
Olivier Dubois recrée l’une de ses pièces emblématiques pour quatorze interprètes de sa compagnie. Épousant les répétitions, soubresauts et modulations de la pièce éponyme du compositeur Steve Reich, Come Out célèbre la puissance du corps collectif.
Vêtus de combinaisons moulantes blanches, les interprètes de Come Out répètent leurs mouvements comme autant d’élans vitaux, d’actes de résistance.
Hypnotique et répétitive, la composition de Steve Reich imprime un effacement vertigineux du réel, qui rend visible les corps au combat. Composée en 1966, elle joue sur une phrase inlassablement réitérée, référence aux émeutes de Harlem en 1965 où six jeunes afro-américains furent battus et condamnés à tort. Fragmentée et déformée jusqu’à devenir une onde qui sature l’espace, elle porte une chorégraphie du redressement, d’une communauté qui refuse l’effacement.
Recréation d’une pièce écrite en 2019 pour le Ballet de Lorraine, Come Out prolonge la réflexion qu’Olivier Dubois développe depuis plusieurs années sur la mémoire et la puissance du collectif.
En faisant du travail de groupe un terrain d’exploration privilégié, il ouvre un espace où les interprètes, réuni·es non comme un ensemble homogène, mais par une décision intime, sont traversé·es par une partition infernale.
Come Out s’inscrit dans un héritage de lutte. La pièce naît d’un événement précis : les émeutes de Harlem en 1966. L’œuvre de Steve Reich débute par cette phrase : “I had to, like, open the bruise up and let some of the bruise blood come out to show them.” Dans la musique de Steve Reich, cette parole est répétée, fragmentée, déformée jusqu’à devenir une onde qui sature l’espace.
Dans la chorégraphie d’Olivier Dubois, le corps redressé, puis assailli devient rythme, la violence devient structure, la mémoire devient un champ de bataille. Et puis, il y a de l’hypnose. Ce rose décliné au gré des corps, des états singuliers de chaque interprète. Ce rose qu’on assène à en perdre son sens premier.
Ce rose qui au fil du temps, de l’effort, laisse transparaître ce sang qui bouillonne, cette ecchymose qui s’épanche. Les interprètes portent en eux cette charge : ils rejouent la répétition comme un acte de résistance, ils donnent forme à une communauté qui refuse l’effacement. La danse se déploie, se distord, s’épuise, se relève.
Come Out est un manifeste chorégraphique. Un endroit où la contorsion du temps et du corps libère un témoignage dont le sens véritable n’est ni ailleurs ni enfoui, mais ici-même, au cœur de la matière.
Alors, Come Out devient hurlement. Une œuvre humaine, collective — un redressement.
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