Le moche

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Théâtre de Belleville , Paris

Du 05 au 28 avril 2020
Durée : 1h10

CONTEMPORAIN

,

Comédie noire

,

Société

Le Moche est une comédie noire et décalée qui nous embarque dans un univers comique, glaçant, où le rire devient pernicieux. Cette farce sombre décrit une réalité dévastée par l’absurdité d’un système capitaliste aliénant où rentabilité et efficacité deviennent sacrées.
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Spectacle complet

 

Photos & vidéos

Le moche

De

Marius von Mayenburg

Mise en scène

Camille Jouannest

Avec

Vincent Breton

,

Hubert Girard

,

Axelle Lerouge

,

Laurine Villalonga

A partir de 8 ans.

  • Faire face à l'engrenage

Lette, un ingénieur brillant vient de mettre au point un connecteur électrique, le 2CK. Il s’apprête à le présenter à un congrès mais à sa grande surprise, son directeur Scheffler lui annonce que ce ne sera finalement pas lui, mais son assistant Karlmann, qui mènera la conférence, argumentant qu’avec sa tête, il ne peut rien vendre du tout. En rentrant chez lui, Lette, soucieux de cette annonce, interroge sa femme Fanny. Elle lui confesse alors la vérité indéniable qu’il est incroyablement moche.

Lette réalise alors qu’il est déformé et ne voit pas d’autre moyen que de subir une opération pour changer de visage. Après son opération, il devient beau, désirable aux yeux de tous et il devient l’ambassadeur de son entreprise.

Témoin de son succès, son chirurgien lui propose de devenir son modèle publicitaire. Son visage devient alors la norme de beauté et ne cesse d’être dupliqué tel un produit de grande consommation. Ne supportant pas que des reflets de lui-même se multiplient à l’infini, Lette demande au chirurgien de lui rendre son visage original, ce qui se révèle impossible.

Le personnage de Lette devra donc faire face à un engrenage, une décadence où l’individu n’est plus en mesure de maîtriser quoi que ce soit.

  • La presse

« Une comédie caustique brillante, vrai coup de cœur. (...) Les quatre comédiens mettent toute leur belle énergie à interpréter huit personnages différents avec une remarquable virtuosité. » La Provence

« La mise en scène de Camille Jouannest, pauvre matériellement mais riche d’images joliment pessimistes et grotesques - charcutant les momies vivantes et plastifiant une certaine soif de sublime. » IO Gazette

« Camille Jouannest réussit avec brio à exprimer l'humour cynique de Mayenburg et la dimension subversive de cette dystopie. Ce spectacle est un cri d'alerte contre l'uniformisation généralisée et le monde du paraître. » Playtosee

  • Note d'intention

Avec cette pièce à la vision du monde déroutante et radicale, Mayenburg, témoin de notre temps, s’inscrit dans une démarche poétique et engagée. Il décrit une réalité dévastée par l’absurdité d’un système capitaliste aliénant où rentabilité et efficacité deviennent les mots d’ordre.

L’individu se trouve dévoré par un système qui le prive de sa rationalité et de sa sensibilité. Il tombe dans l’incertitude et la crainte. Il n’est plus en mesure de se défendre et devient victime de cette machine infernale. Vient alors le danger terrible et irréversible de la perte de son identité. La réalité que décrit Mayenburg repose sur une dichotomie entre apparence extérieure et apparence intérieure. La première remportant le combat sur la seconde, on transperce alors le thème de la discrimination selon le critère de la beauté. L’individu considéré comme laid est rejeté. La suprématie du beau, n’est pas sans rappeler la recherche de la race pure, prétendument supérieure, de la période nazie. Face à cette dictature du beau, nait le désir de falsifier son apparence extérieure pour être admis dans le cadre imposé.

