Quand les tables tournaient chez Victor Hugo

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Alliance Française , Paris

Du 15 au 31 janvier 2003

CONTEMPORAIN

Victor Hugo, Adèle, leur fils Charles, leur fille Adèle… et quelques amis proscrits. Initié au spiritisme, le grand exilé fait «tourner les tables» et la nouvelle inquiète ses amis parisiens. Henri Dumont, journaliste, rejoint l’île pour comprendre. Sur place depuis trois jours, il mène son enquête.
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Spectacle terminé depuis le 31 janvier 2003

 

Quand les tables tournaient chez Victor Hugo

De

Roger Gouze

Mise en scène

Jean-François Chatillon

Avec

Jean-Paul Bazziconi

,

Anne Bouvier

,

Jean-François Chatillon

,

Pierre Forest

,

Patricia Franchino

,

Sophie Gubri

,

Jean-Louis Levasseur

,

Nathalie Lucas

,

Thierry Monfray

,

Geoffroy Thiebaut

Présentation
Le spectacle
Biographie sommaire
Les idées de Victor Hugo
Napoléon-le-Petit
Les raisons de l’exil
L’exil
Hugo et les Esprits
Les tables tournantes
Le spiritisme
Extrait
Un mot de l'auteur
Un mot du metteur en scène

Jersey, Octobre 1855.

Victor Hugo, Adèle, leur fils Charles, leur fille Adèle… et quelques amis proscrits. Initié au spiritisme, le grand exilé fait «tourner les tables» et la nouvelle inquiète ses amis parisiens. Henri Dumont, journaliste, rejoint l’île pour comprendre. Sur place depuis trois jours, il mène son enquête.

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La pièce de Roger Gouze rassemble un certain nombre des membres de la famille Hugo et des amis proscrits qui ont directement participé à l’expérience des tables.

Outre Victor Hugo et Adèle sa femme, la pièce rassemble leur fils Charles, leur fille Adèle, les proscrits Auguste Vacquerie et Henett de Kesler. Le personnage de Henri Dumont, présenté comme un journaliste ami du clan Hugo est totalement inventé. Enfin, « l’Esprit de la Table » est incarné par une comédienne ; visible aux yeux des spectateurs, elle demeure une présence mystérieuse pour les personnages.

Le texte de la pièce et le parti pris de la mise en scène ne cherchent pas à établir une reconstitution historique. Distribution, costumes, dispositif scènique, lumières et jeu des acteurs s’attachent d’abord à retracer une ambiance telle que peut la surprendre un observateur comme Henri Dumont, qui cherche à comprendre, s’interroge, mène l’enquête.

L’action se situe à Marine Terrace à l’issue de l’expérience des Tables. Le lieu, le temps, sont évoqués par le mobilier et les costumes d’époque autant que par les lumières et la bande son qui nous rappellent la présence toute proche de l’océan.

L’auteur s’est inspiré des procès-verbaux de l’expérience des tables, mais les personnages réagissent selon leurs doutes ou leurs convictions du moment. Parfois, ils puisent dans l’oeuvre de Hugo même les poèmes ou les citations qui expriment le mieux leur sensibilité propre.

Le jeu des acteurs cherche à révéler la cohésion du clan qui s’est formé autour de la personnalité de Hugo et de l’expérience spirite ; en dépit de la tristesse de l’exil, de la promiscuité, et des difficiles conditions d’existence.

