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A la recherche d’une entente disparue
« Dans les années soixante, à Tizi-Ouzou, comme dans tout le reste de l’Algérie, c’était au cinéma que nous faisions notre apprentissage de la vie. » Fellag commence ainsi son spectacle : point de départ d’une évocation pleine d’humour et de tendresse de sa jeunesse, avec, à l’arrière-plan, la guerre d’Algérie et l’Indépendance. De la première et surprenante rencontre avec des soldats français dans son village de Kabylie aux parties de football dans les faubourgs d’Alger, son récit est un catalogue d’anecdotes malicieuses et de clins d’œil complices au public, conquis d’emblée.
Né en 1950 dans le village de Azzefoun, en Kabylie, Mohand Saïd Fellag arriva huit ans plus tard à Alger où il entra à l’école primaire et apprit le français et l’arabe. Quelques années plus tard, il fut reçu à l’école du théâtre d’Alger grâce à une interprétation très originale du Cid. Son spectacle, en partie autobiographique, est largement inspiré de son expérience personnelle, oscillant perpétuellement entre deux cultures et entre la langue française et l’arabe.
La société algérienne des années soixante n’étant pas propice aux rapprochements sentimentaux, c’est au cinéma que l’auteur fit ses premières armes grâce à des actrices, comme Silvana Mangano ou Silva Koshina, oubliée aujourd’hui mais qui eut son heure de gloire à l’époque des péplums. Cette éducation sentimentale cinématographique a plongé le jeune Fellag dans les affres de la passion et lui a ouvert les yeux sur le monde.
Le dernier chameau, évoqué dans le titre, est en fait un hommage au cinéma de cette époque : il fut le premier comédien algérien qui tourna aux côtés de Jean Gabin, Marlène Dietrich ou Rudolf Valentino et l’ultime témoin de cet âge d’or du cinéma colonial. Fellag se souvient et recrée avec humour et nostalgie le spectacle global des séances de cinéma où le doublage des comédiens arabes était fait avec l’accent pied-noir, où le projectionniste intervenait pour commenter les résultats du match de foot en cours et où une mère venait cherchait son fils et interrompait à grands cris la magie des images.
Son récit est ponctué d’anecdotes chaleureuses sur la vie des familles algériennes et leur confrontation avec les mœurs françaises, de la réunion des femmes autour du poste de radio chaque après-midi, à l’attribution de nom de famille occidentalisés en passant par le rassemblement devant la boutique d’électroménager pour regarder la télévision : chaque souvenir reste vivant et Fellag réussit l’exploit de faire rire de tout et de réconcilier tout le monde.
Laurent Rousseau |