Avec une écriture déstabilisante et chaotique, l’auteur nous embarque dans un rythme effréné, dans un univers comique glaçant. La pièce raconte la vie de Lette, un homme simple - ingénieur très impliqué dans son travail - qui va basculer vers une descente aux enfers. La métamorphose et la déchéance de Lette à l’échelle de la sphère privée est une métaphore de la décadence de toute une société. On s’attachera à faire sentir dès le début de la pièce le traitement des personnages les uns envers les autres, en faisant ressortir notamment l’hypocrisie opportuniste, la lâcheté, la malhonnêteté et l’humiliation. Grâce à une exposition initiale claire des rapports, le spectateur pourra d’autant plus s’apercevoir de leur transformation. A partir du changement d’apparence de Lette, les rapports changent : les intérêts et les rejets se déplacent. Les cartes sont redistribuées.

La tension fondamentale qui existe dans cette pièce la rend fascinante. En perpétuels duels de forces opposées, la pièce ne trouve jamais d’apaisement. En visant une certaine forme d’immédiateté, (parole tendue, rythme soutenu, passage instantané d’une scène à une autre) l’auteur se garde de dramatiser les situations et aboutit à des créations saisissantes où le tragique et la cruauté nous saute à la gorge. Il parvient à manipuler les contraires et navigue avec une effervescence contrôlée entre délicatesse et violence, intelligence et impulsion, flegme et frénésie. C’est cette tension des contraires qui caractérise notamment l’humour noir et grinçant de l’auteur.

On est face à une comédie décadente, une farce sombre où le rire est pernicieux ; il devient une arme de défense pour le spectateur. À mesure que la pièce avance, le rire s’évanouit peu à peu et laisse place à des sentiments plus inquiétants puis plus glauques et plus sinistres. Pour faire ressortir la profondeur et l’étrangeté de la pièce, nous veillerons à marcher en équilibre sur le fil du réalisme : rendre réelle et sublimer chaque situation. Sans tomber dans le piège de surexposer les scènes, de les jouer trop «absurdes» et trop exagérées. Cela nous mènerait à un effet caricatural simpliste, grotesque et non crédible. Sans tomber non plus dans un excès d’effets dramatiques, de pathos naturaliste, qui nous ferait passer à côté de l’écriture acerbe et comique de Mayenburg. En étant scrupuleusement garant de ce fil du réalisme, nous pourrons alors décider pleinement et consciemment de déroutes exubérantes, oniriques, cauchemardesques ou grand- guignolesques. L’allure tragique de la décadence qui réside dans Le Moche se rapproche fortement de l’univers de Franz Kafka. Un personnage est confronté à des déchaînements en spirale, devenus hors de contrôle. L’angoisse kafkaienne est celle d’un monde qui a perdu son âme. Eugène Ionesco disait que ce thème de l’homme égaré dans le labyrinthe, sans fil conducteur, est primordial dans l’oeuvre de Kafka.

Mais pourquoi l’homme kafkaïen souffre-t-il ? Parce que, en fin de compte, il existe pour autre chose que pour le confort matériel. Mais dans Le Moche, le personnage de Lette cède justement à ce « confort matériel » puisqu’il décide de changer de visage à des fins de réussites professionnelles et sociales. Mais compte tenu du fait que nos sociétés libérales sont fondées sur une présomption du libre-arbitre, on peut se demander dans quelle mesure les choix des personnages leur appartiennent véritablement. Le choix ne devient-il pas illusion ? Illusion fondée sur un système qui endort les consciences, les endoctrine jusqu’à les engloutir.

Comme la pièce abolit les repères spatio-temporels, ce sont essentiellement les acteurs qui seront responsables d’ouvrir et de représenter les nouveaux espaces. Ils auront un grand nombre de contraintes techniques : déplacements chorégraphiés dans l’espace, changements de costume rapides. Chaque mouvement devra être fluide et agile, exécuté avec une grande précision. On fera de la pièce une danse magique où apparait sans qu’on s’en aperçoive un nouveau personnage ou un nouvel espace. Je m’attacherai à ce que les chorégraphies respectives des acteurs soient maîtrisées avec virtuosité, afin d’embarquer le corps du spectateur dans le voyage, corps émotionnel, énergétique, mental et spirituel.

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