La terrible voix de Satan

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Paris-Villette , Paris

Du 29 février au 25 mars 2000

CLASSIQUE

C'est l'histoire de Tom Doheny, une figure de conte populaire. Certains idiots disent que c'était le Diable, certains disent rien de plus qu'un brave Irlandais. Certains disent que c'était deux gaillards, certains trois, d'autres que la trinité était divisible.
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Spectacle terminé depuis le 25 mars 2000

 

La terrible voix de Satan

De

Gregory Motton

Mise en scène

Olivier Maurin

Avec

Francis Coulaud

,

Bernard Cupillard

,

Philippe Dusigne

,

Stéphane Keruel

,

Chrystel Petitgas

,

Isabelle Randrianatoavina

,

Rémi Rauzier

Prologue
Extraits d'une conversation avec Gregory Motton

Il y a un peu plus de deux ans nous avions monté Chutes de Gregory Motton. Chutes est une sorte de "poème théâtral", un voyage qui offre de se perdre pour mieux retrouver quelque chose de soi. Un texte et un spectacle où le sens, toujours en mouvement, s'échappe quand on croit le saisir et surgit d'une sensation inexplicable, du choc d'images et de mots, d'une vision ; le tout dans une rapidité qui n'a cessé de nous surprendre, et qu'on retrouve dans toutes les pièces de Motton.

L'écriture de Gregory Motton propose le théâtre que nous avons envie de faire, de donner à voir et à entendre. Un théâtre de questions, sans explication ni simplification. Une forme éclatée que nous ressentons toujours ludique et joyeuse qui propose infiniment de liberté à notre regard.

Depuis deux ans cette écriture n'a pas cessé de nous accompagner. Et la confrontation avec de nombreux acteurs dans différents stages n'a fait qu'attiser notre désir de porter à la scène La terrible voix de Satan.

Olivier Maurin
Metteur en scène

Un homme devant un urinoir
Un homme

C'est l'histoire de Tom Doheny, une figure de conte populaire. Certains idiots disent que c'était le Diable, certains disent rien de plus qu'un brave Irlandais. Certains disent que c'était deux gaillards, certains trois, d'autres que la trinité était divisible, ou que c'était une cargaison d'aventuriers sur un bateau, d'autres que Tom Doheny était le nom du bateau lui-même, mais alors dans ce cas qui était sur le bateau, et où ont-ils abordé et inévitablement quels étaient leurs noms et quel était le nom de leur Dieu. A quoi répond, encore que partiellement le vieux dicton, Si tu veux connaître le Dieu d'un peuple, regarde son diable. Mes seigneurs je vous livre Tom Doheny, héros, héroïne, vaisseau de tous nos espoirs, voleur, traître, vantard.

la lumière s'éteint

Hé, oh mes chaussures !

Le voyage de Tom Doheny

Tom Doheny, c'est l'homme aux chaussures géantes qui traîne ses interrogations et sa carcasse par le monde (ou plus précisément quelque part en Angleterre après avoir quitté l'Irlande). Il incarne les questions que l'Homme d'aujourd'hui, comme celui d'hier et gageons celui de demain, porte avec lui. Il cherche "cette chose essentielle" à une vie d'Homme que chacun peut reconnaître mais qu'on ne peut pas nommer car sitôt nommée, elle est déjà envolée. Lui l'appellera l'Oiseau Magique et chacun saura de quoi il est question.

Ce conte utilise tous les ressorts qu'offre cette forme avec sa charge de jeu, de mystique, de symbole, d'amusement pur et de détournement. Il y a des apparitions et des disparitions, de la magie, un trésor d'images et de figures empruntées ça et là aux légendes et aux récits mythiques. Il y a aussi le monde d'aujourd'hui et sa trivialité. Il y a toujours un regard en biais vers les mythes, comme pour entrevoir des vérités sécrètes qui nous relient éternellement au mystère de la vie. Il y a le plaisir de tisser l'ensemble et quelque chose comme l'art du déguisement qui fait que tout peut à chaque instant s'inverser et nous transporter ailleurs.

Et comme dans les contes le langage est maître, il faut lui obéir et il fait sans cesse exploser les limites de la représentation. Alors tout devient possible : un champ de navet est une cathédrale et le plateau de théâtre un monde sous-marin. On rêve alors d'un théâtre qui aurait quelque chose du fantastique et du merveilleux toujours dans une évidente simplicité, jeté là à l'instant sous nos yeux et repris aussitôt. Un théâtre où se côtoie la réalité qui nous entoure et les figures secrètes qui peuplent notre imaginaire.

