Studio des Champs-Elysées

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Actuellement à l’affiche : Studio des Champs-Elysées

Le portrait de Dorian Gray jusqu'à 35% de réduction

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Studio des Champs-Elysées Paris | du 14 septembre au 31 décembre 2016 | Durée : 1h35
CLASSIQUE, Sélection pour les fêtes
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À partir de 21 € au lieu de 32,50 €

 

Prochainement à l’affiche

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Studio des Champs-Elysées Paris | du 03 février au 30 juillet 2017 | Durée : 1h30
MUSIQUE & DANSE, Comédie musicale, Théâtre musical
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À partir de 36,50 €

 

Anciennement à l’affiche

The servant

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  • 52 avis
Studio des Champs-Elysées Paris | du 03 juin au 27 juillet 2016 | Durée : 1h25
CONTEMPORAIN, A ne pas manquer, Comédie noire, Coups de coeur, Molières 2015

Spectacle terminé depuis le 27 juillet 2016

 

Photos & vidéos

Studio des Champs-Elysées

Accueil du public
Inaugurée en avril 1913
Magnifique centre dramatique de, l'Avenue Montaigne
1922 Le Studio des Champs-Elysées
Le Cartel mot magique
Guy Descaux inaugura sa direction par une pièce russe

  • Accueil du public

La salle est accessible aux personnes à mobilité réduite, merci de le préciser avant votre commande au 01 40 13 84 65 (pour vérification des disponibilités).
Un bar avec restauration légère vous accueille 1h avant le début du spectacle.
Un vestiaire est à votre disposition.
La salle est climatisée.
Le retrait des places peut s'effectuer 1h avant le début du spectacle.

Voir la programmation de la Comédie des Champs-Elysées.

L'intégrant dans l'architecture du Grand Théâtre, les frères Perret, assistés de Bourdelle pour les sculptures et Vuillard pour les admirables fresques, construisirent la Comédie, inaugurée en avril 1913 par une pièce de Kistemaeckers, L'Exilée qui, comme son nom l'indique, se retrouva... aux oubliettes du Théâtre.

Le premier directeur, l'imprésario Léon Poirier, avait fait fortune en présentant en France Le Mariage de Melle Beulemans. Bien qu'il eut donné son nom au théâtre, la foule ne s'y pressait pas. Il tenta pourtant tous les genres du spectacle : le Trouble-fête d'Edmond Fleg, Le Poulailler et La Gloire ambulancière de Tristan Bernard,Les Femmes savantes de Molière avant une revue de Jean Bastia et Paul Ardot En douce... que marqua Mistinguett par de pittoresques compositions...

De Lucien Glèze, on créa Le Veau d'or ; on revint à Molière avec Le Tartuffe et René Peter donna La Prétentaine avant que Spinelly et Vilbert ne ferment le Théâtre à la déclaration de guerre avec " Une revue " . Entre autres ! En un an, la Comédie avait présenté une vingtaine de spectacles !

Fermée pendant de longues années, la Comédie ne devait rouvrir ses portes qu'en 1920 lorsque fut constituée une Société nouvelle réunissant Gustave Quinson (le directeur le plus répandu de l'époque) et M. Wittouck. Après avoir repris Le Miracle en pourpre, noir et or de Marcel L'Herbier ; L'Enfantement du mort pour lequel Georges Lepape rénova toutes les conceptions de la décoration théâtrale de l'époque que les directeurs présentèrent au milieu d'un beau chahut. Le Boeuf sur le Toit de Jean Cocteau, musique de Darius Milhaud, décors et costumes de Raoul Dufy en février 1920 ainsi que Le Beau Rêve de J. M Fontanges qui jouait sa pièce... pour son plaisir.

Mais le public boudait toujours. C'est alors que Gustave Quinson eut l'idée de confier la direction artistique à Firmin Gémier, alors à l'apogée de sa carrière, qui venait d'obtenir un triomphe avec sa grandiose présentation de la Pastorale de Provence mise en scène par Gaston Baty depuis peu son collaborateur direct. Avec l'assistance de Charles Dullin, Gémier allait donner au théâtre le style qui devait rester avec des bonheurs divers.

