Prochainement à l’affiche

Bérénice jusqu'à 18% de réduction

1
2
3
4
5
  • 0 avis
Théâtre Suresnes - Jean Vilar Suresnes | du 24 au 28 février 2017 | Durée : 1h40
CLASSIQUE, Tragédie
RESERVER

À partir de 25,50 € , 21 € pour les adhérents

Bérénice

1
2
3
4
5
  • 0 avis
Théâtre Romain Rolland Villejuif | le 27 avril 2017 | Durée : 1h40
CLASSIQUE, Tragédie

Spectacle complet

 

Anciennement à l’affiche

Jean Racine, chants de la passion

1
2
3
4
5
  • 0 avis
Cartoucherie - Théâtre de l'Epée de Bois Paris | du 15 au 27 novembre 2016 | Durée : 1h15
MUSIQUE & DANSE, Théâtre musical

Spectacle terminé depuis le 27 novembre 2016

 

Jean Racine

Racine : une brillante carrière
L'orphelin
Les débuts littéraires
Premières trahisons et premiers succès
Amours et amis
La glorieuse ascension
 L'énigme de la "retraite"
Bon époux, bon père et bon chrétien
 La conversion ?

Racine et la critique
Thierry Maulnier (1935) : Le réalisme tragique
Lucien Goldman (1956) : L'idéologie tragique
Roland Barthes (1963) : La critique subjective
De Racine et Corneille, éternel parallèle

Racine inspire peu de sympathie à la plupart de ses biographes ; l'arrivisme, l'orgueil, le souci de sa gloire semblent ses passions dominantes. L'accès à l'intimité de l'écrivain n'est de toute façon pas chose facile : de nombreux documents personnels ont disparu, effacés par le temps ou par la main charitable de son fils Louis désireux de livrer à la postérité un portrait édifiant de son père. Mais pouvait-on s'attendre à ce que l'explorateur des passions les plus inavouables ait eu le tempérament d'un enfant de choeur ?

L'orphelin
Né à la mi-décembre 1639 à La Ferté-Milon, près de Château-Thierry et de Soissons, Racine perd successivement sa mère, morte en accouchant de sa soeur Marie, puis son père. Orphelin à trois ans, il est recueilli par sa grand-mère et marraine, Marie Desmoulins. Les Racine font partie de l'administration royale, son grand-père Jean est contrôleur du grenier à sel de la région. Et c'est un poste de ce genre qui aurait du lui échoir si sa famille n'avait pas eu des relations très proches avec le monastère et les solitaires de Port-Royal. Bien que sans ressources, Racine sera admis aux Petites Ecoles de Port-Royal. Ses maîtres, Pierre Nicole, Lancelot, Antoine Le Maître sont parmi les plus brillants de leur temps. On y apprend la grammaire française, le latin, le grec, l'italien, l'histoire, la géographie et bien sûr l'histoire sainte. La maîtrise de la langue, qui doit permettre de marier l'élégance de l'expression à la subtilité du raisonnement est au centre de l'éducation. Le mélange de la culture antique et de la vision chrétienne, des passions païennes et de la rigueur janséniste provoque, selon l'expression de Mauriac, en cette jeune âme un double appel, presque contradictoire vers les dieux et vers Dieu. C'est en tout cas cette solide culture littéraire qui constituera son bien le plus précieux et lui permettra de s'élever dans le monde.

Les débuts littéraires
Racine commence à écrire vers l'âge de 16 ans. Ce sont d'abord des lettres versifiées adressées à son protecteur et cousin Nicolas Vitard, des poésies latines, des distiques religieux. Il voue une immense admiration aux Provinciales de Pascal parues en 1659, qui défendent par la raillerie Port-Royal contre les jésuites et qu'il tente d'imiter. Mais si l'écriture est sa vocation, il comprend vite qu'il n'en tirera son gagne pain qu'à la condition de se gagner la faveur de grands personnages. . Il compose donc un sonnet en l'honneur de Mazarin puis une ode célébrant le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse, intitulée La Nymphe de la Seine. Grâce à elle, il s'attire la bienveillance des autorités littéraires du moment, Chapelain et Perrault. Mais le démon du théâtre le ronge. Il présente aux comédiens du Marais sa première pièce, Amasie, puis sans se laisser démonter par leur refus enchaîne avec une seconde dont Ovide est le héros. La constitution par Colbert d'une sorte de mécénat d'état à travers la création de la Petite Académie va lui être favorable. Racine écrit une ode à la convalescence du roi puis la Renommée aux muses. Sa carrière est lancée : il recevra 600 livres en août 1664.