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1802 : Naissance à Besançon, le 26 février.
1845 : Nommé pair de France par Louis-Philippe.
1848 : Élu député le 4 juin. Soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République.
1849 : Discours sur la misère à l’Assemblée. S’oppose à Louis-Napoléon. 
1850 : Discours à l’Assemblée sur la liberté de la presse, le suffrage universel et la liberté de l’enseignement.
1851 : Discours contre les projets de L-N Bonaparte. Charles et François-Victor écroués à la Conciergerie. Organise la résistance au coup d’État du 2 décembre. Fuit en Belgique le 11 décembre. Début de l’exil.
1852 : Publie Napoléon-le-Petit. S’installe à Jersey en août.
1853 : Début des « Tables parlantes ». Publie les Châtiments.
1855 : Fin de l’expérience des tables. Chassé de Jersey, V.H. s’installe à Guernesey. Pendant 15 ans, Hugo restera en exil, refusant l’amnistie de 1859. Il y écrit de nombreuses satires contre Napoléon III. Il produit ses plus grandes œuvres : Les ContemplationsLa Légende des SièclesLes Misérables, L’Homme qui rit.

1870 : Proclamation de la République. Retour triomphal à Paris.
1885 : Meurt à Paris, le 22 mai. Funérailles nationales.

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Victor Hugo donne l’impression depuis la mort de sa fille Léopoldine, d’abandonner son écritoire ; rien n’est plus faux. Toutes ses préoccupations réapparaîtront dans Les Misérables et Les Contemplations qu’il a commencé à écrire.

Comme homme politique, il continue de défendre les idées qu’il avait eu l’occasion d’exprimer comme écrivain.

Au procès de Pierre Lecomte (qui avait tiré sur Louis-Philippe), il préconise la détention perpétuelle plutôt que la peine de mort : « J’ai sur les peines irréparables des idées arrêtées et complètes depuis dix-huit années. Ces idées vous les connaissez. Simple écrivain, je les ai publiées ; homme politique, si Dieu m’aide, je les appliquerai. »

Il s’intéresse à de nombreux sujets (la colonisation, la liberté de la presse, le travail des enfants, la création de crèches, etc.) et intervient sur les questions sociales dans nombre de ses discours : « Une nouvelle ère s’ouvre, l’ère des questions sociales, que j’appellerais plus volontiers les questions populaires. Le travail, le salaire, la pénalité, la création des richesses, la répartition des jouissances, la dette du bien-être payée aux travailleurs par les gouvernants, l’encouragement à toutes les aptitudes, les grandes impulsions qui doivent venir à l’état, les grands efforts qui doivent venir du peuple, voilà les questions qui ont l’avenir désormais. Le temps des questions purement politiques est passé. »

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Discours du 17 juillet 1851 sur la révision de la Constitution : « Quoi ! après Auguste, Augustule ! Quoi ! parce que nous avons eu Napoléon-le-Grand, il faut que nous ayons Napoléon-le-Petit ! »

Napoléon-le-Petit (extrait) : « Se faire de la France une proie, grand Dieu ! ce que le lion n’eût pas osé, le singe l’a fait ! ce que l’aigle eût redouté de saisir dans ses serres, le perroquet l’a pris dans sa patte ! (...) La civilisation, le progrès, l’intelligence, la révolution, la liberté, il a arrêté cela un beau matin, (...) ce masque, ce nain, ce Tibère avorton, ce néant ! »

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Victor Hugo et la politique
A l’avènement de la Monarchie de Juillet (1830-1848), Victor Hugo est favorable au régime monarchique constitutionnel. Il est nommé pair de France par Louis-Philippe en 1845. Mais le régime autoritaire favorable à la haute bourgeoisie liée à l’expansion industrielle lui déplait.

Après la chute de la monarchie en février 1848, il est élu député conservateur le 4 juin. Mais dans ses discours et ses votes, il rejoint très souvent l’opposition. Finalement, il soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte qui est élu le 10 décembre à la présidence de la IIème République.

Le coup d’État du 2 décembre 1851
Louis-Napoléon, «prince-président», ne se satisfait pas de la nouvelle Constitution qui limite son mandat à 4 ans en l’obligeant à composer avec une Assemblée Législative indissoluble et principalement composée de monarchistes. Habile tacticien, et jouissant d’une grande popularité, il laisse les conservateurs se discréditer par une politique réactionnaire et impopulaire (Loi Falloux sur l’éducation, suppression du suffrage universel) et réduit à néant l’opposition républicaine.