Ainsi à la Comédie-Montaigne (enseigne fugitive), il présenta Le Simoun de H.R. Lenormand unanimement salué par la critique, monta Les Amants Puérils de Crommelynck que l'auteur joua avec la révélation de la pièce : Marguerite Jamois ; Le Héros et le Soldat de G.B. Shaw qui confirma définitivement Henri Rolland. Gémier reprit encore L'Annonce faite à Marie avec Eve Francis, H. Rolland et Ch. Dullin et surtout sa réalisation grandiose La Mégère apprivoisée de Shakespeare. Firmin Gémier y avait pour principaux partenaires Henri Rolland, Marcel Vallée et... Charles Vanel qui abandonnait le théâtre peu après pour se consacrer au cinéma. Pendant les représentations de Firmin Gémier, la direction générale des Théâtres des Champs-Elysées était passée dans les mains de Jacques Hébertot qui cédait le bail de la Comédie à un certain M. Kuellien.

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Le chemin était tracé pour ce que serait le " magnifique centre dramatique de l'Avenue Montaigne " comme l'a si bien nommé H. R Lenormand.

En février 1921, Hébertot ayant repris la gestion de la Comédie engagea Georges Pitoëff après le départ de Gémier, et en 1922, Louis Jouvet comme directeur de la scène des deux théâtres et comédien. Avec en plus la mission de construire un théâtre d'essai supplémentaire. En fait, Georges Pitoëff et Jouvet allaient monter leurs spectacles en alternance à la Comédie.

Pendant deux années avec les Pitoëff qui révéleront à leurs côtés Michel Simon et Marcel Herrand, nous assisterons aux représentations significatives des Bas-Fonds de Gorki, La Cerisaie de Tchekhov, et surtout celle du Théâtre dans le théâtre avec les Six personnages en quête d'auteur de Pirandello. Mais les Pitoëff restent fidèles à leur auteur préféré H.R. Lenormand avec Le Mangeur de rêves tout en suivant Molnar ; Lilion ; Claude Anet ; Mademoiselle Bourrat ; G. Duhamel : La Journée des aveux et toujours Ibsen, Shaw, Strindberg... qui avait marqué leurs débuts avenue Ludmilla et Georges Pitoëff interprétant Mademoiselle Julie.

C'est encore en 1922 que Marcel Herrand fut consacré par la presse et par le public dans la première adaptation scénique du Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, et que la troupe " The London Players " vint jouer à Paris pendant un mois un répertoire anglais contemporain.

Le 13 mars 1923, Jouvet présenta son premier spectacle, M. Le Trouhadec saisi par la débauche de Jules Romains. Pendant une centaine de représentations, il incarna le vieux savant amoureux en une savoureuse composition selon ses goûts. Le 11 décembre de la même année, la création de Knock, pièce fétiche, chef-d’oeuvre authentique que Jouvet devait reprendre 14 fois au cours de sa carrière : " J'ai pour Knock une reconnaissance inaltérable. Il réaimante les comédiens, réjouit le public, exorcise les huissiers et met en fuite le spectre de la faillite qui hante particulièrement les édifices dramatiques... Le succès est un argument " .

Malgré son succès à la création, la pièce ne tint qu'un mois ! Comme Jouvet l'avoua encore plus tard, commençait l'époque où " il y avait plus d'huissiers dans les corridors du théâtre que de spectateurs dans la salle " .

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Entre temps, Louis Jouvet avait dessiné les plans et conçu en salle de spectacles l'ancienne galerie de peinture devenue en 1922 Le Studio des Champs-Elysées. Et, tandis que Georges Pitoëff désirant un théâtre à temps plein traversait la Seine vers les Mathurins et le Théâtre des Arts, en septembre 1924, Louis Jouvet devenait directeur de la Comédie quand se constituait la Société du Théâtre Louis Jouvet grâce à l'activité amicale et au soutien de Jules Romains. Les créanciers reprenant confiance, Jouvet pouvait travailler sinon en toute quiétude, du moins apaisé. Le Vieux-Colombier ayant fermé ses portes en 1924 et Jacques Copeau abandonné ses comédiens, nombreux furent ceux qui rejoignirent Jouvet à la Comédie : Valentine Tessier, Romain Bouquet, Georges Vitray puis Bovério, Pierre Renoir, Oudart, Lucienne Bogaert, Michel Simon, Alexandre Rignault. Certains ne le quitteront plus...