Premières trahisons et premiers succès
Malgré le déshonneur qui entoure la profession de comédien, le théâtre est prisé par le Roi très chrétien et demeure le meilleur moyen d'acquérir une rapide célébrité. Molière alors installé au Palais-Royal, et que Racine a rencontré au lever du roi, accepte de monter en juin 1664 la Thébaïde ou Les frères ennemis. La pièce ne rencontre pas un grand succès mais plaît à un grand personnage, le duc de Saint-Aignan. Alexandre créé en 1665 lui attire plus de louanges. Bien qu'il en ait d'abord confié la mise en scène à Molière, Racine revient sur sa parole et la porte au bout de quelques jours à la troupe rivale de l'Hôtel de Bourgogne. Molière est aux prises avec la cabale du Tartuffe; sa fréquentation n'est pas sans risques. Après cette première brouille opportune, Racine se déleste d'un autre poids, celui de ses anciens maîtres avec lesquels il règle ses comptes dans sa Lettre à l'auteur des hérésies imaginaires, qui n'est autre que Pierre Nicole. Port-Royal voulait le détourner du monde, accusait les dramaturges d'empoisonner les âmes : Racine le renie.

Amours et amis
Attentif à sa carrière, Racine ne dédaigne pas pour autant les plaisirs de la vie. Il fréquente volontiers les cabarets, soupe et courtise en compagnie de La Fontaine qui, orignaire de Château-Thierry est presqu'un "pays" ou de l'abbé Le Vasseur, tout occupé comme lui à rimer et à aimer. Sa première liaison reconnue, et sans doute l'une de ses vraies passions amoureuses est son histoire avec Marquise, Thérèse du Parc, rencontrée en décembre 1665. Marquise fait partie de la troupe de Molière mais le suit sans difficulté à l'Hôtel de Bourgogne. Il compose pour elle le rôle d'Andromaque et deviendra père d'une petite fille qui mourra à l'âge de 8 ans. Dix ans plus tard il sera accusé par La Voisin, la célèbre empoisonneuse, d'avoir empoisonné sa maîtresse par jalousie. L'accusation fera quelque bruit mais demeurera, faute de preuves, sans conséquences; elle semble aujourd'hui fantaisiste aux historiens. A la Duparc succèdera d'ailleurs assez vite la Champmeslé, actrice prestigieuse, créatrice des rôles d'Atalide, de Bérénice, d'Iphigénie et de Phèdre. Il rompt avec elle en 1677 au moment même où il décide d'abandonner le théâtre pour embrasser une nouvelle carrière, de père de famille et d'historien.

La glorieuse ascension
De 1666 Andromaque à 1677 Phèdre, la gloire du dramaturge ne fait que s'accroître. Chacune de ses pièces est attendue, commentée, attaquée, célébrée. Si Britannicus est un relatif insuccès, Bérénice, Bajazet, Mithridate achèvent de conquérir le public. Iphigénie est crée à Versailles avant d'être montrée au public parisien 4 mois plus tard, et jouée 40 fois de suite ce qui constitue une sorte de record. Racine, célèbre, devient également riche et respecté. Pension royale, droits d'auteur, charges diverses, lui assurent des revenus très confortables. Il entre à l'Académie française à 33 ans, devient trésorier de France - charge qui confère une noblesse transmissible - et s'entend de plus en plus souvent nommer l'illustre Mr Racine. Pour asseoir définitivement sa réussite, il épouse , le 6 juin 1677, Catherine de Romanet issue d'une maison bourgeoise annoblie récemment. Elle est assez jeune, plutôt jolie, pieuse et surtout possède une fortune de plus de 70 000 livres. Elle n'a jamais lu de tragédie de Racine et s'effaroucherait d'épouser un poète s'il n'était aussi favori du roi et sur le point d'en devenir l'historiographe.

 L'énigme de la "retraite"
Pour tous les hommes du XXème siècle, le chapitre le plus incompréhensible de la vie de Racine est le "silence" dans lequel il s'est tenu durant 12 ans après Phèdre. Comment le plus grand dramaturge du siècle, agé seulement de 37 ans, a t-il pu renoncer au théâtre pour ne plus se consacrer qu'à la rédaction de la légende du Roi Soleil ?

