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Les pleurs d’Ulysse
La société du spectacle qu’est devenu notre monde semble paradoxalement rendre la représentation théâtrale moins utile et moins exceptionnelle : à quoi bon des spectacles quand le spectaculaire est omniprésent ? Le spectacle dont il est question ici ne doit pas seulement être compris comme ensemble d’images mais, ainsi que le définit Guy Debord dans La Société du spectacle, comme « un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images ». Le spectacle qui définit ainsi la société moderne ne renvoie pas seulement à la grande quantité d’images diffusées et à l’installation des individus dans l’univers virtuel dont les médias constituent la chambre d’échos, mais est avant tout « une Weltanschauung devenue effective, matériellement traduite […] une vision du monde qui s’est objectivée ». La société moderne en faisant de l’homme un spectateur, le pétrifie face à l’horreur et réduit peut-être d’autant sa capacité d’action. Le temps est vraisemblablement venu d’une résistance au spectaculaire qui redonnerait tout son sens au spectacle.  La société du spectacle est une société figée qui n’autorise qu’un seul rapport au monde : la contemplation stérile et dévoyée. « L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. », dit Debord. Catherine Robert
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l'édito
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Agnès Jaulin
Née près d’Angoulême, elle écrit dès l’école primaire d’improbables pièces que ses institutrices de CM1 et CM2 lui permettent de représenter, les veilles de vacances scolaires, devant une classe un peu sceptique. Q’importe puisqu’elle réalise que l’écriture est une activité en elle-même réjouissante. Elle en fait bientôt un instrument d’expression privilégiée et apprécie particulièrement son pouvoir analytique pendant des études de philosophie où se révèle un vrai goût pour le travail d’explicitation et de critique. Arrivée sur Paris pour y achever son parcours universitaire et y entamer une vie professionnelle, elle se « réconcilie » avec le théâtre, art foisonnant dans la capitâââle. Sauf qu’il y a nouvelle donne, qu’elle préfère approfondir sa position de spectatrice, observer, réagir, plutôt qu’agir. En gros, elle s’exprimera désormais sur l’expression des autres. C’est un peu fastidieux mais c’est très bien comme ça !
journal@theatreonline.com |
David Larre
Né dans le Loiret, il se rappelle avoir donné très jeune la réplique à son frère aîné dans leur appropriation sauvage des comédies de Molière. Et découvert, ô merveille, qu’on pouvait être alternativement La Flèche ou Harpagon sans rien perdre en plaisir. Les joies du théâtre amateur l’auront poursuivi tout au long de ses études jusqu’à son agrégation de philosophie, heure fatidique de la détermination professionnelle. Dans ses souvenirs de représentation les plus marquants passent un cheval au galop sur une scène inclinée (Hamlet par Chéreau), une Isabelle Huppert hiératique sortant un poisson d’un tiroir (Orlando par Bob Wilson) ou les mystères cachés derrière un imperméable (La Servante d’Olivier Py). Désormais enseignant et chercheur en philosophie médiévale, il a agrémenté ses années de thèse en tâtant un peu de critique musicale (pop, folk, rock indie, autre dada durable), avant qu’une autre amie philosophe ne lui redonne goût aux mots du théâtre et ne lui permette à son tour de servir le théâtre en mots. En espérant que ces derniers soient humbles et justes.
journal@theatreonline.com |
Guillermo Pisani
Il est né à Buenos Aires, ville où une jeune génération de dramaturges donne au théâtre une urgence et une actualité particulières. Il ne danse pas le tango, mais sa mère est psychanalyste. Il a obtenu un diplôme de sociologue et travaillé en tant que consultant, journaliste économique free-lance et rédacteur de contenus pour un site internet. Il a découvert l'écriture dramatique dans un atelier de scénario. Depuis, le théâtre occupe de plus en plus de place dans sa vie. A Buenos Aires et à Madrid, où il a habité pendant plus de deux ans, il a combiné le journalisme avec l'écriture dramatique. Il habite depuis plus de trois ans à Paris, où il apprécie le volume et la diversité étonnants de la création théâtrale et le haut niveau des comédiens. Il suit un master en Etudes Théâtrales à la Sorbonne Nouvelle, se spécialisant dans les écritures dramatiques contemporaines. Suite à un stage à TheatreOnline, il commence à écrire pour le Journal du Théâtre. Il a un faible pour le théâtre public et pour les écritures contemporaines, mais aime voir et réfléchir sur toutes les formes théâtrales. Dès que nous sentons qu'une pièce de théâtre nous a modifié en quelque sorte, peu importe où elle est jouée ou le siècle où elle a été écrite !
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Myrto Reiss
Entre Athènes, ville natale, et Paris, ville d’adoption, entre les verres pleins et les verres vides, entre la nicotine et la caféine, Myrto a toujours hésité. « C’est le doute qui a toujours fait avancer l’humanité », se rassurait-elle ; et continuait à douter. Mais il y a des évidences dans la vie, qui dissipent d’un coup d’un seul toute hésitation. Lorsqu’en 1992, par hasard, Myrto découvre le théâtre, foudroyée, elle se rend à l’évidence pieds et poings liés. Bien sûr, il va sans dire, elle continue à hésiter. Entre telle ou telle esthétique, entre les classiques et les contemporains, entre les drôles et les pas drôles du tout. Mais au fond, elle ne se sent pas, à vrai dire, obligée de trancher définitivement. Elle préfère se laisser surprendre par la beauté inutile de l’art. Un art qu’elle aborde autant par la théorie que par la pratique. Elle s’affirme dans l’enseignement de théâtre auprès des amateurs, aiguise sa plume de critique partout où sa déontologie le lui permet, puis, plus récemment, se lance dans la mise en scène. Bref, cela fait plus de dix ans que Myrto a attrapé le virus du théâtre et là une chose est sûre : nul vaccin n’existe…
journal@theatreonline.com
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