Quelques pièces du répertoire du Vieux-Colombier furent reprises : La Folle journée, Le Testament du Père Lefeu, Le Carrosse du Saint-Sacrement ; puis vinrent les créations de Tripes d'or de Crommelynck, de Malbrough s'en va-t-en guerre de Marcel Achard, Le Mariage de M. Le Trouhadec de Jules Romains. Autant d'échecs heureusement compensés par une fructueuse reprise de Knock.

Après que Victor Francen fut venu créer Le Dictateur de Jules Romains, le succès revint le temps des représentations de Au Grand Large de Sutton Varie qui confirma le grand talent insolite de Michel Simon. Pendant la saison 1926-1927, Louis Jouvet accueillera deux troupes dans son théâtre : celle du Groupe de Prague issue du théâtre artistique de Moscou qui jouera Les Frères Karamazov, Les Bas-fonds, Le Jardin des cerises, etc... et la troupe de Firmin Gémier qui reviendra pour une série de représentations de Le Simoun.

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Et le 6 juillet 1927, avec son voisin Gaston Baty, son ancien partenaire Charles Dullin et son camarade Pitoëff, Louis Jouvet fonde sur papier à en-tête de La Comédie des Champs-Elysées, le Cartel des Quatre, " association basée sur l'estime professionnelle et le respect réciproque qu'ils ont les uns pour les autres " . Le Cartel mot magique qui fait toujours rêver, mais en fait est resté un vœu pieux, né de la foi en leur art de grands animateurs, mais sans conséquence réelle, car au plus profond d'eux-mêmes rien ne semblait les rapprocher.

Jouvet traverse alors une nouvelle période difficile : Bava l'africain, Le Coup du 2 décembre de Bernard Zimmer et Le Révisor de Gogol sont des échecs ; Léopold le Bien-Aimé de Jean Sarment est mieux accueilli.

C'est alors que Louis Jouvet tenta l'impossible. Conseillé par Bernard Zimmer, Giraudoux apportait Siegfried, se liait avec Jouvet et l'âge d'or arrivait. L'animateur avait découvert son auteur qui devait être galvanisé par l'heureuse rencontre. "  Ca ne fera pas un rond, mais ce sera l'honneur de ma vie d'avoir monté cette pièce " confiait Jouvet à la veille de la générale le 3 mai 1928. En un soir Giraudoux avait d'un seul coup voué au ridicule et à l'oubli tout un style de théâtre qui étouffait la scène française depuis un demi siècle. On ne sait malheureusement pas le nom du courriériste qui écrivait dans Comoedia, fin avril : " Evidemment M. Giraudoux n'atteindra pas du premier coup à la maîtrise d'un Louis Verneuil ou d'un Yves Mirande. Et sans doute a-t-il eu tort de ne pas recourir, pour construire sa pièce, à l'expérience d'un technicien  " .

Seulement le grand Antoine constatait : " C'est un événement qui aura des répercussions profondes sur le mouvement dramatique actuel " . Seule, contre l'unanimité de la critique, la voix sénile de René Doumic, directeur de la Revue des Deux-Mondes, s'élevait pour constater que " C'est le cœur serré, dans un profond sentiment de tristesse et d'humiliation que j'ai assisté à la pièce de M. Giraudoux... " se scandalisant qu'un auteur put ainsi lancer un hymne à la paix, sans même voir où soufflait le vent de l'histoire forgée par Briand et Streseman.

Après Siegfried, Giraudoux donnera à la Comédie des Champs-Elysées avec un enchantement grandissant Amphitryon 38 et Intermezzo qui connurent le même succès.

Avec Jean de la Lune en 1929, Marcel Achard était définitivement consacré et continuait son chemin vers l'Académie qui devait couronner son œuvre d'humour, d'amour, de tendresse, de charme, de philosophie souriante, beaucoup plus profonde qu'il n'y parait. Michel Simon, Valentine Tessier, Louis Jouvet et A. Rignault menaient la pièce au triomphe. Et pourtant ce titre légendaire, fourni par une comptine oubliée ne fut pas spontané.

