Le Polygraphe

Maison de la culture du Japon à Paris , Paris

Du 09 au 11 octobre 2014
Durée : 1h40

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Une œuvre de jeunesse de Robert Lepage, écrite en s'inspirant d'une enquête sur le meurtre d’une comédienne dont il fut brièvement suspecté. La mise en scène inventive de Mitsuru Fukikoshi souligne les références au film noir, à Hamlet ou encore au mur de Berlin pour mieux disséquer les relations troubles entre les trois personnages de cette « enquête policière métaphysique ».
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Spectacle terminé depuis le 11 octobre 2014

 

Photos & vidéos

Le Polygraphe

De

Marie Brassard

,

Robert Lepage

Mise en scène

Mitsuru Fukikoshi

Avec

Mitsuru Fukikoshi

,

Kaiji Moriyama

,

Midori Laurence Ota

  • Une œuvre de Robert Lepage revisitée par un grand acteur japonais

Pièce sur le passé et le présent, la vérité et le mensonge, la fiction et le réel, Le Polygraphe est une œuvre de jeunesse de Robert Lepage. Le metteur en scène québécois l’a écrite en 1987 en s’inspirant d’une enquête sur le meurtre d’une comédienne dont il fut brièvement suspecté. La mise en scène inventive signée Mitsuru Fukikoshi souligne les références au film noir, à Hamlet ou encore au mur de Berlin pour mieux disséquer les relations troubles entre les trois personnages de cette « enquête policière métaphysique ».

Un criminologue qui a fui l’Allemagne de l’Est, une jeune actrice qui joue dans un thriller et un étudiant gay adepte du SM forment l’étrange triangle amoureux de cette pièce où le « polygraphe », un détecteur de mensonge, ne fait qu’épaissir le mystère.

Metteur en scène et interprète de cette oeuvre, Mitsuru Fukikoshi nous plonge dans l’univers onirique de Lepage en utilisant d’originaux jeux de lumière et d’images vidéo. Ce célèbre acteur que l’on a vu au cinéma (Cold Fish, Samurai Fiction) et chez Philippe Decouflé et Simon McBurney incarne le criminologue qui tombe amoureux de l’élégante et sensuelle Midori Laurence Ota, comédienne franco-japonaise qui a travaillé avec Hideki Noda, Kazuyoshi Kushida et, plus récemment, avec Camille Boitel (Le cabaret calamiteux). L’étudiant sulfureux est interprété par Kaiji Moriyama, prodigieux danseur qui ajoute une présence inquiétante à cette pièce emblématique de Robert Lepage.

  • Mitsuru Fukukoshi par Philippe Decouflé

« Fuki est un acteur et metteur en scène Japonais, une sorte de Buster Keaton post nucléaire, un poète qui manie de façon très particulière le chaud et le froid. J’ai eu la chance de travailler avec lui sur Dora, le chat qui a vécu un million de fois, une comédie musicale inspirée de ce qui est au Japon un célèbre livre pour enfants, que j’ai dirigée il y a quelques années. J’avais découvert un jeune acteur à la manière de bouger très belle, stylisée, doté d’un humour subtil.

Fuki est alors devenu un ami. Il est aujourd'hui une vedette de « tv drama » à la télévision japonaise, alternant cette activité avec des « solo-show » riches d’un humour graphique et débordant.

Fuki met ici en scène une piece de Robert Lepage, où il a pu développer son talent pour les effets visuels. Dans ce polar qui mêle sexe, drogue et rock n' roll, on sent qu’il prend plaisir à mêler les techniques théâtrales ; lumière projections vidéo, effets de scénographie se combinent avec bonheur et Fuki s’affirme comme un maître de l’illusion. »

  • Entretien avec Mitsuru Fukikoshi

Parlons du Polygraphe. Vous aviez mis en scène vos solos, mais c’est la première fois que vous mettez en scène une pièce. Il peut sembler étonnant que vous ayez choisi une pièce d’un auteur occidental. Dans le même temps, cela peut paraître assez naturel étant donné vos rencontres avec des artistes européens.
Le Polygraphe est une pièce très spéciale car elle basée sur la propre expérience de Robert Lepage. On ne m’a jamais soumis au détecteur de mensonges, personne autour de moi d’ailleurs, mais j’imagine que la situation peut semer le doute à l’intérieur de soi. Un peu comme quand on prend son vélo en pleine nuit et qu’on se fait interpeller par la police qui nous demande s’il nous appartient vraiment. A un autre niveau, un moment d’angoisse qui brouille notre certitude peut laisser des blessures invisibles.

