Pour autrui

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Colline (Théâtre National) , Paris

Du 21 septembre au 17 octobre 2021
Durée : 2h15 environ

CONTEMPORAIN

,

En langue étrangère

,

Société

Après Hors la loi et Féminines, l'autrice et metteuse en scène Pauline Bureau propose un nouveau spectacle cette fois autour de la parentalité. En français et en anglais surtitré en français.

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Spectacle terminé depuis le 17 octobre 2021

 

Photos & vidéos

Pour autrui

De

Pauline Bureau

Mise en scène

Pauline Bureau

Avec

Yann Burlot

,

Martine Chevallier

,

Nicolas Chupin

,

Rébecca Finet

,

Sonia Floire

,

Camille Garcia

,

Maria Mc Clurg

,

Marie Nicolle

,

Anthony Roullier

,

Maximilien Seweryn

En français et en anglais surtitré en français.

  • À quel moment devient-on parent ?

« C’est un don qu’elles font, ces femmes. Si on pense que donner c’est forcément perdre quelque chose alors on ne peut pas comprendre. » Pauline Bureau

Liz a 35 ans et parcourt le monde pour piloter des chantiers et faire pousser des toits végétalisés. Marionnettiste, Alexandre est souvent en tournée et dans les hôtels. Bloqués par la neige dans un aéroport à Francfort, ils se rencontrent. C’est le coup de foudre auquel succèdent la vie de couple et l’envie d’avoir un enfant. Mais ça ne se passe pas comme ils l’avaient prévu. La vie les emmène sur un chemin inattendu où Liz et Alexandre découvriront en eux une force insoupçonnée jusqu’à traverser l’océan pour rencontrer Rose, qui a le nom d’une fleur et l’envie de porter leur enfant.

Dans une dramaturgie du réel, Pauline Bureau explore depuis plusieurs années la vie des femmes et la société contemporaine. Avec cette création, elle éclaire ce qui fait famille aujourd’hui et bouscule les préjugés sur la notion de don.

Combien de naissances vit-on dans une vie ?

  • La presse

« Dans Pour autrui, l’efficacité des dialogues se conjugue à une mise en scène pleine de charme et de légèreté, soutenue par la scénographie très réussie d’Emmanuelle Roy. On voyage ainsi d’un lieu à l’autre, de Paris à San Francisco, d’un hôpital à un aéroport, avec la plus grande fluidité, dans ce spectacle qui tout du long mêle la dimension du merveilleux à son réalisme de fond. De la neige tombe sur un monde à l’arrêt, un bébé s’éveille à la vie sous une couveuse futuriste et, quelque part, loin de là, un homme qui s’apprête à devenir père tire les fils d’une petite marionnette en jupon rose. Toute naissance est un miracle, un bouleversement indescriptible dont Pauline Bureau s’approche avec autant de retenue que d’émotion. » Fabienne Darge, Le Monde

« Transcendée par le jeu sensible des comédiens - Marie Nicolle, Nicolas Chupin, Martine Chevallier, Rébecca Finet, Maria Mc Clurg… -, la pièce devient sitcom opératique, théâtre total qui mêle danse, marionnettes, rêve et magie (comme l'enfant jaillissant d'une valise). « Pour autrui » délivre son message sous forme d'une fable, merveilleuse et généreuse. Elle nous touche au coeur et nous convainc. » Philippe Chevilley, Les Échos

« Pauline Bureau et sa compagnie La part des anges content une extraordinaire aventure humaine. De la souffrance à l’apaisement, se déploie une quête mue par le désir d’enfant orchestrée avec finesse et sensibilité. A voir ! » Agnès Santi, La Terrasse

« Pauline Bureau élève la question du don de la vie au sacré en lui donnant une dimension épique, universelle et grandiose. » Hélène Chevrier, Théâtral magazine

« Formidable conteuse, Pauline Bureau nous transporte. Les protagonistes, incarnés par Marie Nicolle et Nicolas Chupin, sont bouleversants dans l’amour qu’ils se portent comme dans ce désarroi qui se mue peu à peu en combativité. » Marie-Valentine Chaudon, La Croix

« Pour autrui, dernier opus de Pauline Bureau, est sans nul doute l’un des spectacles les plus marquant de cette rentrée, d’une infinie délicatesse, d’une vérité drue, et d’une intelligence rare. Poétique, aussi. » Un fauteuil pour un orchestre

