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« Même si la critique se trompe, ses observations, quoique impertinentes, ne seront jamais inutiles. Il est nécessaire que le poète soit aiguillonné ; il ne faut pas que, selon la merveilleuse expression populaire : « il s’endorme sous ses lauriers ». Il faut que les frelons de la critique le réveillent, et que leurs irritantes piqûres le forcent à examiner son œuvre : presque toujours, en recherchant une erreur qu’il n’a pas commise et que les censeurs lui reprochent, il verra soudain luire des fautes dont nul n’a parlé, et fera son profit de ses propres découvertes. Ainsi, la critique, même si elle est exercée par des impuissants ou des sots, est non seulement utile, mais indispensable aux artistes créateurs. »

 

 

Marcel Pagnol – La Critique des critiques


 


Scènes d’une nuit d’été
David Larre
mercredi 30 juin 2010




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Ce soir, nul besoin de chercher à réparer la climatisation, de traquer l’émoi sportif qui semble avoir déserté la petite lucarne, ou même de trouver du réconfort auprès du énième blockbuster de saison : cet été, c’est sur la scène, souvent en plein air, que le petit supplément d’âme, le rafraîchissement inattendu, le frisson et l’humour, vous seront apportés.



Pour ses vingt ans, le festival Paris quartier d’été, prolonge les bienfaits de sa politique éclectique, en alternant centre et périphérie, spectacles payants et gratuits, danse, théâtre, musique et cirque. Sur la scène construite dans le cadre classique du Palais-Royal, la part belle sera dévolue à la danse contemporaine (reprise de deux pièces de Dominique Bagouet par le Ballet du Grand Théâtre de Genève), aux soirées flamenco (Pastora Galván, sœur d’Israel Galván, Rocío Molina, pour la première fois en France, ou encore Sistema Tango), à la musique pop-rock lyrique et théâtrale de The Irrepressibles (avec son chanteur-phénomène, Jamie Mac Dermott qui rivalise en vocalises extravagantes et déchirantes avec Antony Hegarty) ou au cirque acrobatique d’une troupe de Tanger mise en scène par Zimmermann & de Perrot. Dans les autres salles, la même diversité est de mise : le Théâtre Monfort accueille la reprise de La Dame de chez Maxim (15 au 31 juillet), pièce à succès de la saison passée, vigoureusement mise en en scène par Jean-François Sivadier avec ses comédiens, habitués et néanmoins excellents (Norah Krief, Nicolas Bouchaud entre autres) ainsi que l’épopée arabe classique Baïbars, le mamelouk qui devint sultan, mise en scène par Marcel Bozonnet pour Les Comédiens-Voyageurs, troupe internationale dont les comédiens et musiciens viennent de Syrie, d’Algérie et de France. Venue des antipodes, la compagnie australienne alternative et radicale Acrobat proposera, de son côté, Propaganda un spectacle minimal, ludique et réflexif, au Théâtre de la Cité Internationale (15 juillet-15 août). Le festival investit encore l’Église Saint-Eustache pour quelques soirées de musique sacrée (chants soufis de Mayotte, Anass Habib, récital flamenco d’Inés Bacán) et étend ses ailes dans de nombreux jardins de Paris pour des spectacles musicaux gratuits (tango, klezmer, mandingue, bal à la portugaise, etc.).

Le mois de juillet verra aussi le retour circonstancié de Nous n’irons pas en Avignon pour sa douzième édition (toujours à Vitry-sur-Seine, dans le cadre de Gare au théâtre) : au programme, du théâtre contemporain (Meilleurs Souvenirs de Grado, pour un duo caustique un peu dans l’esprit Deschiens, Et jamais je n’invente, pour des comédiennes italiennes sur des textes de Charlotte Delbo, entre autres), des spectacles jeune public (La Baga Yaga, figure classique du folklore slave, Moi…J’étais où quand j’existais pas ?, Peau d’âne), et de la danse (Focus de la compagnie Sabdag). Le théâtre du Châtelet poursuit également l’expérience des Étés de la danse en invitant le Ballet de Novossibirsk dirigé par Igor Zelensky pour deux classiques (Le Lac des Cygnes, La Bayadère) et une soirée Balanchine (au mois de juillet) : pour information, le ballet ne s’est pas produit à Paris depuis 1967 et sa venue crée l’événement. Un peu plus tard dans l’été, le Tarmac fêtera cinquante ans d’indépendance africaine avec trois spectacles venus du Congo (Dieudonné Kabongo Bashila), du Cameroun (Gustave Akakpo), du Togo (Valéry Ndong), au cours du Festival Sautes d’humour (du 20 juillet au 21 août). A quelques foulées de là, sur l’espace chapiteaux de la Villette, l’ESAC, École supérieure des arts du cirque de Bruxelles, présente Sorties 8, 9, 10, spectacle construit autour de douze numéros mis en scène par Olivier Antoine pour les élèves issus de l’école (du 20 juillet au 14 août). Enfin, dans le courant du mois d’août, l’Aktéon ouvrira son deuxième Festival d’été Jeunes compagnies à des créations et des relectures du répertoire (Labiche, Tchekhov, Mishima).

Si l’effervescence des festivals attire à elle toute l’attention, il serait dommage de négliger les salles de théâtre parisiennes restées ouvertes cet été pour présenter aussi bien des spectacles reconnus qui méritent de prolonger leurs représentations (le charmant Oxu, répertoire lexicologique et pataphysique des traces quotidiens, avec Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Grégoire Œstermann à la Pépinière théâtre, jusqu’au 17 juillet, ou, pour les amateurs d’humour et jusqu’au 28 août, Mission Florimont au Théâtre Michel, mise en scène de Sébastien Azzopardi) que des nouveautés cherchant leur public au cœur de la chaleur estivale (Le Solitaire, monologue adapté d’Eugène Ionesco et joué par François Marthouret dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli au Théâtre de la Madeleine, ou la comédie musicale moderne et déjantée Les Indifférents accessible au Théâtre de l’œuvre jusqu’au 15 septembre). Détente sans coups de soleil ni sable à nettoyer, évasion sans écran plat, fous rires sans fin, il fait parfois bon être parisien.

Photo : The Irrepressibles - Mirror, Mirror / Cour du Palais Royal / du 4 au 6 août 2010

© Yael Fachler 2007


David Larre
 


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