Cet étonnement, ce scandale reposent sur un certain nombre de postulats, et surtout sur une sacralisation de la littérature qui n'était pas le fait de Racine et de son siècle. Boileau en parlant de sa propre charge dira "le glorieux emploi qui m'a tiré du métier de la poésie". La position d'historiographe était bien plus glorieuse que celle de dramaturge, et la première excluait la seconde. Certains comme son fils Louis ou comme plus récemment Mauriac ont pour expliquer cette retraite prématurée, invoqué la conversion. Sous l'influence de Mme de Maintenon, la Cour commençait elle-même à se détourner des divertissements profanes. Toujours habile à s'adapter aux exigences de ses protecteurs, Racine semble avoir donné sans regret une nouvelle orientation à ses travaux d'écriture.

Bon époux, bon père et bon chrétien
Entre 1677 et 1695, Racine va faire 7 enfants et remplir sa mission auprès du roi. Il esquisse un mouvement de réconciliation avec Port-Royal, avec sa tante, la mère Agnès et même avec le grand théologien du monastère, longtemps exilé, Arnauld. Esther commandée par Mme de Maintenon le confirmera encore dans les faveurs royales; grâce à Racine, la vertu pouvait avoir des dehors aimables, engendrer la beauté. Les "comédiennes" en l'occurence les demoiselles de Saint-Cyr y firent merveille, et l'on dut, à l'intérieur de la Cour, (la pièce ne pouvait être jouée par privilège par des comédiens professionnels) multiplier les représentations. Athalie fut, suite à des pressions des ecclesiastiques, plus étouffée. Elle n'eut droit qu'à des répétitions sans costumes, ni musique, et sans autre spectateur que le roi et quelques personnalités de la Cour ou de l'Eglise. Racine cependant se livre à d'autres travaux d'écriture : une sorte de livret d'opéra mis en musique par Lulli, une traduction du Banquet de Platon, et des retouches à ses propres oeuvres dont on publie la deuxième édition.

La conversion ?
Dans la dernière décennie de sa vie, Racine est accusé de tartufferie par nombre de ses contemporains. Le courtisan avait été trop habile et son ascension trop éclatante pour que l'on ne soupçonne pas, derrière son apparent retour à Dieu, une manoeuvre de plus. Les derniers écrits - Les cantiques spirituels et l'Abrégé de l'histoire de Port- Royal _ et les derniers gestes s'inscrivent dans une problématique religieuse explicite. Mais celle-ci n'était-elle pas déjà présente dans ses textes profanes? En 1698 il écrit à son fils Jean-Baptiste : " Je puis vous assurer que plus je vais en avant, plus je trouve qu'il n'y a rien de si doux au monde que le repos de la conscience et de regarder Dieu comme un père qui ne nous manquera pas dans tous nos besoins." Conseil banal d'un père soucieux de la bonne éducation de son enfant? Racine meurt le 21 avril 1699 d'un cancer du foie; il demande à être enterré à Port-Royal aux pieds de l'un de ses maîtres, Jean Hamon. En 1711, il fut transporté à St Etienne du Mont. Devenu par une faveur extraordinaire, l'un des 24 gentilhommes ordinaires du roi, il avait atteint le plus haut sommet de la société de son siècle, et s'était inscrit de son vivant, au panthéon des plus grands écrivains de tous les temps.

Racine et la critique

Poète adulé de son temps, Racine se vit surtout critiquer par les doctes et les savants pour son non respect de certaines règles de l'art dramatique, de la langue ou de la vérité historique. Au XVIIIème siècle selon Diderot, les Français sont "fous de Racine". Diderot, Voltaire l'admirent comme le plus grand des poètes. Au XIXème, il subit entre 1830 et 1865 une sorte de traversée du désert, on lui préfère Shakespeare, on le trouve un peu fade et son art paraît périmé. Le XXème siècle qui le réhabilite met en lumière la poétique tragique, à travers les écrits de Thierry Maulnier. Dans les années 60 enfin une violente polémique se déclenche entre les tenants de la nouvelle critique, freudienne, marxiste, structuraliste et ceux qui, comme Raymond Picard, se refusent, faute de documents, à interpréter l'oeuvre à partir de l'homme. Auteur d'une thèse monumentale qui suit pas à pas la carrière de Racine, Picard décrit la condition de l'homme de lettres et écarte tout ce qui, faute de preuves, ne peut être historiquement établi.