  • Naissance du spectacle

Cela fait longtemps que j’ai envie de raconter l’histoire d’une grossesse, d’interroger la maternité et plus largement de la parentalité. Embryonnaire au début, ça se construit dans ma tête petit à petit. Ce sera l’histoire d’une femme, en France, qui ne peut pas avoir d’enfant. Et l’histoire, ailleurs, en Amérique du Nord, d’une femme qui va porter son bébé. Sur le plateau, s’écrira le journal de bord de ces neufs mois pendant lesquels l’une attend un enfant que l’autre porte dans son ventre. Neuf mois pour donner la vie chacune à sa façon. Une aventure mystique, spirituelle, commune, qui les dépasse et bouscule ce que chacune d’elle pensait savoir de l’existence.  Qu’est-ce que veut dire mettre au monde ? À quel moment devient-on parent ? Qu’est-ce qui fait famille ?

Je souhaite aujourd’hui mettre en récit notre monde dans ce qu’il a de plus contemporain ;  proposer une histoire sensible d’une gestation particulière ; écarter les idées toutes faites  et les préjugés ; permettre à chacun de saisir les enjeux, les mécanismes, la beauté, les difficultés  de cette histoire singulière.

J’ai d’ores et déjà quelques images à partager avec vous :
Chaque soir, un homme enregistre sa voix en mp3. Puis il envoie par mail un fichier audio à l’autre bout du monde à la femme qui porte son enfant et qui ne parle pas sa langue. Et elle met un casque sur son ventre pour que le bébé qui y habite puisse entendre la voix de son père. La femme qui porte le bébé demande une seule chose, elle l’exige par contrat, c’est de passer  une heure avec le nouveau-né, en tête à tête, sans personne pour écouter ce qu’elle a à lui confier.Peut-être que la femme qui porte le bébé est sage-femme, qu’elle travaille la nuit auprès de  nouveau-nés, et qu’elle fait souvent une pause en écoutant le bruit des battements de cœur dans la salle des prématurés.

Pauline Bureau, janvier 2019

  • Entretien

Quelle est l’histoire de Pour autrui ?
L’histoire débute comme une comédie romantique. Une femme rencontre un homme. Ils ont un coup de foudre et l’envie d’avoir un enfant mais tout ne se passe pas comme ils l’avaient prévu.  Ils vont vivre des montagnes russes émotionnelles et tracer un chemin singulier pour fonder leur famille. J’avais envie de raconter la façon dont la vie ne vous conduit pas toujours là où vous l’aviez imaginé, la violence des situations auxquelles on peut être confronté et la beauté de certains moments.

Il y a des éléments très personnels dans ce spectacle ?
Oui en effet, disséminés un peu partout, et parfois même sans que je m’en aperçoive. J’ai deux enfants et je me suis souvent dit durant mes grossesses que l’on racontait peu ces moments suspendus où l’on est deux dans un corps. J’avais envie de prendre le temps de suivre ces neuf mois sur le plateau, de parler de l’attente aussi, de l’enfant avec qui l’on vit bien avant qu’il naisse. Ici, ce n’est pas la même femme qui porte et attend le bébé. Et puis il y a d’autres éléments pour lesquels je me suis inspirée, entre autres, de mon histoire personnelle. La fausse couche ou le cancer sont des épreuves que j’ai traversées ces dernières années. J’ai pu ressentir intimement le lien entre la vie et la mort, la fragilité du vivant, et j’ai eu envie  de parler, concrètement, de l’émotion, de l’hôpital, cet endroit incroyable où la vie arrive et où la mort rôde, de ces moments où la vie tremble. Cela reste des événements tabous encore aujourd’hui, d’autant plus durs à affronter que l’on croit que l’on est seul, puisqu’il est rare qu’on en parle.

Est-ce un projet récent ?
J’avais depuis longtemps l’idée de faire un spectacle sur la gestation pour autrui, qui me semble  l’un des territoires d’inégalités puissantes qui existe aujourd’hui dans notre pays. Puis j’ai été
percutée par le réel et sais très bien depuis lors les limites d’un corps. À l’hôpital j’ai fait des rencontres avec des femmes qui m’ont raconté leur histoire et ont donné de la chair à ce projet de création. Puis j’ai mené le même type de travail documentaire que pour mes précédents spectacles : j’ai rencontré des femmes qui avaient eu recours à la GPA ou qui avaient porté un enfant pour une autre personne, des experts, une avocate spécialisée, la sociologue Irène Théry. En m’appuyant sur ces récits de vie et sur mon histoire personnelle, j’ai tissé ce spectacle malgré les thèmes parfois difficiles qu’il aborde, j’avais envie que ce soit un spectacle qui aille vers la lumière et vers la joie.

