Les avis de Richard Caisse

Voyages avec ma tante

  • 59 avis
Théâtre Hébertot, Paris | du 12 février au 12 mai 2019 | Durée : 1h20

COMEDIE & BOULEVARD, Absurde, Coups de coeur, Molières 2015


Jubilatoire
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Richard Caisse le 14 juin 2015 à 16:48

Jubilatoire Même adapté pour les besoins, le texte reste connu. Son humour, ses fulgurances, ses facilités parfois aussi. En revanche, la mise en scène surprend. Par sa précision millimétrique, par son efficacité, par son originalité. Le tout dans un contexte où le jeu des acteurs et sa circulation d'un personnage à un autre, rend l'affaire plus jubilatoire encore... Une vraie réussite !

Toujours la tempête

  • 2 avis
Théâtre de l'Odéon - Ateliers Berthier, Paris | du 04 mars au 02 avril 2015 | Durée : 3h20 environ

CONTEMPORAIN


Vivre encore et encore...
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Richard Caisse le 24 mars 2015 à 15:49

Vivre encore et encore... Un texte exigeant, sans aucun doute. Mais, au final, un formidable regard sur ce qui constitue l'identité et la vérité d'un être humain, au-delà des fractures de la vie et des chaos de l'Histoire. Une fable de trois heures dont on sort avec l'envie de mordre dans la vie comme dans une pomme, après avoir entendu cette phrase finale "Je suis toujours là !" Le cri des survivants...

La Tempête ou le rêve de Prospero

  • 8 avis
Vingtième Théâtre, Paris | du 30 août au 26 octobre 2014

CLASSIQUE


Du côté de la lumière (1/2)
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Richard Caisse le 19 octobre 2014 à 20:38

Du côté de la lumière (1/2) Loin de la fureur ambiante et du bruit des armes, "La Tempête" fait escale pour une semaine encore dans le quartier parisien de Ménilmontant. Enclave paisible pour une œuvre apaisée écrite par un William Shakespeare alors en fin de vie (il meurt quatre ans plus tard, à 52 ans). Ici point de sang ou de vengeance cruellement ourdie, mais une science des sortilèges mise au service ("asservie", diraient sans doute les personnages d'Ariel et de Caliban) du pardon et de la concorde. "Que l'humanité est belle. Que ce monde nouveau doit être bon pour contenir de telles personnes", s'émerveille ainsi Miranda au terme de la pièce.../...
Du côté de la lumière (2/2)
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Richard Caisse le 19 octobre 2014 à 20:36

Du côté de la lumière (2/2) .../... Attention toutefois, jolie Miranda, car "tout cela s'évanouira comme l'a fait ce spectacle insaisissable, sans même laisser une brume légère derrière soi", lui répond indirectement Prospero, son père, dans un épilogue davantage redevable à la plume des traducteurs qu'à celle de Shakespeare. Un théâtre apaisé donc, loin de la fureur et du bruit des armes... Mais pour cela, Prospero duc de Milan déchu douze ans plus tôt au profit de son propre frère Antonio, doit résister au poison si doux de la vengeance. Car le bateau à bord duquel voguent Antonio, mais également Alonso, le roi de Naples et son fils Ferdinand, vient de s'échouer sur l'île où Prospero et sa fille Miranda ont trouvé refuge, avec pour seuls autres habitants un monstre, Caliban, et un esprit aérien, Ariel. La tentation est d'autant plus grande que le naufrage résulte de l'art d'un Prospero, passé maître dans l'usage des sortilèges, aidé en cela par Ariel. Prospero hésite, balance, tangue, tel un navire pris dans la tempête, avant finalement d'aller vers la lumière. L'union de Ferdinand et Miranda scellera symboliquement cette volonté d'aller vers la concorde. Or, tout le mérite de la jeune troupe mise en scène Ned Grujic et Rafael Bianciotto qui, au Vingtième Théâtre à Paris, donne actuellement vie à cette pièce du crépuscule est justement de faire sentir presque physiquement ces atermoiements, ce moment où la raison hésite. Une scénographie inventive, un usage original de la musique directement intégrée au jeu scénique (comme le voulait Shakespeare) et d'étonnants déplacements chorégraphiques donnent à cet épatant spectacle valeur de référence. A voir absolument mais, surtout, vite...

