
1958. Annie Ernaux a 18 ans. Elle s’appelait alors Annie Duchesne. C’était il y a longtemps. Que reste-t-il, six décennies plus tard, de cette jeune fille qu’elle était alors ? Est-il encore possible d’approcher cette presque adolescente, d’en saisir les pensées et les gestes, d’en dire les expériences ?
Parler de soi pour tendre à l’autre un miroir où il se reconnaisse, puiser à sa propre vie pour élaborer, de livre en livre, une autobiographie qui se confonde avec la vie du lecteur, c’est ce que pratique Annie Ernaux depuis plus de quarante ans. Ainsi, tout n’avait pas été dit.
Un silence demeurait, comme une meurtrissure presque invisible, imperceptible à l’œil nu, un traumatisme fondateur : la honte qui suivit sa première expérience sexuelle.
De la honte, il est question, dans Mémoire de fille « une honte de fille » dont le texte restitue admirablement le contexte, les étapes, l’intensité inouïe, le « je » du présent recherchant dans ce « elle » du passé.
L’intime et le social, tout est dans ce texte, l’amour, le sexe, la honte, le désir, la préhension de l’origine sociale et de l’éducation, le temps, la condition des femmes, le langage et l’acte d’écrire.
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