Peu de temps avant Marcel Achard rencontra son ami Marcel Pagnol.

- Que fais-tu Marcel ?
- Je viens de terminer une pièce pour Jouvet : Au Secours !
- Mais qu'est-ce qui te prend ? Qu'est-ce que je t'ai fait  ?
- Rien.
- Alors pourquoi tu g... au secours !
- Mais c 'est le titre de ma pièce...
- Ô malheureux conclut l'auteur de Marius on va s'imaginer que c'est le cri des spectateurs en détresse.. ... On va croire que c'est toi qui appelles ! Quand on entend " au secours " on se barricade chez soi ! C’est ce qui va arriver... " 

Jean de la Lune fut le premier volet d'une trilogie Achard Jouvet qui s'est poursuivie avec Domino et Pétrus réunissant avec un égal bonheur tous les suffrages. Entre-temps Louis Jouvet montait encore les pièces de Régis Gignoux : Le Prof d'anglais ; de Drieu La Rochelle : L'eau fraîche ; de R. Martin du Gard : Un taciturne, d'Alfred Savoir : La Margrave avec des sorts inégaux mais toujours du plus grand intérêt.

Pendant une tournée de Louis Jouvet avec sa compagnie, on crée à la Comédie Le Grand Patron d'André Pascal avec Harry Baur, Yolande Laffon et Maurice Lagrenée en février 1931. En avril 1934, Cocteau donna avenue Montaigne La Machine Infernale avec Marthe Régnier, Lucienne Bogaert et J.P. Aumont. Cette pièce marque sa rencontre capitale pour l'avenir avec Jouvet et les débuts au théâtre de Christian Bérard.

Leur succès commun dans cette entreprise clôt l'activité de Jouvet à la Comédie où il aura mis en scène 34 pièces, joué 29 rôles et conçu environ 20 décors de 1923 à 1934, sans parler des tournées et des mises en scène sur d'autres théâtres ! Robert Brasillach a brossé magistralement le tableau de ses activités : " Il nous apporte, à force d'intelligence, des créatures vivantes et nous accorde le droit de réfléchir devant elles comme nous l'entendons. Il place le mystère dans une lumière d'intelligence et de plaisir " .

Cette lourde succession ne fit pas peur à Jean Sarrus et Jacques Célérier qui dirigèrent le théâtre de 1934 à 1936, faisant deux créations importantes : Un Roi, deux Dames et un Valet de Mme Simone, avec l'auteur, Germaine Dermoz, Henri Rollan et la grande pièce d'Armand Salacrou, mise en scène par Lugné-Poe, L'Inconnue d'Arras avec Pierre Blanchar, Jean Tissier et Yolande Laffon.

Pendant toute la saison 1936, sous la direction de Roger Capgras, Alice Cocéa anima la Comédie en jouant et réalisant ses premières mises en scène avec l'Âne et le Ruisseau et On ne badine pas avec l'amour de Musset et une comédie moderne Rêves sans provisions, entourée principalement par Charlotte Lysès, Pierre Brasseur, Marcel André, Henri Crémieux et Palau.

Pendant l'Exposition Internationale de 1937, la Société Universelle du Théâtre loue la salle pour y présenter des spectacles de recherche.

Ce rôle de Théâtre d'essai se poursuivra durant la guerre. De nombreux spectacles sont alors présentés par de jeunes Compagnies. Ainsi Candida avec Claude Sainval en septembre 1941 qui, devenu directeur, reprendra avec succès en 1945 avec Françoise Christophe ; Iphigénie à Aulis par la Compagnie l'Arc-en-Ciel, C'est l'âge ingrat de J. Desty ; L'Etoile de Séville de Lope de Vega, mise en scène de Maurice Jacquemont ; Un homme qui revient de loin de R. Aubert avec Jeanne Boitel et surtout l'admirable Jeanne avec nous de Claude Vermorel montée par Douking, au dialogue bourré d'intentions qui n'échappaient pas au public de 1942 ; Raymond Rouleau présente Le Survivant de J. F. Noël, décoré par A. M. Cassandre, autre pièce historique sur Charles-le-Téméraire, dont la résonance politique prenait un sens particulier. Pendant ces quatre années, la Comédie resta placée sous la tutelle de la Société des Auteurs.