Double assassinat dans la rue Morgue

  • 23 avis
Théâtre Darius Milhaud, Paris | du 05 octobre 2016 au 27 mai 2017 | Durée : 1h10

CLASSIQUE, Policier


La magie du texte incarné
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Richard Caisse le 27 juillet 2014 à 13:54

La magie du texte incarné Une économie minimale : six comédiens, un violon, un décor réduit à deux panneaux mobiles. Et pour viatique : la seule magie du texte incarné. Les ressorts humains y sont les mêmes qu'ailleurs : le voyeurisme ou plutôt cette brûlure que constitue le désir de passer enfin de l'autre côté du miroir, la peur de l'Autre et sa traduction ordinaire sous forme de racisme larvé ou non, l'effroi délicieux né de la proximité de l'horreur, de la bête qui sommeille... Loin de l'énorme et sublime machinerie des festivals estivaux, il est aussi des spectacles capables de toucher juste et profond parce qu'ils savent parler sans détour de cette zone sombre au plus profond de nous tous. Reste alors, comme seul garde-fou, la raison raisonnante, ici incarnée par le subtil amateur d'énigmes Auguste Dupin. Un grand bravo donc à toute l'équipe du Théâtre Darius-Milhaud, capable d'insuffler une vie renouvelée à un texte d'Edgar Poe sur lequel, au fil des décennies, se sont déposés et sédimentés analyses, critiques et interprétations diverses. Ce n'est pas, là, le moindre des tours de force. Et un bonheur ne venant jamais seul : la représentation d'hier n'était finalement pas la dernière ! Le spectacle reprendra en octobre. Vite, vite, vite...

L'Italiana in Algeri

  • 1 avis
Opéra Garnier, Paris | du 31 mars au 23 avril 2014 | Durée : 2h55 avec entracte

MUSIQUE & DANSE, Opéra, En langue étrangère


Jubiltoire
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Richard Caisse le 13 avril 2014 à 14:05

Jubiltoire D’abord, il y a le lieu : le Palais-Garnier. Un écrin si archétypal de l’opéra et de sa puissance d’évocation théâtrale qu’on ne s’étonne pas, la première surprise passée, d’y voir une mise en scène emprunter aux archétypes les plus divers. Et puis, il y a l’œuvre, elle-même. De toutes les partitions écrites par Rossini, « L’Italienne à Alger » est de loin la plus loufoque, la plus débridée, la plus déjantée. Du coup, la production prend ici Rossini au mot. Et multiplie à plaisir les clins d’œil, les anachronismes, les farces. Emprunts à la comedia dell’ arte, bien sûr. Mais aussi au monde du cirque, à celui des shows de Broadway, à l’imagerie américaine des « sixties ». Même l’histoire navale y est convoquée, avec notamment un clin d’œil au naufrage du Titanic… Surtout du début à la fin, la production, ludique, ne cesse de jouer et de se jouer du public. Pas de salle de théâtre sur la scène en miroir exact de celle où se trouve le public, comme celui a pu se faire pour cet opéra par le passé. Mais, plus subtilement, un trompe l’œil, un trompe l’oreille, un trompe l’esprit permanents. Mais, après tout, le monumental rideau du Palais-Garnier n’est-il pas justement peint en trompe l’œil ? Et n’est-il un appel à l’imagination ? « L’Italienne à Alger », opéra de Rossini, mis en scène par Andrei Serban, Opéra de Paris, Palais-Garnier.

Des journées entières dans les arbres

  • 2 avis
Gaîté Montparnasse, Paris | du 21 janvier au 30 mars 2014 | Durée : 1h40

CONTEMPORAIN


Le besoin d'amour, ultime rempart
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Richard Caisse le 30 mars 2014 à 00:05

Le besoin d'amour, ultime rempart On évoque souvent le cliché de l’amour absolu qu’éprouve une mère pour son fils, à propos de cette femme en bout de course et personnage central de la pièce. Mais d’absolu, il y a surtout ici la volatilité de l’objet sur lequel se dépose ce désir d’amour. Le désenchantement, les rebuffades, la lucidité quant à l’indignité du fils, n’y changent rien. Le besoin d’amour demeure, ultime rempart avant le fossé. Par un curieux détour, la pièce revient ainsi sur une vérité si dérangeante notamment incarnée, il y a bien longtemps, dans le Cosi fan tutte de Mozart et son librettiste Da Ponte : le désir existe indépendamment de son objet. Peu importe l’objet, le désir sait se suffire à lui-même. Il y a une grande mélancolie dans cet apprentissage. Et c’est essentiellement cette mélancolie que l’on retrouve mise en scène ici.

L’Adieu à l’Automne

  • 2 avis
Théâtre Elizabeth Czerczuk, Paris | du 10 au 19 avril 2015 | Durée : 1h15

MUSIQUE & DANSE


Incantatoire et lumineux
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Richard Caisse le 15 février 2014 à 10:31

Incantatoire et lumineux Un vaste plateau aux éclairages rasants et une salle plongée dans la pénombre alors même qu'on y entre. Déjà, les comédiens-danseurs sont à l'œuvre. Impression de mouvement perpétuel comme le mystère de la vie, un mouvement dans lequel on se retrouve soudain embarqué, comme malgré soi. Ils y donnent corps à une adaptation, à la fois théâtrale et chorégraphique, inspirée de la pièce du Norvégien Jon Fosse, "Rêve d'Automne". Une œuvre où les êtres survivent quand tout semble depuis bien longtemps mort en eux. Un monde où le désir brille encore d'un feu qui refuse obstinément de s'éteindre dans cette nuit déjà tombée. A cet égard, il faut voir l'étonnant tango final dansé avec la mort. Incantatoire et... lumineux. A voir et revoir, obstinément.