Dramuscules

Théâtre de Poche-Montparnasse , Paris

Du 26 novembre 2013 au 09 mars 2014
Durée : 1 heure

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

,

Comédie noire

,

Humour noir

Judith Magre et Catherine Salviat s'amusent à jouer deux petites vieilles aigries dans des saynettes d'humour noir signées Thomas Bernhard et servies par la mise en scène de Catherine Hiegel. Le résultat est grinçant mais tellement drôle.
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Spectacle terminé depuis le 09 mars 2014

 

Photos & vidéos

Dramuscules

De

Thomas Bernhard

Mise en scène

Catherine Hiegel

Avec

Antony Cochin

,

Judith Magre

,

Catherine Salviat

  • « Drames » et « minuscules »

Contraction des mots « drames » et « minuscules » (en allemand Dramolette), Dramuscules est un recueil de pièces courtes écrites par Thomas Bernhard en 1988, un an avant sa mort et qui résument de manière saisissante le portrait qu’aura dressé l’auteur dans toute son oeuvre d’une Autriche enfermée dans son passé nazi.

Dramuscule 1 : Un mort – pour deux actrices et une route
Deux femmes sortent de l’église, après avoir assisté au rosaire du soir et découvrent, sur le bas-côté, un cadavre enroulé dans du papier d’emballage.

Dramuscule 2 : Le mois de Marie
À la sortie de la messe du dimanche, deux femmes discutent, intriguent, commentent la vie du bourg. Elles interpellent le fossoyeur en plein travail, et évoquent avec lui la récente disparition de monsieur Geissrathner.

Dramuscule 3 : Match
Un couple, le policier Kroll et sa femme Maria sont chez eux à la tombée de la nuit. La femme sollicite l’attention de son mari. Ce dernier, planté devant un match de foot à la télévision, ne lui prête aucune attention.

  • Note d'intention

J’ai choisi dans le recueil des Dramuscules de Thomas Bernhard les trois premiers. Tout d’abord pour avoir le bonheur de retrouver Judith Magre et Catherine Salviat et leur offrir la volupté d’un parcours d’une monstruosité sidérante.

Par ailleurs, le format de ces courtes farces me semble idéal dans un cadre comme celui du Théâtre de Poche où on a eu la gentillesse de m’inviter.

Enfin, la dénonciation du racisme, de la bêtise ordinaire qui traverse toute l’oeuvre de Thomas Bernhard et contre lesquelles il s’est érigé toute sa vie, se trouve ici portée jusqu’à l’incandescence, frôlant la tragédie humaine dans un grand rire salutaire.

Catherine Hiegel

  • La presse en parle

« Du grand art » Armelle Heliot, Figaro Scope, le 02 décembre 2013

« Catherine Salviat et Judith Magre, les deux comparses sont éblouissantes. Avec Antony Cochin qui joue les hommes de main, c'est un trio scénique infernal. » Théâtre du Blog, le 7 décembre 2013

« Fermement guidées par Catherine Hiegel, les interprètes sont idéales. Doucereuse, vénéneuse, Catherine Salviat glace le sang tandis que Judith Magre siffle et persiffle contenant la violence terrible de ses personnages. Du grand art. » Figaroscope, le 4 décembre 2013

« Deux sublimes comédiennes, Catherine Salviat, excellente dans ce rôle de petite-bourgeoise bornée et frustrée, aux côtés de ce " monstre " de beauté, de force et d'étrangeté qu'est Judith Magre. Duo redoutable où échangent la bêtise et la répétition, " Dramuscules " frappe fort et cruellement.» Froggy's Delight, le 30 novembre 2013

« Catherine HIEGEL a eu la bonne idée de rassembler sur scène deux comédiennes que le temps ne réussira jamais à faner. Elles ont pour package un sens de l'humour désarmant, elles sont irrésistiblement comiques dans cette démonstration particulièrement impressionnante de la bêtise humaine. » Le Monde, le 30 novembre 2013

