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Un Zorro à grand spectacle
Zorro ne ferait pas pâle figure à Broadway ! Cette reprise française de la comédie musicale créée à Londres dans la mise en scène séduisante de Christopher Renshaw maîtrise parfaitement ses effets. Cascades, combats à l’épée, danses hispanisantes et images scénographiques grandioses se mêlent à la musique des Gipsy Kings. Après plusieurs adaptations cinématographiques, télévisuelles ou romanesques, la célèbre histoire de cape et d’épée monte sur les planches dans une version inspirée du roman d’Isabel Allende. Ce spectacle au panache réjouissant compte, il est vrai, quelques facilités dans les solos chantés ou dans les dialogues qui alourdissent parfois l’histoire du justicier.

La transformation de Diego de la Vega en Zorro que nous raconte Isabel Allende s’éloigne des représentations traditionnelles du héros masqué. Elle crée un Zorro roi des gitans, un peu fantaisiste, aux faux airs de Lorenzaccio qui œuvre dans l’ombre et feint la couardise. Au centre de l’histoire se trouve la lutte entre deux frères et les déchirements d’un peuple.
Le spectateur ne peut qu’être surpris par la démesure à l’œuvre dans ce spectacle. Son attention est sans cesse relancée au moment propice, au gré d’un rythme effréné. Dès le début, la scénographie imposante, signée par Tom Piper, créateur associé de la Royal Shakespeare Company, nous saisit. De grands drapés aux couleurs moirées laissent apparaître une roulotte de gitans espagnols, la scène se transforme ensuite en une place de pueblo californien, puis en intérieur d’église. Les tableaux dessinés cultivent le spectaculaire sans perdre de vue une esthétique soignée, soutenue par des lumières fastueuses. Le spectacle est scandé par des effets spéciaux quasi hollywoodiens : croix gigantesques qui s’effondrent, plate-forme qui descend des cintres, effets pyrotechniques ou tours de magie sont autant d’occasions d’éblouir la salle. Les chorégraphies de Rafael Amargo, de qualité indéniable, réglées au millimètre, offrent parfois de magnifiques images. Puisant leurs racines dans le flamenco, elles s’en éloignent parfois pour des passages plus contemporains. Enfin, les interprètes, forts de multiples savoir-faire, passent de l’escrime à la danse avec une pareille aisance. Ils savent tout faire, et surtout tenir la scène avec un aplomb et une énergie sans faille.
Quelques clichés défilent certes dans les dialogues, centrés sur les doutes et les errements du jeune héros. Les solos chantés manquent de recherche musicale, ils ont la note bien pâle et la parole un peu niaise ; les interprètes, bien meilleurs dans le show que dans ces parties chantées, s’y enlisent quelquefois. Les chants d’ensemble, inspirés du flamenco ou reprenant les tubes des Gipsy Kings, sont bien plus convaincants. Si l’efficacité de ce spectacle a ses revers, Zorro n’en est pas moins un moment de divertissement pur, où le gigantisme des effets enchante le spectateur. On en ressort ravi, séduit par ce déferlement de prouesses techniques et humaines.
Photo : Brinkhoff / Mögenburg © 2009 ZLL
Alice Carré |