Les Enfants du silence

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Théâtre Antoine - Simone Berriau , Paris

Du 17 janvier au 28 février 2017
Durée : 2 heures

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Le Théâtre Antoine est très fier d’accueillir la troupe de la Comédie-Française pour 37 représentations exceptionnelles. Mêlant langue parlée et Langue des Signes Française, dans une esthétique proche du cinéma, Anne-Marie Etienne raconte une belle histoire d'amour et de différences.
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À partir de 20 €

Prix tous frais inclus


 

Photos & vidéos

Les Enfants du silence

De

Mark Medoff

Adaptation

Jacques Collard

,

Jean Dalric

Mise en scène

Anne-Marie Etienne

  • Un plaidoyer en faveur du droit à la différence

Jacques Leeds, orthophoniste dans une école pour sourds et malentendants, est persuadé que l’intégration des sourds dans la société doit passer par l’apprentissage de la langue parlée et obtient des résultats exceptionnels auprès de ses élèves. Il se heurte à Sarah Norman, une ancienne élève de l’école devenue femme de ménage, qui revendique le silence comme un droit, refusant d’apprendre à parler et à lire sur les lèvres. Elle rejette le principe d’une langue normative à laquelle les sourds devraient se soumettre, sous peine d’être exclus de la société. Se noue pourtant une réelle histoire d’amour entre Sarah et Jacques que les difficultés de communication éloignent peu à peu, les renvoyant dos à dos à leur solitude, à leur silence originel.

Alternant langages parlé et signé, Les Enfants du silence est un plaidoyer en faveur du droit à la différence et de la langue des signes.

Mark Medoff rencontre son premier grand succès en 1980 avec Children of a Lesser God, oeuvre traduite en France sous le titre Les Enfants du silence, qui fait salle comble à Broadway puis à Londres. Cette pièce est adaptée au cinéma en 1986 par Randa Haines avec, dans les rôles principaux, William Hurt et Marlee Matlin, qui devient à 21 ans la plus jeune comédienne à remporter l’Oscar de la meilleure actrice. En 1993, la comédienne sourde de naissance Emmanuelle Laborit reçoit le Molière de la révélation théâtrale pour son interprétation de Sarah dans Les Enfants du silence.

Sensible à la force du texte et marquée par la radicalité de son discours sur le handicap, Anne-Marie Etienne souhaite créer sur le plateau du Théâtre du Vieux-Colombier, avec ce projet autour du droit à la différence, un espace de parole et d’échange en mêlant la langue parlée et la langue des signes.

  • La presse

« Les comédiens-français ont visiblement beaucoup travaillé, avec sincérité. Françoise Gillard (...) et Laurent Natrella (...) sont remarquables. La première s’empare de la langue des signes avec grâce et une intensité sans pareil. Le second joue sa partition bilingue « d’interprète » avec naturel et retenue. Le reste de la troupe est à l’unisson. (...) La pièce n’est certes pas un chef-d’œuvre dramatique. (...) L’essentiel est ailleurs  dans l’implication des comédiens, dans leur silence et leurs cris brisés, dans ces gestes, ces signes qui peu à peu paraissent plus beaux, plus grands que les mots… » Philippe Chevilley, Les Echos, 20 avril 2015

  • Note d'intention

La recherche du «vivre ensemble»
C'est la première fois que je mets en scène, ou réalise, un texte que je n'ai pas moi - même écrit. S'approprier la langue d'un autre est passionnant et offre paradoxalement un surcroît de liberté. Cela m’a d'ailleurs fait évoluer en tant qu’auteur et accepter plus facilement qu'on puisse monter un de mes textes...

J'y retrouve la thématique de l'amour impossible, abordée dans mon film, Si c'était lui, qui racontait la rencontre inopinée entre un homme et une femme à l'opposé de l'échelle sociale. Sachant que 80% des gens se marient encore avec des personnes issues de leur propre milieu social, notre manque d'ouverture à l'autre, à d'autres mondes me frappe toujours. Je prolonge avec Sarah et Jacques cette recherche du «vivre ensemble» à travers une relation dite hors-normes, balisée par la différence et les interdits. Ici, Jacques est un professeur aux résultats probants, pour qui tout bascule lorsqu'il rencontre Sarah. Ancienne élève devenue femme de ménage à l’institut, elle refuse d’apprendre à lire sur les lèvres. Au-delà de la langue, ils vont devoir lutter « contre le monde entier », faire tomber les barrières dues à leur statut social, culturel, et à l’interdit moral puisque Sarah a vingt ans de moins que le professeur.

