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Les mondes intérieurs de Johann Le Guillerm
Johann Le Guillerm sonde ses mondes intérieurs sur la piste circulaire. L’artiste de cirque, équilibriste et dompteur d’objets, se lance dans un corps à corps avec la matière. Il fonde son nouveau cirque sur les traces de celui d’antan, au centre duquel l’expérimentateur virtuose met à mal nos logiques cartésiennes. Un univers éblouissant de novation et d’imagination.
Les partenaires en chair et en os ont délaissé l’arène au profit d’objets insolites. Les lions rugissent virtuellement, les trapézistes de bois s’élancent gracieusement dans les airs, et les installations étranges font parfois office de clowns. Johann Le Guillerm orchestre en maître jaloux cet univers qu’il dirige fouet en main. Chaussé d’improbables poulaines métalliques, ce personnage extravagant multiplie regards noirs et grognements de fauve. On suit avidement ses agissements énigmatiques pour découvrir son secret.
L’artiste crée son propre cirque sans quitter le chapiteau traditionnel. Il en garde la piste circulaire, le découpage en numéros, ainsi que le goût pour la prouesse physique. Pourtant, le cirque est subverti de l’intérieur. Le spectaculaire se trouve désaxé : à chaque performance s’énonce ce qui échappe au corps. L’incroyable maîtrise physique de l’équilibriste se confronte à la résistance des objets. Tiges métalliques contorsionnistes, bassines de ferraille ou rondins de bois deviennent tour à tour ennemis ou partenaires.
Sans renier sa dimension spectaculaire, le cirque est ici converti en espace mental. La composition musicale, interprétée en live, participe de cette démarche. Tour du monde sonore tendu entre cors tibétains et bruit des vagues, cet univers revient sans cesse à l’intime. De même, la création lumière, parfois exécutée manuellement par un technicien suspendu au chapiteau, sait combiner les poursuites traditionnelles avec des ambiances tamisées plus propices à une contemplation poétique. L’unité esthétique du spectacle se définit du côté du rituel.
Un nouveau duo s’improvise sous nos yeux entre le corps et la chose autour d’une quête commune de l’équilibre. Les installations empruntent autant à l’art contemporain qu’à la physique. Johann Le Guillerm expérimente à corps perdu les lois de la gravité, de la stabilité, du mouvement. Une nouvelle narration s’invente alors, puisque l’accident et la chute guettent. Tout dans ce « chaos mental » peut se rompre, s’abolir, disparaître. Cette fragilité nous laisse suspendus à chaque mouvement.
L’artiste associé du Parc de la Villette prolonge sa démarche avec le parcours-installation « Monstration », ainsi qu’avec « La Motte – prototype IV », phénomène de cirque minéral et végétal. À découvrir avant ou après le spectacle.
Photo : © Philippe Cibille
Alice Carré |