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Cul sec !
« Le comique, c’est un type qui fait rire les gens, en échange de gagner beaucoup d’argent, ce qui d’ailleurs fait beaucoup moins rire les gens quand ils le savent. Ensuite, il en donne un peu au Sidaction, un peu aux vieux pour qu’ils restent plus longtemps vivants dans les hôpitaux et le reste part à St Tropez du 5 juillet au 25 août… » Voici la définition à peine ironique de Pierre Mazar alias Pierre Palmade, de son métier et de sa vie. De l’autodérision à la pelle, du cynisme en paquets de 12, la recette est efficace et le résultat culotté !

Pierre Mazar est un humoriste en panne d’inspiration. Chouchouté par une garde rapprochée des plus hétéroclites, il tente vainement de donner le change à coup de réparties cinglantes, coincées entre deux bouteilles de vodka et quelques amants vite oubliés.
Pierre Palmade a choisi de quitter le one-man-show pour s’offrir une cure de jouvence. Il s’est entouré de sept jeunes comédiens et leur a écrit un rôle sur mesure. Par ordre d’apparition, nous avons : Babeth, la nounou dévouée, Arnaud, l’ami « rigolo » qu’aimerait bien en avoir l’air, M. Godin, le concierge sorti tout droit d’un spectacle des Deschiens, Noémie, la journaliste qui en a l’air, Delphine, la frangine psychorigide qui pète son boulon à ses heures, Alexis, le nègre intello et enfin Jean, l’ex, un haute-contre qui nous fait revisiter La Cage aux folles avec sa célèbre scène de la biscotte.
Et au milieu trône Palmade, qui s’est écrit un rôle qui lui va comme un vieux gant puisque c’était le sien ! Avec panache, il s’égratigne gaiement, brossant de lui un portrait peu flatteur de grand enfant égocentrique et capricieux, incapable de se prendre en main et de faire un thé.
Et il n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère quand il nous parle sans complexe de ses addictions à l’alcool et au sexe, hurlant dès son arrivée en scène contre un amant d’une nuit qui lui a réclamé 600 euros pour avoir daigné coucher avec lui. Dans un langage cul cru pas vraiment cucul et pour autant pas vraiment vulgaire non plus, il nous embarque, laissant parfois pointer une vraie détresse qu’il nomme son élégante solitude. « Pourquoi quand je me lève, c’est tout de suite l’après-midi ? Alors déjà que je ne me souviens pas de mes nuits, si on m’enlève les matins, il va pas me rester beaucoup de temps pour me faire des souvenirs… » .
Un spectacle corrosif, intelligent, qui flirte avec les limites de l’impudeur sans jamais les franchir. Il fallait le faire, le pari était ambitieux et le voici relevé par huit comédiens à l’homogénéité réjouissante.
Stéphanie Richard |