Pour comprendre ce qui les sépare fondamentalement, les déchirures d'enfance qui les unissent, il faut fouiller les autres histoires qui se greffent sur la leur. Tous ont un immense besoin d'amour et de reconnaissance de soi. Tandis que leur couple est littéralement envahi par les autres, l'institut – lieu clos et codifié – amplifie amertumes et règlements de compte. Jacques sera menacé de procès pour harcèlement sexuel par le directeur ; Sarah aura contre elle ses camarades – avec la radicalité de Denis, son ami sourd, qui considère qu’elle les trahit en allant avec un entendant, la jalousie de Lydia qui ne comprend pas que Jacques préfère celle qui lui résiste.

Ce qui m’intéresse, c’est le chemin que chacun a à faire, l'un vers l'autre, pour inventer cet espace commun. Pourquoi Sarah devrait-elle apprendre sa langue à lui ? Et si Jacques est un homme ouvert, engagé, est-il lui aussi prêt à faire le chemin nécessaire pour aller entièrement vers elle ? Me revient cette idée déchirante, obsessionnelle : parfois l'amour ne suffit pas... Il faut du courage et une grande humilité pour accepter de lâcher-prise, de s'abandonner à l'imprévisible, à la force de l'inconnu.

Une esthétique de l'émotion
La pièce a une construction cinématographique, les scènes passent d'un lieu à un autre très rapidement, parfois en quatre répliques. J’aurais pu la monter dans un décor nu, comme cela s'est fait jusqu'à présent. Mais, alors que je suis réalisatrice, j'ai eu envie de la théâtraliser en faisant exister chaque lieu et en exploitant la richesse des personnages tant chacun est ancré dans un monde bien à lui, avec une couleur, une façon d'être spécifiques. Cela ne sous-entend pas un traitement réaliste. Nous sommes au contraire dans un minimalisme et une atemporalité proches des tableaux de Hopper. Un seul élément – un meuble, un accessoire – suffit à situer l’espace, l’humeur intérieure du personnage.

Cherchant à ce que cette déambulation d’un lieu, d'un temps à un autre, soit le plus fluide possible, j'utilise ici des procédés cinématographiques et m'appuie sur la musique et la lumière en créant des fondus enchaînés, des fondus au noir...

Cette imbrication, ces liaisons racontent aussi ce qui sépare ou rapproche les protagonistes. Le minimum de ruptures scénographiques favorise une douceur en contrepoids à la violence inhérente au texte. Attachée à une esthétique guidée par l’émotion, il s'agit pour moi de creuser cette violence pour percer l’amour contrarié qui s’y exprime, l'extrême pudeur qui la sous-tend. J’aime énormément ces personnalités qui se battent contre ce qui les empêche d'avancer, ces gens qui vivent « quand même ». Cela passe parfois par le cri...

Pour cette pièce qui traite de la surdité, de la différence et de l'exclusion, je ne voulais pas faire l'impasse d'un travail poussé sur le son. Avec François Peyrony, qui a réalisé des recherches universitaires sur la surdité, les vibrations, les graves que les sourds perçoivent, nous cherchons à signifier concrètement, physiquement, l'opposition entre deux appréhensions du monde. Ce sont des moments brutaux pour les spectateurs, des ponts à construire pour réévaluer la perception que l’on a de l’autre.

De là, on saisit mieux aussi l'orgueil de Sarah, jeune fille pudique et sauvage. Entière, elle passe par la provocation et la revendication, jusqu'à l'exaspération parfois. C'est la qualité de cette pièce, absolument pas manichéenne, pleine d'humour et profondément humaine.

Une pièce bilingue
Une des singularités des Enfants du silence est d'être une pièce bilingue, en langue parlée et en langue des signes, ce qui est un vrai défi. Bien qu'elle ait été écrite par un entendant, et pour un public d’entendants puisque toutes les parties signées sont traduites en langage parlée – ce qui n’est pas le cas en sens inverse –, elle a toujours été interprétée par des sourds et des malentendants.

Des acteurs entendants font aujourd'hui ce chemin qui nécessite un investissement colossal. Ce pas vers l'autre est une ouverture essentielle qui a nourri et porté le projet. Dans cette aventure bilingue, j'ai la chance de travailler avec Françoise Gillard dans le rôle de Sarah, une partition très exigeante pour une actrice entendante. La langue des signes ne lui est pas étrangère puisque sa sœur est sourde de naissance. Elle connaît donc l'investissement physique que requiert cette langue, qui est une expression corporelle totale et non pas uniquement parlée avec les mains. Au-delà de son talent d'actrice, elle appréhende le rôle de cette femme sourde de naissance de façon intime, vis-à-vis de sa propre histoire, de sa relation à sa sœur, qui viendra d'ailleurs pour la première fois la voir jouer au théâtre.

Monter cette pièce au sein de la Comédie-Française, ce temple de la langue française, de la « belle » langue, est une démarche très signifiante, un symbole fort. Cette création participe à faire rayonner la langue des signes, longtemps marquée d'interdiction. Les Comédiens-Français la font entrer sur un de leurs plateaux pour partager sa poésie et sa profondeur.

Anne-Marie Etienne, mars 2015
Propos recueillis par Chantal Hurault

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