Après la Libération, Claude Sainval et Roland Piétri n'hésitèrent pas à reprendre les rênes du Théâtre, pour une animation personnelle. Pendant quatre ans ils s'attachèrent à présenter dignement les œuvres du répertoire : outre Candida de Shaw, Maison de poupée d'Ibsen avec Ludmilla Pitoëff comme autrefois... Je vivrai un grand amour de Steve Passeur ; L'Echange de Claudel ; L'Immaculée de Philippe Hériat, surtout la reprise de La Sauvage de Jean Anouilh avec Monelle Valentin.

Même la charmante comédie musicale de Jean Nohain Plume au vent fit chanter le public en 1948.

A la fin de cette année, Claude Sainval se retrouva seul directeur de la Comédie. Sous sa direction, pendant vingt-neuf ans, l'ancien théâtre de Louis Jouvet s'est maintenu à la pointe de l'art théâtral, tant par le choix des ouvrages, la notoriété et la qualité de leurs auteurs que par la représentation soignée qui en était donnée.

Le ton fut tout de suite trouvé avec la création mémorable d'Ardèle ou la Marguerite premier d'une longue suite de chefs-d’œuvre que Jean Anouilh donnera à la Comédie avec la complicité imagée et heureusement inspirée de Jean-Denis Malclès. Ce sera La Valse des Toréadors, L'Ecole des Pères, Ornifle, qui réunit Pierre Brasseur, Jacqueline Maillan et Louis de Funès, dans des rôles à leur mesure, c'est-à-dire sans mesures. La Foire d'empoigne et plus encore L'Hurluberlu valent à Paul Meurisse un juste et grand succès.

Marcel Aymé donna la preuve avec sa deuxième pièce Clérambard (l'une des premières comédies de l'époque) qu'il était aussi grand dramaturge que romancier. Et quelle plaisante revanche a-t-il prise sur les américains dans La Mouche Bleue. Gaby Morlay charma et émut dans Les Joies de la famille de Philippe Hériat, avant que Françoise Christophe ne se consûmat dans Et l'enfer, Isabelle ? comédie méconnue de Jacques Deval, lequel donna à Nicole Courcel un rôle éblouissant dans une autre pièce à succès d'estime : Romancero.

Rompant le rythme des comédies, mais n'en jouent-ils pas quinze, vingt, trente par soirée ? Les Frères Jacques reviennent régulièrement depuis plus de vingt ans donner des séries de récitals, fort bien à leur place ici. De même explosèrent un soir trois comédiens italiens Vittorio Caprioli, Franca Vale et Alberto Bonucci, c'est-à-dire Les Gobbi qui ramenèrent à Paris la tradition de la Comedia dell'Arte.

En 1952 une reprise de Siegfried faisait retrouver le même succès qu'en 1928 et surtout en ouvrant la voie de la redécouverte de Giraudoux, prouvait la survie de l'actualité du plus grand auteur de l'entre deux-guerres ; Raymond Rouleau, Jacques Castelot, Françoise Christophe, Jany Holt, Marcel André assuraient avec éclat la relève des prestigieux créateurs. Une reprise d'Amphitryon 38 n'atteignit pas ce même but comme une autre Des souris et des hommes de Steinbeck. En revanche L'Acheteuse, sans doute la meilleure pièce de Steve Passeur, mise en scène par Jean Anouilh avec Suzanne Flon, grandiose, différente de Simone la créatrice, obtenait un triomphe. Jean Anouilh étonna encore, mettant en scène François Périer en un époustouflant Tartuffe avec Denise Benoit en Dorine, Jouvet eut sans doute été content là encore de son élève comme il aurait aimé le lumineux talent de Bernard Noël qui fut souvent le pensionnaire de la Comédie à cette époque pour servir Passeur, Anouilh, Molière...