Ce spectacle raconte l’histoire d’une gestation pour autrui. S’agit-il d’un plaidoyer ?
Ce n’est pas un spectacle théorique ou documentaire sur la GPA. Dans la société aujourd’hui, il me semble que l’on parle beaucoup de GPA mais que l’on ne la raconte pas. En France, il y a encore peu de récits, mis à part quelques témoignages très inspirants. L’histoire ici est celle d’une femme en France, ne pouvant enfanter pour des raisons médicales qui rencontre une femme aux États-Unis et qui portera son enfant. Dans ce récit ce qu’il m’importe de traverser ce sont leurs parcours individuels, leur trajectoire singulière, dans ses dimensions spirituelle, poétique et politique. Il ne s’agit pas d’expliquer ce qui est bien ou mal ou d’exposer des opinions diverses. Parce que la vie m’a appris que l’on peut avoir un avis, être confronté à certains événements et en changer ! La vie nous rappelle parfois à l’ordre, somme toute, nous décidons de certaines choses mais certainement pas de tout. Les cartes nous sont distribuées et nous jouons la partie. Et dans ce jeu, la violence, la fragilité, le merveilleux et le dégueulasse se côtoient. Chacun navigue comme il peut. Je souhaitais également interroger les notions de filiation et de famille, dont la définition a beaucoup évolué depuis les années 1980, sans que la loi évolue au même rythme. Je vois bien autour de moi une variété de façons d’être parents aussi bien que de modèles familiaux possibles, et à l’intérieur de ces familles, autant de façons différentes de créer du lien, que ce soit avec des beaux-parents, des parrains, marraines, bref une multiplicité de personnes qui sont autant de soutiens pour les enfants. Parler de ce que représente fonder une famille aujourd’hui, dans toute cette diversité, est me semble-t-il une manière de raconter quelque chose de notre monde.Enfin, j’ai su très vite que je voulais que le spectacle s’achève avec la parole de l’enfant, tout le récit conduisant à elle, cette enfant qui est née avec cette histoire, mais que l’on ne peut résumer aux seules conditions de sa naissance.

Pour autrui vient après d’autres spectacles qui abordaient la question politique du corps des femmes. Peut-on dire qu’il s’inscrit dans la même veine ?
Étonnamment, quand on est une femme et qu’on parle de soi, on retrouve toujours une question politique : nos corps sont constamment traversés par la politique. Nos personnes comme nos corps restent un enjeu politique.
Hors la loi traitait de la question du corps des femmes dans les années 1970, c’était un projet presque patrimonial, pensé pour la Comédie-Française, sa troupe et son histoire. La version contemporaine de cette réflexion est la gestation pour autrui, la manière dont l’État continue  d’interférer sur le corps des femmes, à penser qu’elles ne savent pas exactement ce qu’elles font quand elles prennent une décision qui les concerne, à les empêcher de porter un enfant pour autrui parce qu’il a été décidé de ce que chaque femme peut et doit faire avec son corps. Mais, comme pour l’avortement, il y a un sens de l’histoire. Aujourd’hui il est scientifiquement possible de faire une GPA avec le matériel génétique du couple d’intention, ou un matériel  génétique autre que celui de la femme qui porte le bébé. Ce qui a été inventé ne sera pas désinventé.  De nombreux de pays se dirigent vers une légalisation de la GPA. Or, la France se retrouve dans la même situation que face à l’avortement dans les années 1970, seule face aux nations qui légifèrent. Qu’est-ce que signifie, en tant que nation, de déléguer à d’autres la liberté de légaliser une pratique ?
Qu’est-ce que cela veut dire de permettre aux plus riches d’y accéder tandis que les plus pauvres ne peuvent y prétendre ? Je crois que de toute façon nous y viendrons ; la question, c’est dans quelle temporalité.

Il y a dans cette création un intérêt plus marqué pour la question écologique. Pourquoi ?
Dans le spectacle, l’éveil écologique des personnages repose sur deux points. Il est, tout d’abord, lié à la prise de conscience, du fait de la maladie, de l’existence des perturbateurs environnementaux. Au niveau individuel, la naissance et la mort sont toujours un mystère : qu’est-ce qui fait que la vie se crée, que la vie s’en va, que les cellules se transforment ? Et au niveau collectif, des tendances s’affirment et l’explosion des maladies liées aux perturbateurs environnementaux en est une. Ensuite, cet éveil écologique est lié au fait de devenir parents, de ne pas délaisser la responsabilité de notre génération face à la dérégulation héritée de nos propres parents. Réaliser que le monde que l’on est en train de construire est celui que nous laisserons à nos enfants et aux enfants de nos enfants. Cette prise de conscience crée une urgence. Je constate d’ailleurs que la génération Z n’est plus prête à faire de compromis sur ces préoccupations écologiques.

