Légende d'une vie

Théo Théâtre , Paris

Du 05 janvier au 28 avril 2017
Durée : 1h20

CONTEMPORAIN

Un fils écrasé par la mémoire d’un père adulée de tous. Une employée rongée par le poids des mensonges. Dans l’une de ses rares pièces, quasi inédite, Stefan Zweig nous plonge au plus profond de la nature humaine, de ses tourments, de ses secrets.
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Spectacle terminé depuis le 28 avril 2017

 

Photos & vidéos

Légende d'une vie

De

Stefan Zweig

Mise en scène

Lennie Coindeaux

,

Caroline Rainette

Avec

Lennie Coindeaux

,

Caroline Rainette

  • Une plongée dans la nature humaine et ses secrets

L'une des rares pièces de théâtre de Zweig, jamais jouée en France.

Un fils écrasé par la mémoire d'un père adulé de tous. Une employée rongée par le poids des mensonges. En cette fin de journée, l'effervescence règne dans la maison des Franck pour la présentation publique de la première oeuvre poétique de Friedrich, fils du célèbre poète Karl Amadeus Franck, véritable légende portée aux nues par son épouse et sa biographe Clarissa von Wengen.

Écrasé sous le poids de cette figure paternelle, par cette gloire qui le réduit à néant, terrifié par le regard sans pitié des bourgeois et intellectuels de la haute société, Friedrich ne supporte plus de devoir suivre les traces de ce père vénéré de tous.

C'est alors que la vérité sur son père lui est enfin dévoilée. Karl Franck n'a jamais été ce grand homme que le monde connaît. La partie obscure et basse de son être a volontairement été cachée, et Clarissa manipulée pour y parvenir.

Le lourd passé de l'écrivain refait surface, anéantissant les non-dits et rétablissant la lumière sur les souvenirs épars d'un fils qui ne demande qu'à aimer à nouveau un père tout simplement humain.

Avec la voix de Patrick Poivre d'Arvor.

  • L'ambition du texte

Stefan Zweig est l’un des auteurs les plus connus du 20 ème siècle, principalement pour ses nouvelles et biographies, moins pour ses pièces de théâtre. Pourtant il en écrivit huit, dont Légende d’une Vie ( Legende eines Lebens ) parue en 1919.

Si le texte original est construit en quatre actes et six personnages, il m’est apparu à la lecture que certaines longueurs pouvaient entraver la puissance dramatique du texte. Or il était particulièrement intêréssant, en tant que metteure en scène et comédienne, de travailler sur ce texte empreint de psychologie, traitant avec force et beauté de sujets intemporels et fondamentaux : les liens familiaux et la construction de l’identité propre de l’individu. Aussi ai-je réfléchi à une version resserrée de l’intrigue, aboutissant à une adaptation en deux parties, crise identitaire et révélation. Avec deux personnages : Friedrich, identique au personnage créé par Zweig, et Clarissa, fusion des personnages de Burnstein (employé des Franck) et de la sœur de Friedrich.

Désormais focalisé sur ces deux protagonistes, eux-mêmes victimes de l’histoire, le texte prend une intensité dramatique puissante, suivant une trame qui se déroule comme une intrigue policière grâce aux procédés de la confidence et de la confession. Deux actes, deux tableaux, mettant magistralement en lumière le changement d’état des deux personnages, leur libération de l’emprise de la société et d’eux-mêmes. Cette mise en lumière de l’aspect psychologique s’est cependant faite avec le désir de rester fidèle à l’écriture de Zweig, fidèle à ses choix dans l’utilisation et la mise en forme des mots. Ainsi la traduction a-t-elle été faite en conservant son style, notamment les très nombreuses répétitions traduisant la fébrilité des personnages. Ainsi Légende d’une Vie nous transporte dans cette haute société du début du XX ème siècle, Zweig mentionnant lui-même d’ailleurs dans sa préface que quelques éléments biographiques des vies de Hebbel, Wagner ou encore Dostoïevski lui avaient servi de modèle.