Discutables, comme toute interprétation, ces trois lectures rappellent qu'une grande oeuvre est toujours exposée au conflit des interprétations.

Thierry Maulnier (1935) : Le réalisme tragique
Thierry Maulnier, lui-même dramaturge, définit le théâtre de Racine à partir de la notion de réalisme tragique. A la différence du réalisme tout court, le réalisme tragique ne prend pas en compte les soins communs de la vie, les occupations quotidiennes, les conditions concrètes de l'existence. Il ne s'égare pas non plus dans les méandres du coeur, dans un flot complexe d'impulsions. La vérité psychologique est appréhendée à travers un petit nombre de sentiments fondamentaux, le déchaînement de 5 ou 6 forces, ambition, haine, amour, cruauté, dont le triomphe ou l'échec coïncident avec les causes de vie ou de mort. Les âmes y sont réduites à leurs oscillations essentielles et confrontées à une fatalité à leur mesure. Tout pittoresque est ainsi banni, comme tout ce qui prête au spectacle : la véritable action est intérieure, elle est dans les coeurs, les désirs et les crimes qui les tentent. Tout s'inscrit alors dans le langage, dans le dialogue. C'est par le langage seul que les êtres peuvent se concilier les uns les autres, se déchirer ou détruire; chaque phrase peut avoir un pouvoir de vie ou de mort, la parole a charge de porter en elle la substance même de l'homme.

Lucien Goldman (1956) : L'idéologie tragique
Sociologue et marxiste, Lucien Goldman a tenté de trouver les clefs de l'univers racinien dans une vision du monde tragique que l'auteur partageait avec certains de ses contemporains jansénistes. Toute vision du monde exprimant la situation économique et sociale d'un groupe ou d'une classe, Goldman montre dans Le Dieu caché que les idées jansénistes proviennent d'un milieu d'officiers et d'administrateurs dont le pouvoir décline en même temps que se renforce l'absolutisme royal. La monarchie de Louis XIV en effet s'appuie sur une nouvelle "bureaucratie" beaucoup plus centralisée. Ne pouvant se révolter contre cette monarchie dont ils ont toujours dépendu les membres de la noblesse de robe prêtent une oreille attentive au jansénisme qui radicalise l'opposition entre le monde et Dieu et affirme l'impossibilité d'une vie terrestre authentique . Pascal, contemporain de Racine, l'exprime avec acuité : rapporté à l'infini, tout, à commencer par l'homme est néant. Ainsi ce qui n'est pas absolument vrai et juste a par là même aussi peu de valeur que le faux et l'injuste. La tragédie racinienne, en particulier Andromaque, Britannicus et Bérénice, expose donc un conflit résultant du heurt entre un monde qui ne connaît que le relatif et un univers dominé par l'exigence d'absolu. Le héros tragique ne peut pas réaliser ici bas les valeurs absolues auxquelles il se réfère, ni cesser de vouloir qu'elles se réalisent. Aussi est-il pris dans l'étau d'exigences contradictoires : sauver Astyanax et rester fidèle à Hector pour Andromaque, aimer Bérénice et respecter la loi romaine pour Titus. Dieu ici est dur, à la fois présent et absent, aveuglant les hommes ou exigeant d'eux l'impossible. Par sa présence il rend impossible un abandon au relatif, par son absence, il transforme la vie humaine en agonie. Car dans ce monde radicalement mauvais, l'homme doit lutter sans espoir de victoire, sans même l'espoir de gagner par là son salut, la grâce de Dieu, l'élection ne dépendant plus que du vouloir divin et non des oeuvres humaines.