Au matin du 2 décembre 1851, il dissout l’Assemblée et organise un plébiscite. 

Opposé à ce coup d’État, Victor Hugo tente d’organiser la résistance sur les barricades ; en vain. 

La colère de Victor Hugo contre Napoléon le Petit.
Début janvier 1852, Louis-Napoléon signe le décret d’expulsion qui frappe Victor Hugo. En août, Hugo publie Napoléon le Petit, pamphlet en vers qui connaît immédiatement un grand succès. Contraint de quitter la Belgique où il s’était réfugié, il s’installe à Jersey avec sa famille et de nombreux proscrits.

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Victor Hugo arrive à Jersey le 5 août 1852. Il s’installe avec sa famille et quelques proches à Marine Terrace, sur la grève d’Azette, non loin de St Hélier. « C’est une cabane, écrit Victor Hugo, mais dont l’océan baigne le pied ».

« Jersey est une île remplie de légendes, note Adèle, la fille de Victor Hugo. Marine Terrace elle-même avait eu sa légende, son spectre, son fantôme. Pour conjurer ou pour évoquer l’ombre qui, dit-on, errait chaque soir au bas de la terrasse, on avait jugé à propos de dessiner une grande croix noire sur le mur qui séparait la terrasse de la mer ».

Après la publication de Napoléon-le-Petit, il commence à rédiger les Châtiments. 

Quand il n’écrit pas, Hugo aide de son mieux les proscrits réfugiés sur l’île. Il organise des ventes d’objets dont le bénéfice est versé aux plus démunis. Mais les proscrits, organisés en sociétés (La Fraternelle, La Fraternité), se jalousent, intriguent, se querellent. Hugo démissionne.

« Ces pauvres proscrits jersiais commencent à être tellement divisés, écrit-il, qu’il n’y a pas même eu moyen de songer à les réunir dans un banquet (...). Quelle triste chose que l’exil, et comme il gâte vite les hommes, même ceux qui ont en eux une idée qui conserve ! ».

L’île offre de nombreux panoramas qui prêtent à la méditation et à la rêverie. Le clan Hugo organise des excursions, s’adonne aux bains de mer. Hugo y trouve de nombreux sujets de dessin et d’écriture.

« L’équinoxe souffle énergiquement ici ; mais c’est égal, nous vivons dans un calme profond; le ciel pleure, la mer gueule dans les rochers, le vent rugit comme une bête, les arbres se tordent sur les collines, la nature se met en fureur autour de moi ; je la regarde dans le blanc des yeux et je lui dis : De quel droit te plains-tu, nature, toi qui es chez toi, tandis que moi qui suis chassé de mon pays et de ma maison, je souris? Voilà mes dialogues avec la bise et la pluie. »

Charles Hugo et Auguste Vacquerie se sont initiés à la photographie. Ils mettent sur pied dans la serre de Marine Terrace un atelier de photographie. Hugo, sa famille, et l’entourage des proscrits deviennent les principaux sujets. Hugo rêve d’un ouvrage collectif illustré sur les îles anglo-normandes qui ne verra pas le jour.

C’est dans ce contexte qu’arrive à Marine Terrace en septembre 1853, Delphine de Girardin, qui initie le clan Hugo au spiritisme.

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L’expérience des Tables a-t-elle influencé Hugo ? Hugo a-t-il influencé la Table ? 

Victor Hugo à Madame de Girardin : « Les Tables nous disent, en effet, des choses surprenantes. (...) Tout un système quasi cosmogonique, par moi couvé et à moitié écrit depuis vingt ans, avait été confirmé par les tables avec des élargissements magnifiques. Nous vivons dans un horizon mystérieux qui change la perspective de l’exil, et nous pensons à vous, à qui nous devons cette fenêtre ouverte.

Les tables nous commandent le silence et le secret. Vous ne trouverez donc dans Les Contemplations rien qui vienne des tables.»