L’important était de montrer, à travers cette pièce, non pas le questionnement sur le fait que François ait tué ou pas, mais plutôt la force de destruction du détecteur de mensonges. Pour moi, cette pièce révèle également à travers deux éléments – le miroir et le mur – une dualité : vie / mort, passé / présent, vérité / mensonge, fiction / réel, etc.

Mais il y a une chose cruciale que j’ai apprise chez Simon McBurney. La pièce de Haruki Murakami qu’on a montée est l’histoire d’un homme qui s’aperçoit qu’un éléphant a disparu. On pouvait se demander ce que cela symbolisait, la perte de virilité d’un homme par exemple. Mais Simon nous a
demandé de ne pas réfléchir à ça ; nous devions seulement nous efforcer de montrer la disparition de l’éléphant, et l’homme qui l’a vu disparaitre. Si nous parvenions à cela de façon fluide en utilisant des accessoires, le public en trouverait lui-même le sens.

N’était-ce pas compliqué de monter une pièce déjà créée par son auteur ?
Le texte du Polygraphe est intéressant car Robert Lepage l’a écrit au fil des répétitions. Les didascalies sont très détaillées et, pour certains passages, très poétiques. J’ai dû faire un choix dans les indications figurant dans le texte afin de ne pas faire une simple « version japonaise » de cette pièce. En 1996, Lepage a repris Le Polygraphe avec les mêmes décors et accessoires, mais la distribution était japonaise. Une seule indication de jeu n’a alors pas été respectée : la nudité totale des trois acteurs dans une des scènes. Or, je savais qu’en utilisant la lumière d’une certaine façon, on arriverait à percevoir la nudité des silhouettes. Ma résolution fut donc de montrer cette nudité à tout prix, chose encore rare au Japon.

Le décor fut également réduit au minimum. La production n’arrêtait pas de me dire qu’il n’y avait pas de budget [rires], donc pas de scénographe sur ce projet. Je me suis débrouillé pour créer un espace scénique sans l’aide de décor. La seule chose dont j’ai demandé la fabrication était la bibliothèque sur laquelle je devais monter, en allusion au mur de Berlin. En cours de répétition, j’ai fixé la hauteur qui me semblait convenir à cette pièce. Il s’est avéré que c’était la hauteur exacte du mur de Berlin. J’ai été ému quand j’ai réalisé qu’un mur si bas avait pu séparer si longtemps un peuple...

C’est bizarre, j’ai pourtant l’impression qu’il y avait des décors dans votre mise en scène que j’ai vue il y a deux ans...
C’est sûrement parce que nous avons essayé de créer des atmosphères différentes selon les scènes et de changer également l’angle de regard du public.

Ne pensez-vous pas que cette pièce a un aspect cinématographique ?
Oui, en effet. Robert Lepage a monté avec beaucoup d’intelligence des scènes où sa façon de travailler les dialogues rappelle le cinéma, quand on fait un plan serré sur un objet et qu’en élargissant le plan, on découvre que l’environnement a changé.

Dans ma version, j’ai parfois joué sur la vitesse de jeu. Cet effet de mise en scène existe aussi dans le kabuki : on ralentit le jeu à l’extrême afin d’accentuer la naissance d’une émotion telle que l’instant où l’on tombe amoureux. Avec ce procédé qui joue sur l’étirement du temps, on donne du relief à la scène de kabuki qui, visuellement, est plate. Ce ralenti permet au public de remarquer certains détails ou de se poser des questions. J’ai donc inséré dans ma version quelques moments que j’appelle le « Polygraphe Slow ». Deux acteurs présents sur scène au même moment peuvent ainsi avoir une vitesse de jeu différent. Toute personne est dotée du pouvoir d’imagination. Profiter de l’imagination du public est la façon la plus économique de monter un spectacle !

Vous avez réadapté quelques parties du texte…
Pour la mise en scène, je me suis en effet permis de modifier une petite partie du texte, et je remercie Robert Lepage pour son accord. Dans la scène au restaurant, j’ai inséré un passage bourré de jeux de mots japonais évoquant des glissements de situations. Ce fractionnement permet d’exprimer la surcharge de travail, la fébrilité. Je vais réfléchir pour les représentations françaises car il est impossible de traduire ces paroles.

J’ai également pris en compte la notion du temps propre à la langue japonaise. Des fois, il m’a fallu changer l’ordre des répliques, ajouter quelques mots quand on ne pouvait pas parler aussi directement en japonais. J’ai aussi changé le monologue de l’audition car le texte original n’évoquait pas d’images concrètes pour les Japonais. Le public risquait de trouver ce passage trop long, et cela pouvait perturber le rythme global de la pièce. Même s’il est intéressant de dilater et de contracter le temps, quand les spectateurs ont l’impression qu’une scène de 5 minutes dure 10 minutes, c’est qu’il y
a un problème. Je tenais à donner une certaine cohérence à l’ensemble du déroulement de la pièce.

