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Sainte Jeanne des abattoirs

David Larre
jeudi 28 septembre 2006


Sainte Jeanne des abattoirs est une pièce militante, une dénonciation de la nécessité prétendument naturelle du capitalisme et de sa justification religieuse. Parti d’une analyse de la dérégulation du marché de la viande à Chicago pendant la crise économique de 1929, Brecht invente une situation archétypale qui se prête plutôt bien à une actualisation contemporaine : la dénonciation de la précarité du travail ouvrier, instrumentalisé par la recherche du profit, épingle au passage le Medef et les multinationales. Pour affûter ce geste militant, Catherine Marnas invente avec ses comédiens, ses assistants et techniciens, une mise en scène brillante de vigueur et d’intelligence qui joue parfaitement son rôle à la fois critique et spectaculaire.

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Les Marchands

Guillermo Pisani
jeudi 28 septembre 2006


Créateur d’une œuvre parmi les plus intéressantes de la scène française, écrite autant avec des mots qu’avec de la lumière, du son, de l’espace et les corps d’une équipe de comédiens dévoués, Joël Pommerat commence à recevoir la reconnaissance qu’il mérite. Les Marchands achève brillamment la trilogie entamée avec Au Monde en 2004 et suivie avec D’une seule main en 2005, où l’auteur-metteur en scène s’approche, d’une façon tout à fait personnelle, d’un théâtre politique. Après avoir sondé le pouvoir économique et politique dans l’intimité d’une famille d’industriels et d’une famille liée à l’Etat, c’est toujours par l’intime que Joël Pommerat arrive à toucher aux questions de notre époque : ici, celle du monde du travail, que soulèvent une ouvrière au chômage, son amie, ses proches, et les aléas de l’usine où ils travaillent. Ce sont eux les marchands, qui n’ont rien d’autre à vendre que leur force de travail. Leur vie est leur ultime marchandise, qu’ils échangent volontiers contre ce qui leur permet de continuer à vivre. Ce serait faux pourtant de penser que le théâtre de Joël Pommerat se réduit au traitement d’un sujet. Il cherche plutôt à rendre la réalité dans son ambiguïté et sa complexité, dans ce qu’elle a d’évident et à la fois d’insondable, produisant une œuvre ouverte où l’imagination du spectateur contribue activement à la construction du sens. Beau, poétique, poignant, prégnant, le théâtre de Joël Pommerat est devenu incontournable.

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Amour et chipolatas

Guillermo Pisani
lundi 25 septembre 2006


Dans une semaine, la très tonique Margot va faire le grand pas de sa vie : avec un « oui », elle deviendra l’épouse de Tanguy… A moins qu’elle ne finisse par dire « non » ? Que c’est compliqué de se décider ! Surtout si son aimé est un type trrrrrès violent et trrrrès jaloux, et qu’il risque de casser les saladiers de ti-punch sur la tête de tout convive qui regarde de trop près la mariée… Pas étonnant que Margot soit rongée par le doute. Et quelle meilleure idée, avant de se résoudre, que d’inviter ses trois premiers amours à un barbecue convivial, histoire de se donner un peu de courage et, en passant, de mettre à l’épreuve son futur mari ? Amour et chipolatas est la première pièce de Jean-Luc Lemoine, comédien et auteur de one man shows qui s’est fait connaître du grand public en intégrant en 2000 « la bande à Ruquier » et qui a déjà donné à la scène sa deuxième pièce, Le Sens du ludique. Amour et chipolatas est une petite comédie drôle, bien servie par une équipe de comédiens sympathiques et en bonne entente qui savent gagner la faveur du public.

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Le Molière imaginaire

Sophie Lesort
lundi 25 septembre 2006


L’idée des deux auteurs, Jean-Michel Bériat et Yvan Varco, d’inventer une rencontre entre Louis XIV et Molière le jour où les répétitions du Tartuffe sont interrompues sur ordre du roi, donne l’occasion de dépeindre le contexte historique d’une époque. Entre confessions intimes, bouffonneries, histoires invraisemblables et faits réels, ce Molière imaginaire interprété par Pierre Santini et Benoit Solès, traduit les tourments inhérents au dramaturge, ses doutes, ses espoirs, ses certitudes. Même si la pièce se perd quelque peu à la fin, le fil conducteur est drôle, l’intention opportune et le concept original.

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Comment te le dire ?