Le Mai de Test avec Pierre Dux, Béatrice Bretty, Marie Daêms critiqua drôlement les moeurs américaines puis Sophie Daumier et Guy Bedos firent éclater de rire tout Paris pendant de longs mois. Paul Meurisse et Daniel Ivernel jouèrent L'Escalier, pièce insolite et bouleversante de Charles Dyer avant que ne revint une période presque uniquement consacrée à Jean Anouilh : des reprises, Colombe, La Valse des Toréadors alternant avec des créations importantes Cher Antoine avec Françoise Rosay et Jacques François ; Ne réveillez pas Madame avec François Périer ; Le Directeur de l'Opéra avec Paul Meurisse et Jean Parédès ; Le Boulanger, la boulangère et le petit mitron avec Michel Bouquet et Sophie Daumier jusqu'aux sulfureux Chers Zoiseaux pour lesquels Anouilh retrouvait la plus grande verve satirique française basée sur le bon sens, tout simplement.

Et infligeant un démenti à ses contradicteurs, Jean Anouilh constatait " J'ai beau être de plus en plus gai en vieillissant, une certaine presse se complaît à trouver mes pièces de plus en plus noires et méchantes  " . Dominique Jamet jugeait, d'accord avec le public : " C'est une étude à l'eau forte, pas de doute. Mais justement, va-t-on reprocher son trait à Daumier ?... Rien de plus. Férocement gai, rien de plus gaiement féroce que cette pièce noire et brillante, à propos de laquelle on ne peut songer à un autre grand homme calomnié et malheureux que l’on honore aujourd'hui sous le nom de Molière " .

Dans la même tradition française de grande satire dont l'esprit semble s'être perdu, suivait la création de A vos souhaits de Pierre Chesnot, magistralement interprétée par Bernard Blier, qui révélait un fort, original et nouvel auteur.

En 1977 un nouveau directeur anime ce prestigieux théâtre. En fait Guy Descaux le connaît bien : il était depuis longtemps le plus proche collaborateur de Claude Sainval, c'est dire qu'il est de grande lignée.

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Nourri par cette tradition de qualité, Guy Descaux inaugura sa direction par une pièce russe d'Alexei Arbouzov adaptée par Pol Quentin. Magnifiquement décorée par Jacques Dupont, dont ce fut la dernière production, Le Bateau pour Lipaïa alla aux nues grâce à l'inoubliable interprétation d'Edwige Feuillère et Guy Tréjan : un face à face étourdissant de comédiens se transformant en un duo éblouissant. Pour lui succéder une pièce signée Françoise Sagan : Il fait beau jour et nuit n'apporta pas un ciel serein à la Comédie des ChampsElysées.

Ce fut un nouvel auteur venu de l'est, Pavel Kohout avec une adaptation d'après Jules Verne du Tour du Monde en 80 jours qui renoua avec le succès public. Roger Pierre, Jean-Pierre Darras, Arièle Semenoff, Daniel Ceccaldi, mis en scène par Jacques Rosny avec invention et humour nous contèrent une fois encore et d'une façon bien différente les aventures qui nous firent rêver au Châtelet.

Pendant de longs mois, pour leurs adieux, mais on se refuse à y croire, car on ne veut pas admettre que les miracles puissent avoir une fin, Les Frères Jacques enthousiasmèrent comme depuis trente ans des salles admiratives. On a tout dit sur ces grands artistes où ils étaient si bien chez eux, sans eux ne sera plus jamais comme avant.

Par un heureux hasard c'est Francis Perrin avec son premier " one-man show " J'suis bien qui relève le gant du triomphe : " spectacle débridé au rythme vif agrementé d'un texte souvent fort drôle... Hilarant, acrobatique, il incarne à lui seul trente personnages. Il est réellement... joyeusement bien  "  (Jan Mara).

Ainsi sont confirmés tous les espoirs qu'avait fait naître naguère l'explosion de cette étoile.

Pendant toute une saison Jean-Claude Brialy mena au succès Madame est sortie de Pascal Jardin, écrivain de race, prématurément disparu que saluait ainsi Pierre Marcabru : " Curieux texte ! Tour à tour décousu, sincère, mal fichu, émouvant, truqueur, spontané, complaisant, ingénu, désinvolte et toujours narcissique... et qui nous touche en nous agaçant à la fois, comme le gros chagrin d'un gamin de sept ans... Mais la pièce de Pascal Jardin ne ressemble qu'à soit auteur, et, en ce temps de convention et de pastiche, c'est énorme  " .