Légende d’une Vie met en scène, à travers un texte fluide et des personnages à la psychologie complexe, de nombreux thèmes chers à Zweig : la sacralisation à l’excès de l’artiste, la création et sa liberté, la construction de l’identité d’un individu, la famille et ses secrets, le pouvoir ou encore l’avortement. Nous avons donc ici un texte d’une rare richesse et densité, caractéristique du travail de Zweig, ce chasseur d’âmes selon la formule de Romain Rolland, qui n’aura de cesse de tenter de découvrir les secrets enfouis, les grandes passions, de révéler ce qui est caché, de mettre à jour les raisons profondes qui conduisent les individus à tel ou tel comportement. Et c’est tout l’intérêt de la pièce et de son adaptation.

En effet, ce qui intéresse Zweig, et on le voit parfaitement ici, c’est avant tout le mystère de l’être humain et plus particulièrement ses contradictions, le jeu entre d’un côté les pulsions, les forces qui le dirigent mais qu’il ne connait pas, et de l’autre sa réflexion, son action. En effet dans Légende d’une Vie comme dans l’ensemble de l’œuvre de Zweig, une infinité de secrets pèsent sur le héros. Ces secrets seront révélés tout au long de l’intrigue, éclaircissant les comportements des différents protagonistes et leurs contradictions. Comme Zweig l’écrit dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, l’individu est livré à des puissances mystérieuses plus fortes que sa volonté et que son intelligence.

Ainsi les personnages sont-ils en quête de leur propre identité, Friedrich, écrasé par le poids de la figure paternelle, Clarissa, écrasée par la pression de son employeur et le poids du secret, Maria, Léonore, Karl, eux-mêmes perdus dans leurs solitudes affectives. La parole devient libératrice et la crise possibilité de faire bifurquer, basculer le destin des personnages, dans une perspective tout à fait goethienne du stirb und werde (meurs et deviens). Mais Zweig dénonce également la rigueur du conformisme moral de cette société bourgeoise qui empêche le héros de s’épanouir et dans laquelle les femmes sont les premières victimes. En outre les relations entre les personnes se développent comme autant d’affrontements hypocritement courtois mais en réalité implacables. L’autre n’existe que comme l’objet d’un désir, l’enjeu d’une lutte, en l’occurrence dans la pièce Friedrich contre son propre père.

Caroline Rainette

  • Note de mise en scène

Dans cette adaptation de Légende d’une vie, nous ne souhaitons conserver que le cœur du propos de Zweig, l’essence de l’histoire, qui ne comporte plus six personnages mais deux, un homme et une femme, Friedrich et Clarissa. Notre choix est donc de créer deux tableaux distincts, en huis-clos, référence à la dualité de l’être humain.

Le premier tableau, ou premier acte, pourrait s’intituler « l’identité meurtrie ». Dans cette première partie de la pièce, Friedrich est en conflit avec son être intérieur, entre mensonge, non-dits, perte d’individualité aboutissant quasiment à la folie. Il se confronte à l’image de son père défunt, véritable monument de gloire, idéalisé et statufié dans le marbre des consciences, sous couvert de secrets de famille bien gardés. Bien que n’en ayant pas encore totalement conscience, Friedrich porte en lui, dans la plus profonde animosité de son sang, comme il dira, les stigmates de ces vies cachées, brisées, enterrées aux yeux du monde et de lui-même.

Dans ce premier tableau, à l’ambiance oppressante, angoissante, haletante, dans lequel Clarissa se bat contre les démons du jeune homme pour lui faire accepter l’homme public qu’il devient, nous envisageons une scénographie à l’image de ces forces qui s’agitent en cet être en quête de devenir. Une scénographie qui pourrait être une sorte de coulisses, de débarrât, un lieu dans lequel personne n’a coutume d’aller, si ce n’est y déposer de vieux objets ou meubles encombrants. Un lieu sans véritable fonction, sombre, sans perspectives, dans lequel Friedrich et Clarissa se retrouvent, l’un pour fuir les préparatifs de cette fête qui l’écœure, l’autre pour tenter vainement de soutenir ce dernier.

