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Un souffle posé…
Une longue dame brune, corps de liane et regard perçant, se campe face à nous. Sandra Aliberti, aux antipodes de la folie vibrionnante de Léo Ferré, s’empare de l’œuvre du maître avec une nonchalance respectueuse. Pour les amoureux de Ferré c’est un pur régal, dommage cependant, qu’elle n’ait pas osé prendre quelques chemins de traverse…
Étonnante personnalité que celle de Sandra Aliberti. À la fois fragile et sereine, elle promène sa silhouette ondulante, un sourire au bord des lèvres, avec une agréable simplicité. Elle a choisi le Ferré amoureux, le tendre, laissant de côté l’anarchiste, bien que figure la chanson La Solitude dite avec une habileté extrême et un envoûtant détachement.
Pour l’accompagner, Sandra Aliberti s’est entourée de deux musiciens suspendus à ses lèvres, émouvants d’attentions et qui ont de surcroît créé les arrangements musicaux. Ils enveloppent l’interprète d’une douce chaleur, tout en flirtant parfois avec des dissonances presque déroutantes. Une très belle réussite musicale conduite par Laurent Valéro, musicien poly-instrumentiste (violon, alto, flûte à bec et bandonéon) et Julien Bienaimé au piano.
Ce trio insolite nous entraîne donc dans l’univers âpre et réjouissant de la langue de Ferré. De l’histoire de Monsieur William, un brave homme qui n’aurait jamais dû s’aventurer sur la treizième avenue aux chansons d’Aragon, tous les textes nous parviennent avec une acuité nouvelle, nous rappelant s’il le fallait, que Léo Ferré est un poète à part entière. Nous regretterons toutefois que les interprétations se succèdent et se ressemblent parfois un peu trop. Un brin d’audace, un soupçon de déséquilibre n’auraient pas nui à la prestation. Mais il reste sans conteste un travail sensible, d’une très belle tenue.
Le Théâtre de la Girandole, lieu atypique et sympathique, demande à ses artistes selon une vieille coutume un peu passée aux oubliettes et c’est bien dommage, d’avoir une première partie. Laure Pierredon, la metteur en scène du spectacle, s’y est donc collée durant les cinq premières représentations (voix sublime au service, entre autres, de Purcell). Reste à découvrir Gilles Avisse le 27 avril et les 11 et 18 mai, Céline Caussimon le 4 mai et pour finir Jean-Pierre Descheix le 25 mai et 1er juin.
Stéphanie Richard |