Guillermo Pisani
vendredi 22 septembre 2006


Entre dialogues fragmentaires et monologue polyphonique, à travers le portrait des étourderies sentimentales de Tata François, « enfant quadragénaire » maternel et généreux, aveuglé par la convoitise de son jeune copain, Armando Llamas décortique les relations humaines actuelles qui, se voulant modernes, reproduisent les sempiternels modèles réactionnaires, et dépeint les pièges que nous tend la société de lobotomisation contemporaine, où nous sommes tous susceptibles de tomber. Humour grinçant et critique acerbe se mélangent dans la parole à la fois âpre et poétique de ce texte inédit foudroyant, l’un des derniers de cet homme de théâtre complet récemment disparu, né en Espagne mais grandi dans la même Argentine qui a si bien couvé des personnalités théâtrales telles que celle de Copi, d’Alfredo Arias ou de Jorge Lavelli. Comment te le dire ? est l’interrogation d’un auteur cherchant à exprimer avec lucidité et acrimonie, rage et humour, le monde qui l’entoure. Une recherche à la fois poétique et formelle, ancrée dans le besoin profond de secouer le spectateur, de solliciter son intelligence, de réveiller son sens critique. Entre la pensée et les mots, le lien est direct, cru, juste. Carole Thibaut, aiguë connaisseuse de l’univers de Armando Llamas, éclaire cette écriture subversive en s’appuyant sur une réalisation vidéo et sur le travail engagé du comédien Guillaume Veyre, pour créer un spectacle intense qui aère et tonifie les méninges.

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Désirs amoureux

David Larre
mercredi 20 septembre 2006


Dans la pénombre, au bout de la poursuite, apparaît un corps mutant, visage masqué et remplacé par un appendice de laine, une tête d’homme enfantine. Comme chacun des nombreux personnages qui suivront, celui-ci racontera, à mots choisis, l’état de son désir, la place du corps dans la recherche de l’amour, l’histoire tremblée de cette quête charnelle. A mi-chemin entre la force brute du témoignage et la distanciation du théâtre de masques et de marionnettes, Geneviève de Kermabon incarne chacune de ces voix, dans un ballet stylisé des corps où le désir brille surtout par sa difficulté à se dire, son obscurité fondamentale.

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Dura Lex

Danielle Dumas
mardi 19 septembre 2006


Après avoir reçu le Prix Adami-Jeanne-Laurent du meilleur spectacle Avignon Off 2005, et connu le succès au Théâtre National de Luxembourg, Dura Lex arrive à Paris, et comme elle nous parle de l’injustice dans un monde qui criminalise la misère, cette pièce devrait recevoir un accueil favorable, au moment où le système judiciaire et pénal français est déstabilisé par un certain nombre « d’erreurs ». On comprend que Marianne Groves, qui signe l’adaptation de la pièce américaine, ait été séduite par la croisade de Stephen Adly Guirgis. Ce jeune auteur américain questionne le spectateur sur le fonctionnement d’une justice qui s’attache à la forme de l’accusation et n’analyse pas le fond, comme l’examinait en son temps la pièce de Reginald Rose, Douze Hommes en colère.

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En toute mauvaise foi

David Larre
lundi 18 septembre 2006


Écartelé entre l’humour et la chanson, l’oisiveté subie et la prétention de rassurer la jeune femme avec qui il vit, le personnage bohème incarné par Jérôme Daran, loser qui se la raconte, blagueur lourd et sympathique, se perd le plus souvent dans des complications qu’il a créées de toutes pièces. Ces tranches de vie alternent avec des séquences extraites d’une impossible émission de télé-réalité, « Raconte-nous ta life », où des personnages caricaturés avec un sens indéniable du grotesque font assaut de bêtise : l’homo assumé mais pas tout à fait, la remplaçante avinée d’un établissement scolaire, le Franc-comtois Daniel Pourcelot monté à la capitale pour réussir dans le show-biz, etc. Dans ses meilleurs moments, Daran retrouve la verve « hénaurme » et savoureuse d’un Coluche.

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Œdipe, tragedia dell’arte

Myrto Reiss
lundi 18 septembre 2006


Œdipe et son destin tragique se passent aisément de présentations et attirent autant d’analyses que d’extrapolations. De là à en faire une comédie, il n’y a pas de quoi en faire un complexe ! Pour la compagnie de Vive Voix l’histoire de la famille des Labdacides devient un matériau de pure jubilation théâtrale. Fidèles à la tradition de la commedia dell’arte, les quatre complices s’emparent du canevas du mythe, chaussent leurs masques, poussent la chansonnette, brodent sur l’actualité, inventent un happy ending et créent un spectacle inventif et amusant. A découvrir en famille !

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L’Ecclésiaste, tout est fumée

David Larre
lundi 18 septembre 2006


La mise en scène des grands textes des traditions spirituelles est une gageure. Les œuvres attribuées à la main de Salomon par la tradition juive sont en effet des monuments intimidants : Cantique des cantiques, Proverbes, Qohélet. Ce dernier, plus connu sous le nom de L’Ecclésiaste, longue déploration de la vanité de l’existence, a irrigué le théâtre de Shakespeare à Claudel. Il y a quelques années, Sami Frey en avait proposé une très belle lecture musicale. C’est aujourd’hui Jean O’Cottrell qui, non content d’adapter le texte, l’interprète, dans une mise en scène de Philippe Adrien, minimale mais puissante en effets, sur un accompagnement musical du pianiste Jean-Marie Sénia. Force du verbe et de son incarnation, beauté minérale du timbre de l’acteur, magnifique scénographie dans les variations de fonds noirs à la Soulages, musique vibrante et variée, le spectacle est une grande réussite.

