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A l'affiche du 11 janvier
au 4 mars 2006

La Nuit est mère du jour
Aktéon

11, rue du Général Blaise
75 011  Paris

Face au square M. Gardette
Bus : 46, 56 (arrêt Saint Ambroise), 69 (arrêt Chemin vert-Parmentier)
Métro St Ambroise (ligne 9) : longer l'église par la droite, traverser l'avenue Parmentier, continuer dans la rue Lacharrière, trouner à la première dans la rue du Général Blaise, c'est au n°11.
Métro St Maur (ligne 3) : prendre la rue St Maur (sens inverse des voitures), tourner dans la rue Lacharrière (3ème à gauche), puis tourner dans la 2ème à gauche dans la rue du Général Blaise, c'est au n° 11.
Métro Père Lachaise (ligne 2) :  descendre la rue du Chemin Vert (sens des voitures), tourner à droite dans la rue du Général Guilhem, puis à gauche rue Rochebrune, puis à droite dans la rue du Général Blaise, c'est au n°11.
Station Vélib : rue Saint Ambroise

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La Nuit est mère du jour
Aktéon (Paris)

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Enfer familial

A deux pas du spectateur, dans la petite salle de l’Aktéon, quatre comédiens convaincus l’invitent à plonger dans l’intimité d’une famille en panne. Au moment où ils sont saisis par l’écriture, le père, la mère et les deux fils créent depuis longtemps leur propre enfer. Ils y étouffent sans pouvoir s’en échapper, attachés par des fils invisibles de dépendance. Le nœud gordien des névroses menace d’être tranché par un acte atroce. La proposition sincère d’Yvan Garouel, formellement ancrée dans un réalisme très classique, montre, grâce à un intelligent travail de direction d’acteurs, la détresse et la violence dans leur proximité avec le comique. Ceux qui suivent l’écriture du poète et dramaturge suédois Lars Norén auront aussi l’occasion de découvrir cette pièce encore inédite en français, dans la traduction fluide et bien adaptée à la scène d’Yvan Garouel, Mattias Nilsson et Eric Taron.



Martin, le père (Patrice Melennec), est comme un impuissant chef de camp qui contemplerait, avec un sourire de désespoir, la déroute. L’affaire familiale, un hôtel de vingt chambres où ils habitent, et que personne ne visite, est proche de la faillite, cristallisation d’une crise familiale en phase terminale. Martin n’est plus respecté par ses fils, ses restes de dignité se réduisent à un infantilisme irresponsable et il se dérobe à l’insupportable réalité en buvant en cachette, recouvrant son malheur d’une fausse et grotesque gaieté. Elin, la mère (Julie Ravix), aussi dure qu’émotionnellement handicapée, menace de tout abandonner, mais reste prisonnière des rets de son petit univers.



Les fils font ce qu’ils peuvent, mais les outils pour s’en sortir leur font défaut. George, l’aîné (Jean Tom), tente de racheter le naufrage parental avec un excès de sérieux et un strict sens de la responsabilité qui, à tout moment, est prêt à dériver dans une explosion de violence. David, le plus jeune (très bon travail d’Alexandre Barbe), adolescent désœuvré et en recherche de son identité sexuelle, ne sachant que faire de sa sensibilité torturée, passe de l’épouvante au cynisme, de la souffrance au sadisme, et permet de prévoir un avenir d’artiste ou de psychopathe, selon sa chance et son talent.

Lars Norén nous installe donc dans un référent très réaliste qu‘il traite dans une forme plutôt classique de théâtre, non démentie par la mise en scène : un quatrième mur solidement bâti, derrière lequel les personnages incarnés par les comédiens jouent leur drame dans un banal décor de cuisine et de salle à manger. Mais, si elle ne cherche pas à innover la forme théâtrale, l’écriture de Norén, bien portée par des comédiens qui, en honnêtes artisans, l’incarnent avec conviction et justesse, ne lâche pas un instant sa tension ironique, ni une violence et une intransigeance nordiques qui la rendent tout à fait intéressante.



La violence grince en mineur, banale, sans grandiloquence ni pathos, côtoyant le grotesque. Les comédiens, adroitement, restent dans le réalisme, et de cet écart entre réalisme et grotesque naît la tension comique. Avec une grande sensibilité à la mécanique du malheur, Lars Norén nous met face à des comportements plutôt que de dérouler une histoire clinique. Les origines des malheurs sont délibérément laissées dans le vague : on devine des illusions fugaces, des déceptions promptes, le rapide enlisement dans une situation insupportable.



On dit qu’une arme chargée au premier acte se décharge au dernier. Lars Norén charge les armes sans cesse, mais ne les décharge pas. Saisis entre un passé brumeux et un avenir inquiétant, les membres de cette famille ouvrent une à une, sans les franchir et restant en équilibre sur le seuil, les portes de la monstruosité.

Photos : © Daniel Riety


Guillermo Pisani
 


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