Roland Barthes (1963) : La critique subjective
Plutôt que de parler de la profondeur de la psychologie racinienne, Barthes veut mettre en lumière dans une analyse structuraliste, les éléments formels, thèmes ou fonctions narratives, récurrents dans l'oeuvre du dramaturge. La tragédie racinienne peut s'appréhender à partir de la juxtaposition de trois espaces : la Chambre, c'est à dire l'antre même du pouvoir, de la puissance; l'Antichambre, lieu où l'on attend et où l'on parle et qui est celui de la scène proprement dite; l'Extérieur, lieu de la non-tragédie qui représente la mort, la fuite, ou l'événement qui va bouleverser l'existence des héros et est le plus souvent rapporté par le confident. Le personnage lui-même est saisi comme une fonction à l'intérieur d'un champ de relations, dont les deux principales sont le rapport d'autorité et celui de convoitise. Le schéma auquel obéissent de nombreuses tragédies pourrait se formuler comme une double équation : A a tout pouvoir sur B. A aime B qui ne l'aime pas. La donnée essentielle n'est donc pas l'amour mais l'usage de la force au sein d'une situation amoureuse. Les héros raciniens doivent de même se situer par rapport à une figure symbolique, dont le paradigme premier est celui du Dieu juif, et que Barthes désigne sous le nom du père. Est père quiconque a dans le passé exercé un pouvoir sur le héros. Le père, constitutivement ambivalent est celui qui protège et qui punit; le rapport à cette figure permettant de constituer trois classes de héros raciniens :

1) Les figures régressives qui restent soumises au père, qui défendent le passé : Hermione, Xipharès, Iphigénie, Joad

2) Les figures soumises qui vivent la fidélité comme un joug auquel elles n'ont pas la force de se soustraire : Antigone, Andromaque, Junie, Monime

3) Les figures émancipées qui veulent se libérer sans en avoir toujours les moyens ou la force d'en user : Néron, Titus, Pharnace, Achille, Phèdre, Athalie, Pyrrhus. Mais l'émancipation complète est interdite au héros racinien, il reste toujours au seuil de l'action; l'activité principale des personnages étant de parler dans l'espoir de retarder indéfiniment le moment de la décision et de la mort.

De Racine et Corneille, éternel parallèle
La comparaison entre Racine et Corneille n'est pas une manie des classiques Larousse. Lorsque Racine entre en scène, Corneille règne sans partage sur la tragédie française. Tous les contemporains jugent donc le nouveau venu à l'aune de ce génie incontesté et vieillissant. Tandis que la carrière de Corneille déclinera, Othon, Agésilas et Attila seront des échecs, celle de Racine progressera. L'aîné reproche à son cadet le manque d'héroïsme de ses personnages, trop préoccupés par l'amour (Alexandre) ou leur manque de vérité historique (Bajazet). Collègues à l'Académie française, ils polémiquent souvent par la voie des Préfaces (celle de Britannicus notamment est une attaque en règle contre les tragédies de Corneille) et de la presse. A la mort de Corneille en 1684, Racine fera son éloge, défendant à travers lui le statut de l'auteur dramatique; mais l'un et l'autre avaient abandonné le théâtre depuis plusieurs années.

XVIIème siècle

"Corneille nous assujettit à ses caractères et à ses idées, Racine se conforme aux nôtres; celui là peint les hommes comme ils devraient être, celui-ci les peint tels qu'ils sont. Il y a plus dans le premier de ce que l'on admire, et de ce que l'on doit imiter; il y a plus dans le second de ce que l'on reconnaît dans les autres, ou de ce que l'on éprouve dans soi-même. L'un élève, étonne, maîtrise, instruit; l'autre plaît, remue, touche, pénètre.(...) L'on est plus occupé aux pièces de Corneille; l'on est plus ébranlé et attendri à celles de Racine. Corneille est plus moral, Racine plus naturel." La Bruyère : Les Caractères

"Il y a pourtant des choses agréables, mais rien de parfaitement beau, rien qui enlève, point de ces tirades de Corneille qui font frissonner. Ma fille, gardons-nous bien de lui comparer Racine, sentons en la différence. Il y a des endroits froids et faibles, et jamais il n'ira plus loin qu'Alexandre et qu'Andromaque. Bajazet est en dessous, au sentiment de bien des gens, et au mien, si j'ose me citer. Racine fait des comédies pour la Champmeslé : ce n'est pas pour les siècles à venir. Si jamais il n'est plus jeune, et qu'il cesse d'être amoureux, ce ne sera plus la même chose. Vive donc notre vieil ami Corneille !" Mme de Sévigné : Lettre à Mme de Grignan, le 16 mars 1672 à propos de Bajazet

