Anouche - L’histoire tragique d’une jeune amoureuse

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Nanterre - Amandiers , Nanterre

Du 22 au 26 mai 2013
Durée : 2 heures

MUSIQUE & DANSE

Le langage d’Anouche incarne le point de rencontre entre l’Europe et l’Orient. Son style, tout à fait original, lui confère un véritable rôle de symbole de la culture arménienne. Cette tradition et cet héritage sont ici magistralement réinterprétés par Armen Tigranian, d’après un poème d’un autre illustre arménien, Hovhannes Toumanian.
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Spectacle terminé depuis le 26 mai 2013

 

Anouche - L’histoire tragique d’une jeune amoureuse

De

Hovannès Toumanian

Mise en scène

Serge Avédikian

Avec

Liparit Avetisyan

,

Gurgen Baveyan

,

Kristina Sahakyan

,

Sophia Sayadyan

,

Lilit Soghomonyan

Point de rencontre entre l’Europe et l’Orient
Amour et malédiction dans les montagnes arméniennes
Quelques mots du metteur en scène
De la traduction musicale en Arménie

  • Point de rencontre entre l’Europe et l’Orient

Le langage d’Anouche incarne le point de rencontre entre l’Europe et l’Orient. Son style, tout à fait original, lui confère un véritable rôle de symbole de la culture arménienne. Cette tradition et cet héritage sont ici magistralement réinterprétés par Armen Tigranian, d’après un poème d’un autre illustre arménien, Hovhannes Toumanian.

Avec le Chœur de Chambre d'État « Hover », chef de choeur Sona Hovhannisyan : Arthur Manukyan, Kim Sargyan, Gevorg Avetisyan, Areg Ghahramanyan, Vahag Babloyan, Edgar Vaeosyan, Ani Hovakimyan, Maria Sardaryan, Sona Yengibaryan, Nelly Shishmanyan, Lusine Mkertchyan, Inga Murza.

Danseurs : Harutyun Topalidis, Tigran Vardanyan, Karen Khatchatryan, Gagik Tadevosyan.

Musiciens : Tigran Gevorgyan (flûte), Hovhannes Papikyan (hautbois, cor anglais), Suren Khorozyan (clarinette in B), Andranik Kocharyan (basson), Arthur Yeghiazaryan (doudouk, zourna, chvi, tav chvi), Harutyun Chkolyan (doudouk, zourna, chvi, tav chvi), Armen Mailyan (trompette in C), Armenak Grigoryan (percussions), Albert Ordinyan (dhol), Astghik Vardanyan (violon 1), Hakob Adamyan (violon 2), Astghik Gazhoyan (alto), Ashot Ayvazyan (violoncelle 1), Geronti Antonyan (violoncelle 2) et Ara Khachatryan (contrebasse).

  • Amour et malédiction dans les montagnes arméniennes

Anouche est une histoire d’amour. C’est la raison pour laquelle elle transcende les frontières culturelles et nationales. C’est une histoire forte de dévouement, de souffrance, de tendresse et, finalement, de tragédie, éléments que l’on trouve traditionnellement dans un opéra.

Dans un village de montagne, Saro, le pâtre, est amoureux d’Anouche. La mère d’Anouche lui interdit d’aller à la rencontre de Saro qui l’appelle sans cesse pour la voir. Lors de la fête de l’Ascension, les gens du village poussent Saro à se mesurer avec Mossy, le frère d’Anouche, dans un jeu de lutte rituel dont la règle est qu’il ne doit pas y avoir de vainqueur. Mais Mossy refuse de se prêter au jeu.

De mauvaises prédictions attristent Anouche. Les filles du village confirment la malédiction en prédisant la mort violente de Saro. Plus tard lors d’un mariage, Saro et Mossy acceptent cette fois-ci le jeu de lutte.

Devant l’admiration d’Anouche et l’excitation du combat, Saro oublie la règle du jeu et bat Mossy. Mossy se sent publiquement humilié et jure de se venger.

Les prédictions jusqu’alors latentes s’avèreront justes.

