
Femmage à Gisèle Pélicot suivie de Variations sur l'adagio de Giselle.
L’art arrive parce qu’il y a de l’irréparable. De l’impensable im-pansable. Quelque chose de terrible qui demeure dans la chair. L’art arrive pour redonner de l’humanité. À l’humanité. Notre féminité. La danse arrive parce qu’il n’y a pas de mots.
Gisèle Pélicot a fait de son expérience de l’infâme un combat pour l’avancée des Droits des Femmes. De sa lutte intime, une lutte politique. L’intime est politique. Toujours. Là où pense la danse.
De Giselle à Gisèle. Le prénom dit le ballet. Les Âmes dansent après la mort. La femme qui ne meurt pas, la femme qui prend la parole, la femme qui danse, c’est la révolte. Gisèle.
En sororité avec cette Antigone, nous sommes son corps de ballet, ses soldats anonymes. Pour lui rendre un peu de tout ce qu’elle nous a donné. Et suspendre un instant le temps. Comme une trêve, une passerelle. Pour la beauté. Et « tout est à venir ».
Merci Gisèle ! Merci Caroline ! Vos Actes et vos Paroles nous élèvent !
Le ballet en veste d’homme. Il s’agit d’un rêve impossible, et du désir plus fort que lui. Transformé.
Je ne serai jamais la Giselle du ballet classique, car mon corps n’en a pas eu les qualités. Ces détails précis que, seules nous, les danseuses classiques-impossibles, connaissons. Nous qui avons pourtant rêvé d’échapper à nos conditions de corps terrestres, dans cette quête idéale, presque céleste.
Je ne serai jamais Giselle, cette Âme qui danse après la mort. Surnaturelle. Immortelle. Je serai Aurélia. Celle qui est allée en Argentine pour le tango. Celle qui a rencontré Lilou et l’enfer du tribunal d’Avignon. Celle qui a été touchée par la hauteur de la parole de Gisèle Pélicot, celle qui a choisi de la danser.
L’art classique est atemporel. C’est pour ça qu’il est un outil si puissant. Je ne serai pas Giselle, mais grâce à Gisèle, je danserai cette musique. Dans un corps on ne peut plus imparfait et terrestre. Couvert d’une veste d’homme. Et tout n’est pas perdu !
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