"Dans la tragédie, Corneille ne souffre pas d'égal, Racine pas de supérieur, la diversité des caractères permettant la concurrence, si elle ne peut établir l'égalité. Corneille se fait admirer par l'expression d'une grandeur d'âme héroïque, par la force des passions, par la sublimité du discours; Racine trouve son mérite en des sentiments plus naturels, dans une diction plus pure et plus facile. Le premier enlève l'âme, l'autre l'esprit; celui-ci ne donne rien à censurer au lecteur, celui là ne laisse pas le spectateur en état d'examiner." Saint-Evremond : Jugements sur quelques auteurs français

XVIIIème siècle

"Je conçois comment à force de travail on réussit à faire une scène de Corneille, sans être né Corneille : je n'ai jamais conçu comment on réussissait à faire une scène de Racine, sans être né Racine." Diderot : Discours sur la poésie dramatique

"Les héros de Corneille disent souvent de grandes choses sans les inspirer : ceux de Racine les inspirent sans les dire. Les uns parlent, et toujours trop, afin de se faire connaître : les autres se font connaître parce qu'ils parlent.(..) Il me semble que l'idée des caractères de Corneille est presque toujours assez grande mais l'exécution en est quelquefois bien faible, et le coloris faux ou peu agréable. Quelques uns des caractères de Racine peuvent bien manquer de grandeur dans le dessein, mais les expressions sont toujours de main de maître, et puisées dans la vérité de la nature." Vauvenargues : Réflexions critiques sur quelques poètes (1747)

XIXème siècle

"Racine se présente déjà comme le héraut de l'age moderne près du grand roi avec qui commencent les temps nouveaux. Racine est le premier poète moderne comme Louis XIV fut le premier roi moderne. Dans Corneille respire encore le moyen-age. En lui et dans la Fronde râle la voix de la vieille chevalerie... Mais dans Racine, les sentiments du moyen âge sont complètement éteints; en lui ne s'éveillent que des idées nouvelles; c'est l'organe d'une société neuve." Heinrich Heine : L'école romantique

"Quand nous ferons à notre tour, quand nous referons après tant d'autres le célèbre parallèle (si inégal) de Corneille et de Racine, nous reconnaîtrons aisément, ce sera une de nos premières constatations, une de nos reconnaissances capitales (...) que Corneille ne travaille jamais que dans le domaine de la grâce et que Racine ne travaille jamais que dans le domaine de la disgrace. Corneille n'opère jamais que dans le royaume du salut, Racine n'opère jamais que dans le royaume de la perdition. (...) Les blessures que nous recevons, nous les recevons dans Racine, les êtres que nous sommes, nous le sonnes dans Corneille. (...)
Les vieux criminels censément les plus endurcis de Corneille ont le coeur plus pur que les plus jeunes adolescents (et surtout adolescentes) de Racine. l'impuissance à la cruauté des cornéliens est désarmante. La cruauté naturelle, profonde des raciniens est sans limite. (...) Par son impotence même de mal, de cruauté, Corneille va plus profond que Racine." Péguy : Victor Marie, comte Hugo

XXème siècle

"Le théâtre de Corneille n'est pas exempt de violence ou d'horreur. Et pourtant, il reste au-dessus de la nature même en cela. C'est que la jalousie, le crime et la vengeance s'y accompagnent d'une affirmation consciente de l'individu. Le passage de l'amour à la haine, de la prière au défi s'y fait dans la clarté et avec éclat; chez Racine au contraire, les volte face de l'instinct mènent et ballottent le moi au lieu de l'exalter. Le propre de la passion telle que la conçoit Racine est qu'elle tend d'abord à posséder celui qui l'éprouve. (...)La qualité royale des héros, indispensable dans le théâtre de Corneille pour appuyer la grandeur de la conduite, trouve chez Racine un autre usage : étrangère à toute idée de supériorité morale, elle grandit seulement les héros dans le bonheur et le malheur, elle projette leur triomphe ou leur infortune à l'étage des dieux et des rois." Paul Bénichou : Morales du grand siècle

Avis du public : Jean Racine

0 Avis

0 commentaire(s)

1
2
3
4
5

Excellent


(0)

Très bon


(0)

Bon


(0)

Pas mal


(0)

Peut mieux faire


(0)
Donnez votre avis
Excellent
Très bon
Bon
Pas mal
Peut mieux faire