 " On sort du Jardin d’Eponine comme dans un rêve, avec cette délicieuse impression de flotter entre l'imaginaire d'un univers féerique que l'on quitte à regret et la réalité d'un " plancher des vaches " que l'on retrouve à la pointe de ses pantoufles " écrivait J. Barthomeuf de la seconde pièce de Maria Pacôme qu'elle joua elle-même avec le rare bonheur d'être aussi à l'aise dans son texte que dans celui des autres. Enfin le brillant retour de Francis Perrin dans Ça ira comme ça qui confirma sa première performance en se plaçant en tête des héritiers directs de la Commedia dell'Arte.

Après la création difficile d'une pièce de Peter Nichols Comédie Passion, ce fut la piquante révélation, comédienne confirmée café-théâtre, Dominique Lavanant qui présenta son incarnation de Commissaire Nicole Bouton avant que Jean Lefebvre, notre plus grand comédien comique, ne vint poursuivre pour une série triomphale de cent représentations son immense succès Pauvre France. " Plaisir absolu du Théâtre  " telle fut en effet l'impression générale de la critique que le public plébiscita pour Chacun sa Vérité le chef d'œuvre de Pirandello.

Jean-Jacques Gautier constatait : " Ce qui est superbe dans cette mise en scène si intelligente et subtile de François Périer, c'est qu'elle rend toute la pièce simple, concrète, cohérente, quotidienne et plausible en lui conservant ses charmes, son humour  " . Cela fut possible grâce à une interprétation d'une rare homogénéité en tête de laquelle Suzanne Flon, Robert Hirsch et Guy Tréjan éblouirent et passionnèrent les spectateurs... en 1983 comme ceux de 1922 avaient été subjugués par la découverte de Pirandello avec ses Six personnages... en ces mêmes lieux... Lieux privilégiés aussi pour Jean Anouilh qui a vu ressusciter son, inoubliable Léocadia magistralement interprété par Edwige Feuillère, Lambert Wilson et Sabine Haudepin.

Avec L'Age de Monsieur est avancé, Pierre Etaix mania le paradoxe et le pastiche avec une grande habileté que Jean Poiret mit en scène, habilement servi par un trio étincelant : François Périer, Caroline Cellier et Bernard Haller. Ce qui permit ainsi à Sacha Guitry d'effectuer une entrée... détournée sur ce théâtre.

Enfin la grande reprise tant attendue de Clérambard, le chef-d’œuvre de Marcel Aymé dont Marion Thébaud constatait " C'est une des pièces les plus neuves, les plus inventives et les plus jubilantes de la saison... JeanPierre Marielle est tout bonnement grandiose... Un bonheur de spectacle  " , replaçant ainsi son auteur à la place qui est la sienne : l'une des premières.

Sophie Desmarets effectuait sa rentrée tant attendue dans la pièce qu'elle avait déjà conduite au succès : Fleur de cactus.

Pierre Dux et Robert Hirsch retrouvaient ensuite l'admirable texte de Paul Valéry Mon Faust avant que les portes de la Comédie ne se fermassent pour de longs mois.

Pendant cette clôture tous les corps de bâtiment se sont emparés de la salle au passé si glorieux pour lui rendre tout son éclat, remise à neuf, plus belle, plus accueillante encore aux grands noms du Théâtre contemporain poursuivant la lignée du prestige de la Comédie des Champs-Elysées.

Et depuis la saison 1992-93 c'est Jacqueline Cormier à qui nous devons quelques uns des plus beaux spectacles, des réussites mémorables du Théâtre parisien de ces dernières années, qui est à la tête de la Comédie.

Avec L'Aide Mémoire, Quand elle dansait... et la reprise de Céline avec Fabrice Luchini, Jacqueline Cormier a déjà marqué les limites de son programme : un éclectisme de haute qualité auquel eut été très sensible le " patron " dont la présence invisible honore toujours ces lieux prestigieux.

Jacques CREPINEAU
 " Grandes Heures de Théâtre de Paris " 
(Librairie Académique Perrin)

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