Quelle est la place des marionnettes dans le spectacle ?
Le personnage d’Alexandre est marionnettiste. Cette figure d’artiste permet une mise en abyme sur le va-et-vient incessant entre la vie et la création : ce qu’il crée est nourri de sa vie, et en retour ses créations nourrissent sa vie. Ce qui m’intéresse scéniquement, c’est l’existence propre de ces marionnettes très réalistes. Parfois l’acteur la manipule et parfois la marionnette prend vie d’elle-même. Ce jeu est peut-être aussi une métaphore de mon écriture dans laquelle les personnages que je crée prennent parfois le pouvoir et font des choses auxquelles je ne m’attendais pas, souvent belles et étonnantes. Et puis les marionnettes, c’est une autre façon de poser la question de l’inanimé qui s’anime, c’est assez magique et épatant de voir une poupée allongée qui a l’air morte prendre vie quand on la manipule.

Pourquoi écrire ce spectacle en plusieurs langues ?
C’était d’abord une nécessité documentaire. Les couples, qui ne peuvent pas faire de GPA en France puisqu’interdite, doivent aller loin, dans tous les sens du terme, pour réaliser leur projet.  Et beaucoup choisissent les États-Unis, parce que la GPA y est éthique, c’est à dire pensée et encadrée.La part d’incompréhension, due à la langue, entre Liz et Rose, qui porte son enfant, et surtout la façon dont cette incompréhension est dépassée, m’intéressait particulièrement. Elles ne parlent pas la même langue, mais ce qu’elles partagent est au-delà des mots, au-delà du texte. Il me semble que c’est d’ailleurs comme ça dans tous les spectacles, les mots ne sont que des moments entre les silences, et ce qui se dit n’est pas toujours le plus important. J’ai donc d’abord recherché deux acteurs américains, pour faire entendre leur langue maternelle au plateau. Il se trouve que l’un des acteurs que j’ai rencontré est également arabophone, j’ai donc écrit un personnage en conséquence. J’ai également proposé aux acteurs avec lesquels je travaille habituellement de relever le défi de jouer dans d’autres langues. C’était possible pour les personnages de français exilés aux États-Unis comme Kate, la sœur de Liz, ou Claire, qui est française et travaille dans un centre de fertilité à la mise en relation entre les parents français et les femmes américaines. Le plaisir que l’on a à collaborer depuis longtemps est aussi lié à ces jeux entre nous : pour Féminines, il fallait jouer au foot, être une équipe sportive crédible, dans Pour autrui, le jeu avec les marionnettes et en langues étrangères est notre challenge !

Comment le décor permet-il de multiplier les espaces pour se jouer entre deux continents ?
Emmanuelle Roy, avec qui je travaille depuis longtemps, intervient toujours très tôt dans le processus d’écriture. Pour ce spectacle, nous sommes parties de l’œuf, en écho à la maternité et à la fécondation, pour créer le module central positionné sur une tournette. Ensuite, nous avons développé des univers concentriques pour qu’ils puissent s’imbriquer les uns dans les autres. C’était un véritable Tetris de combiner les différents décors et les espaces de projection vidéo. C’est un jeu auquel on a plaisir à s’adonner ensemble, puisqu’elle commence sa conception alors que le texte est en cours d’écriture et ne s’achève qu’en fonction et grâce à ses décors. Par exemple, son décor de l’aéroport me semblait très évocateur et c’est lui qui m’a amené à écrire la scène de l’accouchement. C’est le même travail que je mène avec Alice Touvet aux costumes. Ses recherches m’aident à préciser chacun des personnages en amont des répétitions et nourrissent l’écriture. Nous réfléchissons ensemble à l’iconographie du spectacle. Avec Pour autrui, nous avons notamment baigné dans les images bibliques de la Vierge et de la nativité. Retravailler cette iconographie religieuse de façon contemporaine, repartir de cette question du sacré permettent aussi d’aborder la dimension de mystère et de merveilleux qu’il y a dans toute naissance.

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