Vous tenez beaucoup à la fluidité de l’ensemble, à la globalité des choses...
C’est là aussi une base que j’ai apprise avec mes solos. Même si plusieurs sketchs sont très bien conçus, si l’ordre dans lequel ils sont présentés n’est pas bon, on peut faire complètement foirer l’ensemble du spectacle. La structuration est primordiale.

Comment avez-vous choisi vos interprètes ?
J’avais en tête de réunir des personnes venant d’horizons différents. J’ai d’abord pensé à Kaiji Moriyama. Il nous fait prendre conscience que, même immobile, un bon danseur reste un bon danseur. Et il a une belle voix adaptée au théâtre. Faire l’expérience d’une pièce de théâtre le tentait, et il a bien voulu participer à la pièce. Pendant les répétitions, il acceptait mes propositions de gestuelle comme si c’était une chorégraphie. Et il jouait sur scène avec une sensibilité différente de celle d’un acteur.

Pour le troisième personnage, je cherchais un physique particulier afin que nos trois silhouettes forment un ensemble atypique. En gros, je voulais que la femme soit plus grande que nous, les hommes. Laurence, qui a des origines françaises, est une actrice qui a également été mannequin. Comparée à nous, elle a un côté humanoïde, un peu comme Rachel dans le film Blade Runner. Avec cette distribution, je voulais donner l’impression qu’un trio appelé « Les Polygraphes » avait choisi comme nouveau projet de jouer une pièce de théâtre.

Pourquoi ?
Car c’est évidemment absurde que des Japonais interprètent des Canadiens ! Je voulais à tout prix éviter que le public ait pitié de nous, comédiens japonais qui faisons semblant d’être des Occidentaux sur scène. Afin de ne pas accentuer ce décalage, j’ai décidé de ne pas choisir les acteurs en fonction des caractéristiques des personnages, comme cela se fait souvent au théâtre. En ce qui concerne la façon de jouer également, j’ai cherché comment nous faire apparaître le moins bizarres possible.

Ce qui m’a surpris dans Le Polygraphe, c’est que vous exploitez l’espace scénique au maximum, de manière radicalement différente de ce qui se fait dans le milieu du théâtre japonais.
Pour moi, il est important de trouver un équilibre général, en particulier dans les déplacements des acteurs et le timing du texte. Même chose pour l’espace. Il se révèle parfois nécessaire de créer un espace vide en plaçant les personnages sur un côté. Ce décalage réveille la curiosité du public et
dynamise le rythme.

Mucho Muramatsu, un des vidéastes les plus actifs dans le milieu du théâtre japonais, a collaboré à cette pièce…
Mucho me soutient depuis longtemps sur mes performances solo. Notre collaboration a débuté par une simple location de matériel, mais rapidement, nous nous sommes mis à travailler ensemble. A l’époque, la vidéo était utilisée dans le théâtre de façon accessoire, pour projeter un titre, un générique ou un extrait d’une scène. Mais je voulais lui donner plus d’importance. Dès le départ, Mucho a su contacter des grosses boîtes de matériel vidéo pour monter des partenariats. Je lui faisais part de mes souhaits, et lui développait un programme ou un câblage spécial pour la vidéo. Aujourd’hui, ce genre de démarche et ces techniques sont courants dans le milieu, mais déjà à l’époque, il faisait cela très naturellement. C’est aussi une personne qui pense avant tout à la pièce lorsqu’il propose une solution. Il ne veut pas simplement exécuter une commande. Il arrive même qu’il me dise : « Pour cette scène, la vidéo est superflue. » Je suis donc content qu’il soit considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands vidéastes.

Pourquoi commencez-vous la tournée de cette reprise du Polygraphe par Paris avant de jouer dans plusieurs villes au Japon ?
The Elephant Vanishes de Simon Mcburney a démarré sa tournée aux Etats-Unis. Ensuite, en jouant en France sur la scène de la MC93 en 2004, j’ai ressenti quelque chose de très particulier. Les spectateurs avaient arrêté de lire les surtitrages et leurs yeux restaient fixés sur le plateau. Je me suis alors dit que ces gens-là, ils regardent vraiment notre jeu. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité m’imposer ce défi de commencer la tournée du Polygraphe par Paris.

Interview réalisée par Aya Soejima le 30 août 2014 à Tokyo

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Françoise B. (1 avis) 12 octobre 2014

le polygraphe le mélange Lepage Fukikoshi a bien fonctionné
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