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  • Quelques mots du metteur en scène

De mon enfance en Arménie, je garde le souvenir d’un peuple marqué par de puissantes traditions ancestrales et des traces indélébiles de vieilles croyances païennes, adoptées par une église chrétien ne orientale autonome, l’Église arménienne. Malgré soixante-dix années de régime soviétique, cette petite république du Caucase (terre - « peau de chagrin», restée malgré tout arménienne) a pu préserver sa langue et son patrimoine culturel.

Dans cette histoire tragique, Anouche, « coupable » d’avoir exposé son histoire d’amour, sans accord et sans l’autorisation de ses parents ni de son frère, n’a pas le droit d’être amoureuse. Elle doit observer un « silence forcé et respectueux ». Faisant partie de ces jeunes femmes dont le cerveau a été lavé par des siècles de traditions patriarcales, elle aurait dû renoncer à cet amour qui pourtant la dévore. Vertu et abstinence sont la règle avant le mariage, le tout sous le contrôle des hommes de la famille. Dès lors qu’elle a quitté la maison familiale pour vivre son histoire d’amour avec un homme, en cachette, Anouche n’est plus vierge aux yeux de tous. Elle sera punie à vie et son amant aussi. Tout cela pourrait paraître naïf et suranné si ces pratiques n’existaient plus nulle part. Or, au moment même où j’écris ce texte, des « codes d’honneur » qui oppriment la liberté d’aimer sont toujours d’actualité, notamment dans certaines contrées du Caucase, entre autres.

Pourquoi mettre en scène cet opéra aujourd'hui ? Et surtout pourquoi le faire avec une réorchestration et une nouvelle interprétation du libretto en langue arménienne et sous-titré en français ?

D’abord, parce que les mélodies principales et l’histoire elle-même sont, me semble-t-il, belles et intéressantes à entendre encore aujourd’hui.

Ensuite, parce que le poème de Toumanian avait subi des coupures dans le libretto après la soviétisation de l’Arménie, manifestement pour des raisons idéologiques et je tiens à rétablir les extraits qui avaient été supprimés. Par exemple, le rôle du père, celui du prêtre, celui des jeunes du village avaient été minimisés et/ou coupés.

Enfin et surtout, il s’agit pour moi d’offrir, de façon universelle, une histoire ancienne qui peut avoir un écho aujourd’hui, teintée d’une culture originale, située entre Orient et Occident. C’est aussi une façon de réhabiliter la mémoire de mon enfance, sur laquelle se sont déposées d’autres cultures et d’autres langues, qui me permettent aujourd’hui une relecture de cette œuvre.

Quand j’ai commencé à réfléchir à la mise en scène, j’ai intuitivement pensé qu’il fallait aller à l’intime, à tous points de vue. Entendre les mélodies, les paroles, suivre l’histoire avec ses nuances et ses détails, sans brouhahas ni détours. Donc, sans le savoir à ce moment-là, en choisissant de travailler avec un petit nombre de musiciens et de personnages sur scène, j’optais pour ce que Tigranian lui-même avait fait cent ans auparavant en créant l’opéra. Savoir cela aujourd’hui me conforte, non pour des raisons de fidélité aux aspirations premières du compositeur, mais surtout par conviction que le sujet que nous abordons est intimement lié au monde rural, dans les montagnes, loin de la ville, et que les personnages sont livrés aux lois et à la règle des mœurs ancestrales qui se pratiquent encore dans certaines régions du monde.

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  • De la traditon musicale en Arménie

Contrairement à l'héritage de l'écriture théâtrale dans la culture arménienne, sa tradition musicale est une source de splendeurs inépuisable. Comme le dit le chef d'orchestre Vincent Bonzom : « La musique arménienne devrait être intégrée au patrimoine musical international. Elle a tout. La beauté, la simplicité, et elle est à la charnière des musiques du monde. On sent une écriture très occidentale, avec des sonorités et des mélismes orientaux ».

