
Présentation
Daprès André
Bouissy, Bibliothèque de la PLEIADE
Roméo est sorti traumatisé par cette effroyable guerre de 14-18. Il a du mal à réintégrer la société d'avant-guerre avec ses moeurs et ses coutumes. Par une sorte de provocation, damour désespéré, il s'est mis en tête, ou tout au moins le fait croire, que sa femme, la belle et fidèle Béatrice, le trompe. Stupeur totale, car tout le monde sait à quel point Béatrice est dévouée à son mari, et au-dessus de tout soupçon.
Roméo est-il devenu fou ? Petit à petit, nous découvrons qu'il n'est pas si fou que cela, que sa logique tient la route, et qu'il s'est passé des tas de choses inattendues on ne sait comment ! Notre société se protège par la " forme ". Il y a des lois, des codes de conduite, des " certitudes " qui nous rassurent et, croit-on, nous protègent.
Mais la vie est mouvement, elle bouge en nous aussi, et nous entraîne vers ce monde mystérieux, cet état second où la volonté ne peut plus rien, linconscient, ce monde dans lequel on commet ces " crimes innocents ", on ne sait comment. Quelle punition existe-t-il pour ces crimes dont on ne veut pas se charger la conscience, puisquon ne les a pas voulus ? Faut-il en parler, faut-il en débattre, trouver des " excuses " ?
Cest la question dérangeante que pose Roméo, à la recherche de son identité de coupable. Cest sa folie. Il en mourra peut-être. Et tout ça " on ne sait comment ". Chacun peut se poser cette question sil le souhaite, sil croit que cela en vaut la peine, comme dit PIRANDELLO " à chacun sa vérité ".
Michel Fagadau
Note : Ne pas négliger Giorgio, (bastion de certitudes), peut-être fasciste ou futur fasciste, qui exerce une fascination non voulue sur Roméo, lequel peut à la fois en avoir peur, et éprouver une joie et une fierté secrètes davoir possédé sa femme, ce qui nexclut en rien sa passion pour Béatrice, et son désespoir " dhomme " coupable.
Daprès André Bouissy, Bibliothèque de la PLEIADE
Un ami de PIRANDELLO lui aurait suggéré de fondre deux de ses nouvelles pour en faire la pièce que nous connaissons sous le titre de " On ne sait comment ".
Cest à Alexander MOISSI, le grand " Henri IV " des pays germaniques, que lauteur destina le rôle de Roméo DADDI. Venu jouer en Italie, patrie de sa mère, lacteur y rencontra plusieurs fois lécrivain, qui linvita à Viareggio, durant lété 1934, à une lecture du premier acte, quil venait dachever. Il semble que MOISSI ait, après réflexion, refusé une première rédaction où le rôle de Bice, écrit pour Marta ABBA, était trop développé à son goût. Finalement rendez-vous fut pris pour la création à Vienne, au printemps 1935. MOISSI mourut pendant lhiver et il ne resta de ce projet quune belle traduction de Stefan ZWEIG. Cest à Prague, en présence de lauteur revenant de Stockholm où il avait reçu le prix Nobel, queût lieu le 19 décembre 1934, au Théâtre National, la première mondiale dans une traduction de Vaclac JIRINA, sous le titre " Clovek ani nevi jak ". La première italienne ne sera donnée quun an plus tard, le 13 décembre 1935, à lArgentina de Rome par Ruggero RUGGERI et sa compagnie.
Ni la traduction de Stefan ZWEIG, publiée à Vienne en 1935, ni le souvenir de MOISSI ne pouvaient en ces années brunes servir la fortune de la pièce en Allemagne. La création nintervint que le 15 octobre 1963, à Munich, au théâtre de la Leopoldstrasse. Le 8 avril 1967, la pièce fut enfin jouée à Vienne au Theater in der Josefstadt. La traduction en langue anglaise par Marta ABBA figure au catalogue de Samuel FRENCH sous le titre " No one knows how ".
" On ne sait comment ", dernière des uvres achevées, a pris aux yeux de la postérité des airs de testament. Peut-être parce quon ny trouve guère didées qui naient été énoncées dans des textes antérieurs et que plusieurs de ses idées tentent de sy intégrer en un discours cohérent, sy exprimant parfois avec la solennité des ultima verba. PIRANDELLO déclara alors : " Mes travaux précédents peuvent être considérés comme les prémisses logiques de celui-ci ". Et, persuadé quil délivrait un message dont dépendait lavenir de la société : " ce sera peut-être mon oeuvre la plus forte, à coup sûr celle qui affronte le plus grave des problèmes : celui de la volonté, de la responsabilité ".
Ce ne sont pas deux mais bien trois nouvelles qui confluent dans " On ne sait comment " : " Dans le gouffre " (" Nel gorgo "), " La réalité du rêve " (La realtà del sogno ") et " Cinci " (" Cinci "). La première fournit le sujet et de nombreux thèmes aux trois actes.
La création française eut lieu le 16 février 1962 au théâtre du Vieux-Colombier, dans une traduction de Michel ARNAUD et une mise en scène de Jean TASSO. Alain CUNY tenait le rôle de Roméo, Delphine SEYRIG celui de Ginevra, Maria MAUBAN était Béatrice et Yves VINCENT, Giorgio. Il y eut quelques reprises de cette pièce, notamment à Paris, en 1976, et en 1979 au Nouveau Théâtre de Poche (en Suisse) dans une nouvelle mise en scène signée André STEIGER.
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