Journal d’Adèle II : « Mon père parle des Révélations faites par les tables puis il arrive enfin à sa propre religion qui se résume dans ce grand mot : Amour - ce poème se termine par des points suspensifs, c’est-à-dire qu’il ne se termine que devant l’infini. » 

15 septembre 1853. Séance autour du guéridon. C’est la Civilisation qui parle au poète. « Grand homme, termine Les Misérables ! » 

Ce qui est curieux c’est que le texte dans son état actuel est enfoui dans la malle aux manuscrits et porte pour titre Les Misères.

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En exil depuis plus d’un an sur l’île de Jersey, Victor Hugo accueille le 6 septembre 1853, Delphine de Girardin, pour un séjour d’une semaine. Cette femme de lettres initie Hugo, sa famille, et ses amis exilés, au spiritisme. Cette pratique qui consiste à inviter les esprits à se manifester est alors très en vogue dans les salons parisiens.

Les tentatives des premiers jours sont un échec. La table ne se manifeste pas et les participants sont peu désireux de se voir détournés de leurs objectifs antibonapartistes. Mais le 11 septembre, la table tressaille et « parle ».

Les participants sont convaincus que c’est Léopoldine (fille de Victor et Adèle Hugo, morte noyée en 1843), qui s’exprime. L’émotion est forte. « Nous sentons la présence de la morte. Tout le monde pleure », note Adèle II dans son journal. Les séances de spiritisme auront lieu tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, jusqu’en octobre 1855. Charles, le fils aîné de Victor se révèle un médium privilégié.

Plusieurs moyens de communiquer sont utilisés : Un guéridon à trois pieds est placé sur une table. Deux des participants posent leurs mains à plat et la table dicte lettre à lettre son message : un coup pour A, deux coups pour B, etc. Aux questions, la table répond par un frappement pour oui, deux frappements pour non. En une seule séance, quatre mille mots peuvent être dictés.

Soixante-dix procès verbaux de ces séances ont été rédigés sur quatre carnets. En avril 1854, la table demande qu’au troisième pied soit fixé un crayon. Les dessins de la table ont été recueillis sur deux albums.

Ainsi, deux ans durant, la maison de Marine Terrace se transforme en scène de théâtre où presque chaque soir d’invisibles acteurs viennent jouer leur chef-d’oeuvre : André Chénier, Shakespeare, Molière, Machiavel, Robespierre, Voltaire, Racine, Dante, Chateaubriand, Mahomet, Jésus-Christ, mais aussi l’ange de la Mort, le Lion d’Androclès, la Comédie, le Drame, la Tragédie, la Gloire, toutes une foule d’êtres, et même Napoléon Ier qui annonce la mort de son neveu dans les deux années qui viennent et l’avènement de la république européenne.

Hugo met fin aux séances de spiritisme le 9 octobre 1855, après que l’un des participants soit devenu fou.

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Dans les années 1847-1848, les sœurs Margareth et Catherine Fox (U.S.A.), en pleine adolescence, se disent en relation avec un esprit frappeur qu’elles ont baptisé Monsieur Pied-Fourchu. Aux États-Unis, grâce au Télégraphe, les nouvelles vont vite. Grâce aussi à leur soeur aînée, les soeurs Fox vont bientôt se produire dans le cirque Barnum.

Les soeurs Fox ont avoué à la fin de leur vie que tout cela n’était qu’une vaste mystification, de l’illusion montée de toutes pièces. 

Mais c’était trop tard, les esprits étaient en liberté : démocratie spirite, voyance pour tous, l’au-delà était accessible moyennant quelques bricolages (tables, guéridons, verres). 

En France, après le carnage des barricades en 1848 et les fusillades de 1851, les espérances de liberté sont déçues ; alors on rêve, on joue à être libres, on joue à être anticlérical. Cela se passe dans les salons feutrés du Paris progressiste et romantique.