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Le Jardin

Guillermo Pisani
lundi 18 septembre 2006


Dans les grandes villes, milieu propice à l’anonymat et à la méfiance déguisée en urbanisme, plus on est nombreux, plus on risque de se trouver seul. Et la solitude, c’est connu, n’est jamais aussi pénible qu’au milieu de la foule. Le quartier peut être alors l’endroit où se récréent des liens communautaires, pour peu qu’on ose se parler les uns aux autres. Dans un petit jardin de quartier accolé à un cimetière, cinq personnages urbains vont se bricoler une vie de famille au fil de leurs rencontres et au long des quatre saisons de l’année, dépassant leurs réticences, leurs névroses et leurs différences. La plume vive à l’humour décapant de Brigitte Buc et cinq comédiens réjouissants de sympathie et de justesse réussissent cette comédie de mœurs drôle et tendre. Une façon fort agréable de commencer la rentrée théâtrale.

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Le Magnolia

Danielle Dumas
jeudi 14 septembre 2006


Jacques de Decker avec ce Magnolia, présente une femme partagée entre deux hommes, deux univers, et qui hésite à s’engager pour la vie. Face à elle, ses amants semblent bien naïfs. Près d’elle une autre femme, Joséphine-Charlotte, qui a choisi de vivre avec une femme, mais voudrait tout de même un enfant. On devine les chassés-croisés. Quatre jeunes comédiens interprètent des personnages que les films de Rohmer ont rendus familiers, des êtres qui hésitent devant « l’hécatombe des possibles », et à qui il faudra un coup de pouce du destin pour choisir. Alain Cerrer, qui est aussi comédien, met en scène avec finesse cette comédie pleine de charme et de réminiscences.

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Fermeture définitive

Sophie Lesort
jeudi 14 septembre 2006


Stephan Meldegg, le directeur du Théâtre La Bruyère, a toujours prouvé qu’il avait un talent certain pour découvrir de jeunes auteurs et oser monter leurs oeuvres sans tête d’affiche ni star tapageuse. C’est sans aucun doute la raison du succès de cette salle où son directeur accueille lui-même son public avec, bien entendu à ses cotés, la charmante comédienne et auteur Attica Guedj. Pour cette rentrée, il met en scène une pièce étrange et drôle, écrite à quatre mains par Benjamin Bellecour et Pierre-Antoine Durand qui relate l’histoire d’un homme suspendu entre deux vies.

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Votre Serviteur Orson Welles

David Larre
mardi 12 septembre 2006


Orson Welles, réalisateur génial et maudit, vit sa dernière année comme il a toujours vécu, dans la recherche de subventions pour un projet grandiose, un Dom Quixote qui porte en lui tous les espoirs et les regrets de son existence. A l’image de l’hidalgo de Cervantès, il part une dernière fois en lutte contre l’impossible. Il est aidé en cela par un ingénieur du son qui, tel Sancho Pansa, essaie de lui sauver la mise (à défaut de l’honneur), en lui faisant enregistrer des publicités commerciales pour la radio. Entre blessures d’orgueil et reconnaissance de la nécessité, Orson Welles se raconte et se rebelle, égrène les souvenirs d’une vie « bigger than life » et laisse tonner puis s’adoucir cette voix qui a tant fasciné l’Amérique et qui pourrait bien lui survivre.

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Sur le Fil

David Larre
lundi 11 septembre 2006


Sur un motif ténu, une simple erreur téléphonique, deux êtres que rien ne devait rapprocher apprennent à se connaître à distance et à s’aimer. Le rituel du coup de fil quotidien scelle pour eux une étrange liaison où l’imaginaire a la part peut-être trop belle : entre rêveries, aveux et mensonges, promesses et dérobades, le duo se laisse emporter à la limite de la rencontre. Franchira-t-il le seuil ? Écrite par Sophie Forte, la pièce insuffle une drôlerie savoureuse à une situation qui explore, jusqu’au final, les recoins les plus sombres et lumineux de la passion.