Le second tableau, ou second acte, pourrait s’intituler « éloge de l’existence ». Ici Clarissa joue un rôle très important. Tout comme Friedrich, elle porte en elle le poids d’un mensonge familiale et dramatique. Elle va permettre d’incarner un changement d’état, où l’homme devient enfin maître de son destin. En révélant à Friedrich les secrets qui pèsent sur la famille Franck, elle lui permet d’anéantir définitivement ce spectre paternel qui l’étouffe. La révélation cruciale du secret de famille pourra être représentée sur scène via l’apparition du personnage de Maria Folkenhof, prenant le relais de l’acteur lors de la lecture de la lettre testament, répondant ainsi aux interrogations et aux pièces manquantes du puzzle de l’histoire dans laquelle sont plongés Clarissa et Friedrich.

Une vidéo serait projetée en couleur ou en noir et blanc, montrant Maria, âgée, racontant son histoire, sa relation avec le père de Friedrich, le tout dans une ambiance poétique. La scénographie évoluera également dans ce second acte, afin de suivre l’évolution de l’histoire et des personnages. Au premier acte à la tonalité sombre, répondra une atmosphère plus lumineuse et plus joyeuse. Le portrait du père dominera la pièce, symbole de la révélation, de la redécouverte, sans masque et artifices, de la libération. Ce lieu devient en effet celui de la renaissance. Pour Clarissa la chance de rétablir la vérité, de se libérer du joug de son employeur, de décider par elle-même de ses choix. Pour Friedrich l’acceptation de soi, la conquête de son être intime, de son individualité, et le nouveau souffle d’espoir et d’amour qui s’offre à lui. Contrairement à la version de Zweig, nous envisageons la pièce dans une unité de temps unique, une soirée, afin de mettre en avant la tension centrale de la pièce.

Pendant les préparatifs de la soirée, tout s’accélère jusqu’à la révélation du secret, permettant aux personnages de retrouver la paix. En effet, Légende d’une vie occupe une place particulière dans les œuvres de Zweig, où d’ordinaire les personnages ne sortent jamais indemnes de leur histoire tragique. Or c'est une pièce positive, lumineuse, un hymne à la conquête de l’être, un triomphe sur la folie, un combat morale et social, dans lequel les protagonistes sortent victorieux. C’est donc cet aspect que nous souhaitons souligner dans le travail de mise en scène et de scénographie, cette dualité entre bien et mal, positif et négatif, à travers deux actes, deux personnages, aux thèmes universels et intemporels.

Ces lignes conductrices nous amènent à proposer un spectacle dont la mise en scène et la scènographie se veulent épurées, pour ne se focaliser que sur l’essentielle l’homme.

Avis du public : Légende d'une vie

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    Loue V. 24 février 2017

    Sublime Comme beaucoup je ne connaissais pas cette pièce de Zweig, et quelle belle surprise. Nous avons passé un excellent moment, en compagnie de deux jeunes acteurs formidables et talentueux. La pièce est forte, intense. On sent la passion des comédiens à transmettre ces émotions. Un vrai régal. Je recommande vivevement. »
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    Philippe S. 04 février 2017

    Notons tout d'abord le talent de Caroline Rainette pour l'excellente adaptation de cette pièce inédite. Il en va de même pour l'habile mise en scène de nos deux comédiens qui, d'emblée, dès le début de la pièce, nous révèlent le caractère tourmenté des deux personnages imaginés par Stefan Zweig. Leur dialogue va peu à peu conduire du secret à la vérité... Une pièce inédite qu'il est intéressant de découvrir ! »
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    Curtis L. 14 janvier 2017

    Magique Une adaptation intelligente et forte. Une mise en scène et des décors qui nous emmènent en voyage, et un superbe jeu d'acteurs. À voir absolument. »
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