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Victor Hugo
« ... Monsieur Dumont, de quel droit votre fameuse science, dont vous avez plein la bouche, nierait-elle des faits dont l’explication lui échappe, provisoirement sans doute. Je ne nie pas la raison, moi, mais j’en perçois les limites. Un et un font deux. C’est de la science. Un homme plus une femme font un couple et dans cette addition-là, beaucoup échappe encore à la science. Monsieur Dumont, de quoi, selon vous, peut bien se nourrir la raison ? Du rêve et de la vie. Niez-vous la vie ? Le vrai et le faux n’existent que mêlés, jamais à l’état pur. Cela vaut aussi pour les tables. »

Dumont
« Moi je préfère camper sur la terre ferme de la science. »

Victor Hugo
« C’est plus facile que de se pencher au bord du gouffre où s’affrontent hier et demain, le connu et l’inconnu, ce qui est et ce qui sera... »

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« Il y a des hommes-océans » dit, de Shakespeare, Victor Hugo qui pensait sans doute à lui aussi. Comme l’océan, leurs œuvres demeurent inépuisables. Le cas de Victor Hugo est d’autant plus singulier qu’une part importante de sa poésie reste à peu près ignorée, soit le dixième de ses créations poétiques : dix mille vers sur cent mille environ. Ni Aragon dans son anthologie hugolienne, ni Maurois dans sa biographie « Olympio » ne leur accorde plus d’une allusion. On croirait des alpinistes incapables d’atteindre le sommet, par essoufflement. Ces recueils ont pour titre : Le Pape, la Pitié Suprême, Religions et Religion, la Fin de Satan, l’Âne, les Quatre Vents de L’Esprit. Paul Valéry sauve l’honneur en y voyant l’aboutissement du génie hugolien et le sommet de la poésie française. 

Pourquoi cet ostracisme ? Parce qu’Hugo choque en exprimant là des idées qui apparaissent comme le couronnement de son évolution intellectuelle, sociale, politique et religieuse ? Parce que son expression y atteint une puissance, une vision qui dépassent et effraient l’esprit humain ?

Si l’on y voyait de la sénescence, il suffirait de rappeler que la plupart de ces oeuvres, bien que publiées à la fin de sa vie et certaines à titre posthume, ont été écrites vers sa cinquantaine, entre 1853 et 1855, à Jersey où le poète s’était, avec sa famille et d’autres proscrits, exilé par refus du coup d’Etat de Napoléon III.

Une amie, Madame de Girardin, vint le voir et l’inita à l’occultisme des tables tournantes, pratique à la mode dans le Paris de l’époque. Incroyable et folle découverte !

Bientôt, toute la famille, amis, proscrits virent ou firent apparaître une inimaginable sarabande d’esprits, personnages réels, mythiques, symboliques, entités, avec qui s’engagèrent des dialogues hallucinés et hallucinants.

Ainsi parlèrent Dante, Racine, Chateaubriand, Robespierre, Galilée, Luther, Jésus, Socrate, Molière, Jeanne d’Arc… et Shakespeare qui dicta une pièce : « Nihila », et André Chénier qui décrivit sa fin sur la guillotine. Mais aussi la Mort, l’Ombre du Sépulcre (d’où l’immense poème : « Ce que dit la Bouche d’Ombre » publié dans les Méditations). Personne ne semblait s’étonner que la table « parle Hugo » comme on dit parler argot, ni qu’elle s’exprime en alexandrins.

Ce sabbat dura deux ans, jusqu’à ce qu’au cours d’une séance, un des proscrits, Allix, pris de folie furieuse, voulût tuer Vacquerie, frère du gendre d’Hugo. Celui-ci fut saisi de terreur. Retrouvant sa raison, il se comprit engagé sur des sables mouvants où la démence l’attendait. Il mit fin aux séances définitivement, et ne recommença jamais.

Il conclut : « Ce monde sublime dont la porte s’est entrebaillée pour nous veut demeurer sublime mais ne veut pas devenir exact ». De ces deux années d’exploration délirante, Hugo gardait quatre cahiers de cuir rouge où étaient consignés les procès-verbaux de toutes les séances.