Ainsi surgissent tour à tour l'oiseau magique, le père et la mère rejetés à la mer, des amis de toujours, un empereur sous-marin, des femmes aimées, une araignée géante, une tempête en mer, une fête mondaine qui semble sortie des voyages d'Alice de l'autre côté du miroir... Une accumulation où rien jamais ne semble s'opposer. Là encore, il faut accepter l'inconnu et se perdre un peu, comme dans une ville étrangère, pour voir surgir une beauté inattendue. Qui s'étonnera alors que ce monde soit incohérent ?

Olivier Maurin
Metteur en scène

Yann Ciret Pour en revenir à l'inversion, on peut voir dans La terrible voix de Satan comme une quête inversée, comme la part négative de la recherche du Graal, une quête qui n'aboutit pas ?

Gregory Motton Une quête qui n'atteint pas son but ? Une quête qui n'aboutit pas ? Est-ce que ce n'est pas là tout l'intérêt d'une quête ? Une quête aboutit-elle jamais ? Souvent une quête n'est pas ce qu'elle paraît être. Peut-être qu'elle peut trouver son aboutissement dans l'échec. Est-ce que vous connaissez l'histoire de Sir Gawain and the Green Knight. Lui ne connaît pas réellement l'objet de sa quête. Il la mène en aveugle, et c'est réellement un échec sans fin, qui se reproduit tout du long, jusqu'au bout. Il en est humilié, en quelque sorte, et ce n'est pas plus mal, parce que ça ressemble à la vie, n'est-ce pas ? Selon toute probabilité et sans être trop sentimental, la vie est un peu comme ça, non ? C'est une quête, dont vous ne savez pas bien quel est le but. D'ailleurs vous ne l'atteindrez pas non plus, mais ça ne fait rien.

Y. C. Ce que vous racontez paraît être ce qui nous reste des mythes anciens, mais leur passage vers une forme mineure, du mythique au domestique, des histoires mineures et non plus de grandes histoires ?

G.M. Un mythe n'est pas toujours une grande histoire. Cela peut parfaitement exister aussi sur une échelle moindre....

Y.C. J'ai l'impression qu'une partie de votre écriture assume la transmission de quelque chose qui est en train de se perdre, d'anciennes légendes, d'anciennes histoires, mais remises dans notre temps, c'est ce mélange qui est très beau ?

G.M. La question n'est pas de préserver d'anciennes histoires. C'est seulement parce que (long silence)... il ne s'agit pas juste d'une coïncidence, le fait que l'écriture politique, par exemple, n'utilise pas les mythes. Cela a un rapport avec l'asservissement au pré "sent. Si ce que vous décrivez paraît être beau, c'est qu'en quelque sorte, vous l'avez sauvegardé du présent. Une écriture politique sera asservie au présent et elle ne contiendra aucun futur. Tandis que si une chose est belle, c'est parce qu'elle rend le futur possible. Il ne s'agit pas simplement de conserver une vieille histoire, parce que si le mythe est beau, ce n'est pas parce qu'il est ancien, mais du fait de son appartenance au futur. Et c'est à cet endroit que vous pourrez trouver votre futur - peut-être. Un mythe a cette capacité de projection, parce que c'est une histoire héroïque, tandis que l'homme politique, parce que lui est un simple rouage, n'a aucun futur - absolument aucun. Il est mort. Nous voulons tous être libres, n'est-ce pas ? Mais je ne vois pas la liberté dans l'idéologie - je vois la prison....

Y.C. ... dans La terrible voix de Satan la figure du diable est omniprésente - quand on croit en Dieu on croit aussi au diable ?

G.M. Eh bien je ne suis pas un théologien. Mais le diable n'est pas dans La terrible voix de Satan. N'est-ce pas ?

Y.C. Il a plusieurs visages parce qu'il est réellement partout et à la fois nulle part ?

G.M. Ce qu'on considère comme diabolique dans le titre se trouve effectivement partout dans la pièce et possède de multiples visages. Une question demeure pourtant : mais est-ce que ceci est réellement diabolique ?

Y.C. Mais c'est exactement votre style d'être sans cesse plus malin, au sens diabolique ?

G.M. En ce qui concerne l'écriture ou autre chose, je ne pense pas qu'il soit judicieux de considérer l'ennemi comme étant "ailleurs". Ce qui semble malveillant, quand nous le voyons chez autrui, change de nature, une fois que cela fait partie intégrante de nous-même.

Propos recueillis par Yann Ciret en 1995 et publiés dans la revue Théâtre Bastille

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