  • Une écriture au fer rouge

Thomas Bernhard (1931-1989) est un écrivain et dramaturge autrichien. Sa jeunesse est éclairée par un grand-père écrivain qui lui donne le goût de la littérature. Mais il sera aussi très marqué par une scolarité dans un centre d’éducation national-socialiste, lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, et aussi par une tuberculose pulmonaire dont il souffrira toute sa vie. Adulte, après avoir été journaliste, il se consacre à l’écriture de poèmes, récits, romans et pièces de théâtre. Il est l’auteur, entre autres, des pièces Avant la retraite, Le Président, La Société de chasse, Le Faiseur de théâtre. Minetti, Heldenplatz (Place des Héros ) et Dramuscules seront ses dernières pièces écrites. Son oeuvre sulfureuse est imprégnée de ses rapports complexes et violents avec l’Autriche et de sa difficulté à être autrichien. Il attaquera vigoureusement l’hypocrisie typique de la ville de Salzbourg qu’il voit comme une prison fondée sur la religion et le refus d’abandonner les valeurs national-socialistes. Dans son testament, il interdit la diffusion et la représentation de ses oeuvres pendant cinquante ans. Ce que ses héritiers annuleront par la suite. Les textes de Thomas Bernhard sont édités chez Gallimard et l’Arche éditeur.

Thomas Bernhard a le souffle court, son mal est incurable, les mots lui sont comptés. Aussi doit-il faire de son langage une lame efficace et tranchante. Et lorsqu’il s’agira d’écrire, il n’y aura plus à craindre l’interruption. Les phrasés les plus longs, les répétitions les plus délirantes, les monologues les plus interminables seront permis et trouveront leur expression la plus virulente et la plus acide. Oui, cette écriture est une vengeance. Plus même qu’une écriture, c’est une écrit-cure.

Mais cette cure ne se nourrit pas du meilleur : elle se nourrit du pire. Traumatisé en centre d’éducation nazi dès l’âge de 13 ans, rongé par une maladie pulmonaire qui le condamne, étranger sur ses terres natales Autrichiennes qu’il sent imprégnées jusqu’à la moelle par l’idéologie du IIIe Reich, Thomas Bernhard est incapable de faire preuve d’optimisme. Mais alors que faire ? Lâcher prise ? Pleurer ? Se plaindre ? Se morfondre ? Rien de tout cela, car celui qui côtoie la mort depuis la naissance ne saurait prendre au sérieux ses propres larmes. Bien au contraire, si la mort est une fidèle compagne, il vaut mieux en faire une amie comme une autre. Et si cette présence dérange encore les hommes, alors Thomas Bernhard saura la leur imposer : ses personnages, tout comme lui, assumeront le pire d’eux-mêmes, iront plus loin encore que leurs idées les plus cyniques et les plus cruelles. Dévorés par la colère et les ressentiments, ils jetteront de l’huile sur le feu de leur haine. Du pire, ils feront pire encore jusqu’à obtenir de nous un rire physique, brûlant, brutal, dérangeant mais sincère.

Comme ses personnages, Thomas Bernhard sait qu’il va mourir demain. Tout est alors permis. Tout : choquer, heurter, provoquer, désigner, dénoncer, scandaliser. Un nihilisme sans concession s’invite sous la plume de l’auteur. Pourquoi mentir ? À quoi bon faire semblant ? Thomas Bernhard, intransigeant, rejette l’hypocrisie sous toutes ses formes. Autant répondre à l’assemblée des auteurs de Graz qui lui proposede rejoindre ses rangs en 1986 qu’elle n’est qu’une « assemblée de connards sans talents ». Autant faire dire à l’un des protagonistes de Place des héros qu’il « y a aujourd’hui plus de nazis à Vienne qu’en 1938 » l’année du cinquantenaire de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Autant interdire, dans son testament,
toute édition ou production de ses oeuvres en territoire autrichien.

Cette écriture-là n’a rien à perdre. Elle se complaît dans une vérité qui marque au fer rouge. Et à celui qui s’interroge sur sa sincérité, Thomas Bernhard répond que dans sa fiction « tout est réalité ou est encore plus vrai que la réalité ». Telle est la visée de ces Dramuscules : montrer la société telle qu’elle est sans ses masques d’apparat, sans travestissement d’aucune sorte. Faire jaillir les pensées les plus secrètes pas d’artifices ici, mais une mise à nu de notre amertume commune car un homme malade ne craint plus d’être sans défenses, si la meilleure des défenses c’est l’attaque.

Samuel Valensi

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Naya (1 avis) 01 janvier 2014

Comédiennes maximales, pièce minimale Il faut beaucoup de talent aux deux comédiennes pour faire exister cette pièce minimaliste en texte, mise en scène, décor et durée (50 mn). Une cause juste ne suffit pas à remplir ce vide théâtral.
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Inna (16 avis) 28 novembre 2013

Humour noir mais drôle Deux grandes comédiennes pour un spectacle d'humour noir grinçant mais tellement drôle.
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