
La compagnie néerlandaise Hotel Modern repousse les limites de l’inventivité et de la fantaisie en auscultant notre humanité par la lorgnette, zoomant et dézoomant sur le petit théâtre du quotidien. Par le prisme de petits crustacés roses qu’on a plus l’habitude de manger que de contempler, on met le nez sur les petits riens de nos existences tragi-comiques de terriens.
Trois cents crevettes dans la peau et dans la vie d’autant d’humains nous rejouent la comédie du labeur ordinaire.
Avec ce spectacle, la compagnie néerlandaise Hotel Modern repousse les limites de l’inventivité et de la fantaisie en auscultant notre humanité par la lorgnette, zoomant et dézoomant sur le petit théâtre du quotidien : funérailles, accouchement, bistrot, station-service ou discothèque… Tous les lieux sont permis et toutes les situations représentées en miniature et filmées en temps réel.
Mixant cinéma en direct, théâtre d’objets et performance live, Histoires de crevettes est une expérience hors norme. Par le prisme de petits crustacés roses qu’on a plus l’habitude de manger que de contempler, on met le nez sur les petits riens de nos existences tragi-comiques de terriens.
Les trois membres permanents de Hotel Modern sont l'artiste plasticien et interprète Herman Helle, ainsi que les créatrices de théâtre et comédiennes Arlene Hoornweg et Pauline Kalker. Nous avons créé Histoires de crevettes en collaboration avec le compositeur Arthur Sauer.
Nos productions scéniques sont très visuelles, les maquettes et les marionnettes y jouant souvent un rôle central. Travailler avec des miniatures nous permet de créer des scènes qui donnent vie à des villes et des paysages entiers, peuplés de centaines de personnages. Nous pouvons ainsi raconter des histoires sur des thèmes vastes tels que la puissance destructrice de la guerre, la vie dans une métropole ou l’humanité elle-même.
Histoires de crevettes a vu le jour en plusieurs phases. La première était un film d’animation que nous avons réalisé dans le cadre d’un spectacle pour enfants. Il comprenait une scène sous-marine mettant en scène de vrais poissons, des coquillages et des crevettes. Nous avons été frappés par l’aspect amusant et expressif des crevettes, avec leurs grands yeux en forme de perles et leurs petites « crêtes » pointues sur la tête. Bref, elles faisaient de merveilleuses marionnettes.
Au départ, nous avions prévu une série télévisée humoristique dans laquelle les crevettes incarneraient des êtres humains. Bien que nous ayons eu beaucoup d’excellentes idées pour cette émission, nous avons découvert en cours de route que la production télévisuelle pouvait être un processus complexe et fastidieux. Nous ne voulions pas attendre si longtemps avant de mettre en pratique nos idées autour des crevettes, nous avons donc décidé de créer une pièce de théâtre à la place : Histoires de crevettes.
Nous avons invité le compositeur Arthur Sauer à collaborer avec nous sur cette nouvelle production théâtrale, après avoir déjà travaillé avec lui sur La Grande Guerre, que nous avons également présenté à de nombreuses reprises en France. Avec Arthur, nous avons développé notre propre forme théâtrale, alliant maquettes, marionnettes et caméras pour créer des scènes filmées en direct sur scène, tandis qu’il assure la bande-son en direct.
En plus d’être captivante à écouter en combinaison avec tout ce qui se passe sur scène, la performance d’Arthur est en soi passionnante et fascinante à voir, car il utilise toutes sortes d’objets pour créer des sons et joue sur des instruments qu’il a lui-même conçus.
En développant Histoires de crevettes, nous avons remarqué que toutes nos idées prenaient forme sous la forme de multiples scènes courtes. Nous avons également découvert que les crevettes donnaient le meilleur d’elles-mêmes dans des situations familières, très humaines. Plutôt que d’utiliser de longs récits, nous nous sommes retrouvés à créer une mosaïque d’aperçus de la vie de personnes très différentes, de tous âges et de tous horizons.
Peu à peu, nous avons réalisé que nous étions en train de dresser un portrait de l’humanité dans son ensemble. En faisant jouer des crevettes le rôle d’êtres humains, nous avons pu porter un regard nouveau sur les gens, presque comme s’il s’agissait d’une espèce animale étrange que nous étudiions dans son habitat naturel : la Terre.
Le fil conducteur qui a guidé tout le processus de création était le suivant : qu'est-ce qui définit l’humanité ? Nous avons réfléchi aux traits de comportement humain qui sont universels, ainsi qu’aux événements qui marquent de manière universelle la vie de chaque individu. Et nous avons créé des scènes qui explorent ces aspects universels. Tout le monde naît ; tout le monde meurt. Chaque communauté sur Terre possède ses propres formes de religion, de science et de médecine. Partout, les gens pratiquent des sports, s’adonnent à des loisirs et nouent des relations – ou les rompent.
En même temps, l’humanité est aussi un fléau pour la planète. Les gens la polluent tout en l’explorant, et dans leur curiosité insatiable, ils conçoivent des inventions destructrices, telles que la bombe atomique. Les êtres humains créent et les êtres humains détruisent, souvent sans même s’en rendre compte. Ils peuplent toute la surface de la Terre, s’y enfoncent profondément à travers des puits de mine et des puits de pétrole, et sillonnent les océans. Même l’espace n’est pas épargné.
Et pourtant, nous voulons regarder les gens avec douceur, car nous croyons en la compassion. Ce n’est que si nous sommes capables de rire de nous-mêmes et les uns avec les autres, ce n’est que si nous sommes capables de nous aimer nousmêmes et de nous aimer les uns les autres, que nous pourrons peut-être changer le cours des événements dans le monde, ne serait-ce qu’un peu, pour le mieux.
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