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Bienvenue chez les Shitz
Farce truculente et outrancière, Shitz nous plonge dans l’ordinaire haut en couleurs de petites gens mesquines. Dans un monde sclérosé où le coût de la vie est de plus en plus prohibitif, les convoitises vont bon train et le couple insolite formé par un militaire avide et une boulimique rondouillarde n’a qu’une obsession : éliminer le père de cette dernière afin d’empocher l’héritage.
Humour caustique, langage imagé et méchanceté jubilatoire : bienvenue dans l’univers de Hanokh Levin !

Grinçante et féroce, cette pièce nous permet de découvrir un important auteur israélien dont l’œuvre prolifique n’a jamais cessé de jouer la carte de la provocation. Dans Shitz, Levin épingle la société de consommation, le désir excessif de possession et égratigne les jeunes comme les vieux. Avec une liberté tout à fait jouissive, il manie allégrement le verbe, multiplie les répliques sarcastiques, pousse les situations jusqu’à l’extrême et n’hésite pas à conjuguer poésie et scatologie. Ici, on ne flirte pas avec le mauvais goût, on y plonge la tête la première mais avec une telle délectation que cela en devient un manifeste. On parle sans ambages de flatulences, de vomi ou de couilles bien remplies pour mieux montrer, sans doute, la vulgarité de ce monde.
Dans un décor de meubles de cuisine remplis à bloc de junk food, les personnages se détestent, se disputent et se déchirent, pour un maigre bout de saucisson ou quelques pièces. Pourtant, malgré les ignominies de chacun, on ne peut s’empêcher d’éprouver pour eux une certaine tendresse. D’une part, parce qu’il sont servis par une troupe d’une grande homogénéité, d’autre part parce qu’au milieu de toute cette noirceur, il y a parfois une lueur d’humanité qui pointe. Bien qu’enfoncés jusqu’au cou dans leurs vies dérisoires, ces êtres ont néanmoins des maigres rêves de bonheur qui ont la particularité de s’exprimer en musique.
Comédie en chansons, Shitz bénéficie en effet d’une musique originale de Philippe Müller (compositeur de la B.O. de Jeanne et le garçon formidable), jouée sur scène par un contrebassiste et un saxophoniste. Complètement intégrées à l’histoire, ces chansons enrichissent la caractérisation des personnages en révélant leurs aspirations intimes, tantôt fantaisistes, tantôt graves. Entrecoupant un texte qui souffre parfois de quelques longueurs, elles apportent une plaisante respiration et nous donnent à penser que dans ce monde cruel subsiste parfois un peu d’espoir.
Photo : © Patrick Henry
Stéphane Ly-Cuong |