème ?

Une journaliste nous en parle

Il y a d'abord la rejetonne, un "grain de café qui a poussé dans un pot de yaourt",

– allusion à la couleur de sa peau – cité Albert Camus, puis Bella de Montigny, dite "perche mondaine", "la grande sucette" ou "la grande gigue qui aurait avalé un élastique", et Jour du souvenir, elle qu'on a rebaptisé au hasard en fermant les yeux sur un calendrier tellement son nom était imprononçable. ..Et puis arrive Joan le Kermaeck, l'unique garçon présent sur scène, dit YOYO, rencontré à la fête foraine et qui se la joue toujours comme dans les films.

Quatre ados racontent, chantent et déballent leur désordre amoureux, avec des mots qui visent juste, des chansons qui cherchent à séduire, aident à se révolter et à se dévoiler.

Un spectacle pur sur l'adolescence, sa violence et sa force, avec ce besoin de savoir qui l'on est et comment on vous aime..

Ce sont quatre lycéens du lycée Paul Bert de Paris qui ont monté une compagnie. Marc-Michel Georges a écrit les textes et chansons pour eux sur mesure : rythme d'accordéon (toujours Marc-Michel Georges) et de guitare : du très bel ouvrage.

Les adolescents pourront trouver dans ces textes des mots pour se retrouver… Les plus âgés seront sous le charme de ces très jeunes comédiens (moins de 18 ans) qui osent dire l'impudeur des sentiments et la violence des premiers désirs. Seule ou en chœur, les trois filles fredonnent "comment faire pour s'aimer quand on ne sait pas parler" ou "faudra les attendre les dimanches ou bien les prochaines vacances". Plus grave, Jour du souvenir lance: "j'ai essayé de vomir ma race, d'enlever l'implant de sauvagerie", pour ne rien cacher et ne pas taire les différences; puis sur un air de bossa, elle entame la lithanie de ses prénoms : Mocabelle, Issidri, Bossodo. Bella avoue la force du désir: "Je le veux comme on jette ses poupées au feu, comme un tissu qu'on déchire peu à peu", "une envie de foncer dans le corps".. Bella pousse la goualante des amants maladroits, qui, dans la buanderie, coincés entre la lessive "Lechat" et le panier à linge, essaye de planter "un clou tordu et trop mou" …avant de chanter le bonheur des lendemains "l'aube a pris une photo que j'ai là".

Sont racontés aussi les coups tordus ("tape-lui dessus, fais lui, mal, tout ça c'est bien normal"), les mauvaises rencontres à ne plus savoir si l'on n'est abeille ou bourdon, comme Bella qui confie garder malgré tout "des ressources de bonheur en elle qu'elle ne soupçonne pas"…

Côté garçon, c'est Joan dit YOYO qui parle : "grosso modo, je ressemble à un homme. J'y arrive. C'est pas évident. Ma sœur croit que c'est plus facile pour moi, que pour elle; Moi, je dis que c'est pas évident".

Très belle scène de drague avec Jour du souvenir (:"t'as pas le pas, scotché à la gomina) , Yoyo se prend pour Peter Sullivan…Puis vient le RAP des trois filles impitoyables : "Prends pas ton air inspiré, t'as rien à dire", "homme nubile, moi nubile, amour débile".

Le regard espiègle, provocant ou interrogateur, toujours planté dans celui du public, sur des airs à vous faire fondre le cœur, les comédiens livrent, libèrent la plus belle part d'eux-mêmes, le grain de leur voix et leurs sentiments troubles.

On réclame des prolongations.

Valérie PREVOST
journaliste

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Informations pratiques

Proscenium

2, passage du Bureau 75011 Paris

Accès handicapé (sous conditions) Salle climatisée
  • Métro : Alexandre Dumas à 165 m
  • Bus : Charonne - Philippe Auguste à 89 m
Calcul d'itinéraires avec Apple Plan et Google Maps

Plan d’accès

Proscenium
2, passage du Bureau 75011 Paris
Spectacle terminé depuis le samedi 20 janvier 2001

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Spectacle terminé depuis le samedi 20 janvier 2001