La pièce « Quand les tables tournaient chez Victor Hugo » s’en inspire et reconstitue les plus saisissantes, les plus folles mais aussi les plus drôles (car la Table n’avait pas moins de dons qu’Hugo !). Si ce spectacle pouvait contribuer à sortir de leur injuste obscurité les plus prodigieux recueils de ce prodigieux poète, l’auteur s’en jugerait récompensé et heureux.

Roger Gouze

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Victor Hugo est de par sa vie, son œuvre, ses engagements, l’un des phares de notre littérature et de notre histoire. Tout a été dit, écrit sur son appétit de vivre, d’écrire, de découvrir la nature, l’homme, le monde, de faire avancer la société vers plus de justice, de fraternité... Son génie a éclairé, guidé des générations entières. Sa plume a révolutionné le théâtre - ah ! ce premier vers de la pièce qui provoqua la fameuse bataille d’Hernani ! - ses romans ont ouvert la voie à l’engagement politique littéraire au XIXème siècle... Influence prépondérante qui se prolonge encore de nos jours.

Un aspect reste peu ou pas connu : cette période étrange durant laquelle, exilé à Jersey - et quelques années après la mort tragique de sa fille Léopoldine - Hugo est initié au spiritisme et se lance avec frénésie semble-t-il dans cette nouvelle passion. Rien n’est précis quant à ses motivations. Nous savons simplement qu’après deux ans de pratique quasi quotidienne, les séances s’interrompent brutalement et irrévocablement selon sa propre décision. Nous avons seulement la chance d’en avoir les procès-verbaux, écrits soit par Hugo lui-même, soit par l’un des participants (Auguste Vacquerie, Charles Hugo...).

Roger Gouze a souhaité nous faire découvrir cet Hugo très étonnant. Il met en parallèle la parole des Esprits qui rendent visite à Hugo - et ils sont nombreux ! - et l’œuvre du poète. En suivant l’enquête que mène Henri Dumont, le seul personnage fictif de la pièce, dans les mystérieux cahiers rouges où sont consignés ces procès-verbaux, nous découvrons un Hugo fraternel, humain, un être dont les questions sont les notres, un homme dont les joies, les peines sont celles du commun des mortels dont il se voulait lui-même si solidaire, bien loin du Hugo « panthéonisé ».

Retrouver cette humanité a été notre travail pendant les répétitions. Je ne voulais en aucun cas une reconstitution historique - foin de « Théâtre-Musée-Grévin » ! - ou entrer dans un quelconque réalisme.

Je n’ai pas proposé leur rôle aux comédiens en raison d’une hypothétique ressemblance avec leur personnage, mais en fonction de leur tempérament et de leur envie de participer à cette aventure un peu hors norme.

Je n’ai pas souhaité un décor qui rappelle la maison d’Hugo à Jersey, mais un espace qui suggère à la fois un intérieur, s’ouvrant aussi sur l’océan et sur le ciel.

Ensuite, comment représenter, matérialiser ces fameux Esprits ? Comment mettre en scène une « séance de table tournante » ? À mon sens, nul besoin de subterfuges, de mécanisme ou de trucage. Roger Gouze a synthétisé ces Esprits dans un seul personnage qu’il appelle « l’Esprit de la Table ». J’ai tenté de développer ce concept : « l’Esprit de la Table » est toujours présent, il « fait partie des meubles », il vit avec Hugo et les siens, se joue d’eux, souffre avec eux...

Enfin, la musique est présente, très présente. La musique n’est-elle pas l’art qui, le plus, nous fait toucher l’indicible ? La musique, peintre du non-dit...

Parler avec les Esprits, à travers Victor Hugo, c’est parler à l’immatériel, à l’abstrait, à l’aérien... C’est cet irréel qui touche à l’humain qui rend les propos que vous allez entendre si concrets...

Jean-François Chatillon

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