Parmi des centaines de compositeurs, nous pouvons citer Tchouhadjian (1837-1898), le précurseur et fondateur de la tradition de l'opéra arménien classique, Komitas (1869-1935), compositeur et ethnologue qui a extrait de la poussière et épuré de ses influences extérieures la musique populaire et folklorique, Khatchatourian (1903-1978), célèbre dans la monde entier pour sa Danse du sabre mais trop souvent mentionné dans les encyclopédies comme compositeur russe, le compositeur d'avant-garde Avet Terterian (1929-1994), sans oublier la musique du mystique Gurdjieff (1870-1949) dont on ignore souvent les origines arméniennes, et bien sûr Tigranian qui inventa le langage musical national de l'opéra arménien.

Tigranian naît en 1879 à Alexandropol (aujourd'hui Gumri), dans cette ancienne cité datant de l'Antiquité, qui au XIXe siècle faisait partie de l'empire russe et a toujours été le centre d'une tradition musicale populaire, très célèbre pour ses écoles d'art et ses théâtres. C'est à l'École de musique de Tiflis, en Géorgie, que Tigranian étudie la musique auprès de Nikolaï Klenovski, un des élèves de Tchaïkovski, et fréquente assidûment les théâtres et l'opéra qui fleurissent dans cette ville. C'est à son retour à Alexandropol qu'il entame une activité musicale fourmillante.

S'inspirant du chef-d'œuvre poétique éponyme de Hovh annes Toumanian (1869-1923), surnommé « poète de tous les Arméniens », Tigranian compose en 1908 la première version de son opéra Anouche, dont il signe également le livret, œuvre qu'il achèvera en 1912, après avoir étudié et puisé dans le patrimoine musical de sa ville natale. Cette ouvre sera si fidèle à ces traditions musicales (folklore, chant urbain, musique de trouvères, musique religieuse datant même du XIII e siècle) qu'on a souvent tendance à penser qu'elle n'est faite que d'emprunts à des mélodies préexistantes, alors que l'ensemble de la musique, exception faite d'une danse ajoutée après la création, est une composition originale. L'expression musicale d' Anouche avec ses récitatifs et ses phrasés mélodiques organiquement ancrés dans son langage, repose sur des ornements mélodiques d'une abondance remarquable sur une échelle modale « exotique » qui laisse une impression d'improvisation propre aux danses traditionnelles hautes en couleur.

C'est en 1912 que cet opéra sera créé par des amateurs avant d'être remanié à trois reprises. Anouche est présenté avec toute la somptuosité digne d'un grand opéra. C'est un succès éclatant aussi bien pour les critiques que le grand public. La première saison, il sera joué plus de 100 fois et cet opéra ne quittera pratiquement jamais la scène depuis cette date.

Enfin, en 1939, l'Opéra d'Arménie est invité pour une tournée au Bolchoï de Moscou et c'est l'occasion d'ultimes perfectionnements de la part du compositeur. Après Anouche , Tigranian composera des pièces pour piano, des chansons, une cantate, un florilège de musique pour des pièces de théâtre ainsi qu'une deuxième opéra Davit-Bek dont les héros sont les princes du Karabakh, province arménienne annexée par la république d'Azerbaïdjan. Tigranian s'éteint en 1950 juste après avoir terminé cet opéra qui ne sera présenté à Erevan qu'après sa mort.

Cependant, Anouche restera son ouvre la plus aimée, la plus connue, malgré quelques fragilités bien compréhensibles pour une première ouvre qui était également une première tentative de créer un opéra typiquement arménien. Au-delà même de sa composition musicale, Anouche a une qualité indéniable, qui transparaît au fil de ses 100 ans d'existence : cette œuvre touche le cœur ! On ne peut pas sortir d'une représentation sans ressentir cette émotion.

La création au Théâtre Nanterre-Amandiers sera la première création française de cet opéra, en dehors des productions semi-professionnelles ou amateurs de la diaspora arménienne en France. Ainsi sera réalisé le vou du critique Harry van Vugt qui, en parlant de cet opéra comme d'une fleur délicate parmi des rochers, a écrit : « Cultivez-la avec soin, amour et tendresse, et elle ne fanera jamais. »

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