Juste la fin du monde

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Colline (Théâtre National) , Paris

Du 09 novembre au 17 décembre 2000

CLASSIQUE

Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit.
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Spectacle terminé depuis le 17 décembre 2000

 

Juste la fin du monde

De

Jean-Luc Lagarce

Mise en scène

Joël Jouanneau

Avec

Marc Duret

,

Antoine Mathieu

,

Pénélope Pierson

,

Christine Vouilloz

Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit.

J’ai peu connu Jean-Luc Lagarce. Une belle et brève rencontre au Jardin d’hiver en 1984, après la mise en espace (par François Rancillac) de sa pièce Retour à la citadelle, un regard ou une ou deux poignées de mains échangées au hasard d’une représentation théâtrale, bref, le simple respect de rituels, et c’est déjà ça. Puis, à l’Athénée, alors que je mettais en scène dans la petite salle, La Dernière Bande, de Samuel Beckett, avec David Warrilow, c’était en 1992, lui Lagarce, dans la salle Louis Jouvet, œuvrait à la reprise de sa mise en scène de L’Ile aux esclaves de Marivaux. David Warrilow et lui étaient alors confrontés à la même et incurable maladie.

Et c’est après qu’il ait vu La Dernière Bande, après que nous en ayons longuement parlé (il avait le regard et la voix de ceux qui ne sont déjà plus tout à fait de notre monde), dans la nuit qui suivit, que je fis ce rêve étrange : j’étais dans une forêt, épuisé, une hache à la main, et lui, cet homme malade, apparaissait comme on apparaît seulement dans les rêves, prenait la hache, et avec un grand rire et une force incommensurable, il abattait les arbres, ouvrant en peu de temps une clairière devant moi. David Warrilow est mort depuis, et Jean-Luc Lagarce aussi, la même année, mais aujourd’hui encore, quand je vois une photo de lui, c’est toujours l’homme à la hache que je vois.

Ce n’est qu’en 1998 que je reçus de François Berreur, assistant de Jean-Luc Lagarce durant quinze ans et éditeur aujourd’hui de son œuvre, une pièce, Juste la fin du monde, écrite peu après qu’on lui ait annoncé sa mort prochaine, restée inédite depuis. La lecture de ce texte me bouleversa.

Dans son prologue, Louis, le personnage principal, s’adresse en ces termes au lecteur :

" Plus tard, l’année d’après - j’allais mourir à mon tour - j’ai près de trente quatre ans maintenant et c’est à cet âge que je mourrai… je décidai de retourner les voir, revenir sur mes pas, aller sur mes traces et faire le voyage, pour annoncer, dire, seulement dire, ma mort prochaine et irrémédiable,  l’annoncer moi-même, en être l’unique messager "
et le même Louis, à l’heure de l’épilogue, après être allé chez les siens, qu’il n’avait pas vu depuis dix longues années, et sans rien leur avoir dit, sur la route du retour
: " Ce que je pense (et c’est cela que je voulais dire) c’est que je devrais pousser un grand et beau cri, un long et joyeux cri qui résonnerait dans toute la vallée, que c’est ce bonheur-là que je devrais m’offrir, hurler une bonne fois, mais je ne le fais pas, je ne l’ai pas fait "

et entre les deux nulle amertume face à l’inéluctable, aucune plainte, non, un stupéfiant don de lui-même à ceux qui survivent. Et je pensais alors à ces lignes de Claude-Louis Combet extraites du Péché d’écriture : " Le texte, depuis le commencement, n’avait pas été autre chose que la préparation d’un cri et sa retenue. Et tous les détours par lesquels la phrase avait suivi son cours constituaient une manière de s’approcher du point où le cri allait éclater et une manière de se tenir à distance de ce point et de ce cri. Le cri valait pour tout ce qu’il cachait et d’abord et surtout pour ce cri de fond d’enfance qui n’avait jamais pu être proféré puisqu’il n’y avait jamais eu d’oreille pour l’entendre. "

C’est donc ce cri et sa retenue que nous avons cherché à entendre, en allant à la rencontre d’une écriture qui, bien que sortie de la nuit, ouvre sur une clairière semblable au rêve que je fis.

Joël Jouanneau
mars 2000

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