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Les manuscrits du déluge

Danielle Dumas
vendredi 8 septembre 2006
Théâtre Tristan-Bernard


Ils avaient eu des vies, des amours, des enfants. Mais les années ont passé, les enfants sont partis, et les anciens du village se sont retrouvés seuls, entre eux. Autant pour conserver la mémoire de ce qu’ils sont, que pour les intéresser encore à leur existence, Sam qui fut professeur avant d’être vieux, les a convaincus que leurs récits étaient « précieux ». Mais le destin en a décidé autrement. Un déluge de pluie a entraîné la crue de la rivière, un fleuve de boue a tout emporté sur son passage, les maisons, les amis, l’église, la mairie, les manuscrits. Le « désastre naturel » est devenu « tragédie nationale ». Ce n’est pas le côté matériel du cataclysme qui intéresse Michel-Marc Bouchard, mais la catastrophe humaine que représente la perte des repères. Comment vit-on quand tout ce qui servait de support à sa mémoire a disparu ? Pourquoi vivre quand le seul élément qui vous liait encore à elle, et aux autres, a disparu…

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Rutabaga swing

Danielle Dumas
vendredi 8 septembre 2006


C’est un « temps déraisonnable » que celui des guerres. Et la noire période de 1942 à 1944 contient plus de folies que les hommes n’avaient recensées. Les uns se nourrissaient de haine et de rutabagas, les autres vivaient d’espoir. Didier Schwartz réunit les optimistes et les pessimistes dans Rutabaga swing, pour une vision colorée de l’Occupation, qui mènera à la victoire, en chantant. A la demande de Philippe Ogouz, le metteur en scène, qui avait, dans la tonalité tragique, donné Une Petite fille privilégiée et La Rafle du Vel’d’Hiv, Didier Schwartz a écrit une œuvre qui tient du vaudeville, de la comédie, du mélodrame, et du cabaret, et le résultat est excellent. Ce spectacle hybride suscitera sûrement des réticences comme en surgirent, à leur création, La Grande Vadrouille, Cabaret ou Le Silence de la Mer, mais le mélange des genres permet de mieux approcher du vraisemblable, et donc de l’humaine réalité.

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Le Cabaret des hommes perdus

Danielle Dumas
vendredi 8 septembre 2006


Au cabaret, on fait rarement dans la dentelle. On préfère la résille et le clinquant. Les paillettes et les strass éblouissent, mais c’est souvent pour cacher les cernes, éclairer les solitudes, sécher les larmes. L’ironie transcende l’amertume, et Le Cabaret des Hommes perdus répond à cette attente. Le spectacle est né de la commande d’un jeune metteur en scène de talent, Jean-Luc Revol, à un auteur, Christian Siméon, dont le génie est lié à l’extravagance, (on se rappelle La Priapée des écrevisses ou Landru et fantaisies). L’auteur n’avait jamais encore écrit de comédie musicale, mais il a saisi la chance qui s’offrait à lui de travailler avec un jeune compositeur inspiré, Patrick Laviosa, et des comédiens chanteurs rompus à toutes les ficelles du cabaret. Le résultat ? Un spectacle jubilatoire…

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Loupiotte

Catherine Robert
mardi 5 septembre 2006


Deux loupiots aux airs de farfadets mélancoliques, deux étonnants voyageurs à la jeunesse mâtinée de gravité, un peu Rimbaud aux poches crevées et au paletot idéal, un peu Keaton soudain rendu à la légèreté de la glissade, Antoine Guiraud et Kamel Isker déploient sur scène une inventivité et une souplesse artistique prometteuses. Mine de rien, en partant d’une situation à la Godot, les deux personnages qu’ils campent entament une traversée de l’existence et de ses aléas poétique et drôle. Belle maîtrise du geste et borborygmes des jeux d’enfance, souplesse du corps et vélocité des enchaînements scéniques : leur spectacle, soutenu à la régie son par Laetitia Poulalion, est une prestation sympathique et plaisante qui mérite vraiment d’être découverte.

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Théâtre et handicap
Catherine Robert
lundi 4 septembre 2006




« En présence d’un oiseau à trois pattes, faut-il être plus sensible à ceci que c’est une de trop ou à cela que ce n’est guère qu’une de plus ? » demande Georges Canguilhem dans La Connaissance de la vie. Et la qualité de son chant, pourrait-on ajouter, diffère-t-elle selon le nombre de ses pattes ? Les personnes handicapées, à l’heure du « tout pour tous » que revendiquait déjà Hugo dans William Shakespeare, demeurent souvent à la porte du temple de l’art sur le fronton duquel est encore inscrite l’interdiction d’y pénétrer pour tous ceux dont l’existence suppose des aménagements. Spectateurs ou acteurs, les personnes handicapées sont en marge d’une institution qui continue à confondre la moyenne et la norme. Contre l’aveuglement, la cécité et l’immobilisme d’une société qui peine à intégrer toutes les différences, certains tâchent, avec dynamisme et passion, de réconcilier les arts de la scène et le handicap, dans un esprit de découverte, de tolérance et d’ouverture.

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