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V.

David Larre
mercredi 15 octobre 2008


V., comme violence du verbe, victoire incertaine de la poésie sur la barbarie, vers rigoureux du poète contre vitupération ordurière du skinhead. Le décor est planté : un homme venu honorer au cimetière la mémoire des siens trouve un « sauvageon » en train de noircir les tombes de slogans haineux. L’affrontement de l’homme de lettres et du hooligan se présente comme le symptôme d’une lutte des classes ayant mal tourné, d’une transmission avortée de la culture classique, pourrie sur pied, écrasée sous les Doc Martens du marginal. Dans ce poème dramatique, duel langagier empruntant une multitude de tons, de l’épique au lyrisme social, Tony Harrison laisse entendre toute la vigueur de son engagement et dénonce les illusions hypocrites du politiquement correct. La mise en scène de Claude Guerre, à la fois frontale et habile, laisse la part belle à un comédien d’envergure, Guillaume Durieux, à la force d’expression remarquable.

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Blanche Neige

Guillermo Pisani
mardi 14 octobre 2008


Blanche Neige, ni plus ni moins. Ou plutôt plus. Le chorégraphe et directeur du Centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence, Angelin Preljocaj, met en danse le conte des frères Grimm, sur des morceaux choisis de Gustav Mahler, avec les vingt-six danseurs de sa compagnie au complet vêtus des prodigieux costumes créés par Jean-Paul Gaultier, dans les décors féeriques de Thierry Leproust. Tableaux d’ensemble foisonnants, pas de deux intimes et virtuoses, Preljocaj déroule un ballet narratif envoûtant empli de la cruauté et du potentiel érotique du conte. Magnifique.

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Déchargeurs

Stéphanie Richard
mardi 14 octobre 2008


Petit’Ô est un petit être en devenir. Découvrir le monde, c’est enivrant et bousculant. De l’air qui rentre d’un coup dans les poumons, à l’eau qui fait des bulles, tout est source d’émerveillement. Entre plaisir sensuel des mots, magie de la lumière et trouvailles sonores, les trois comédiennes jouent et rebondissent avec une excitation enfantine. Un spectacle tout en finesse, très joliment chanté à trois voix et interprété avec gourmandise. Du doux pas mou du genou pour bout de chou avec ou sans doudou.

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Tokyo Notes

David Larre
lundi 13 octobre 2008


Le Festival d’Automne crée l’événement en invitant le dramaturge Oriza Hirata à mettre en scène son célèbre Tokyo Notes à Gennevilliers. La pièce, conçue à partir des allées et venues de visiteurs d’un musée où affluent les tableaux sauvés in extremis d’une Europe à feu et à sang, se présente comme un dispositif à la fois non spectaculaire et très impressionnant. Les comédiens proches du public sont pris dans une agitation triviale, des dialogues presque insignifiants qui laissent apparaître, de non-dits en décalages infimes, de joies surfaites en plaisirs retardés, les béances de vies traversées par l’angoisse de la séparation. Par son esthétique du peu, son mélange unique de radicalité et de délicatesse, le spectacle frappe à double détente, une caresse au cœur, une invite à l’intelligence. Le coup est magnifique.

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Equus

Myrto Reiss
lundi 13 octobre 2008


Inspiré d’un fait divers bouleversant, Equus met en scène le face à face douloureux et passionnant d’un psychiatre et de son patient, interné pour avoir crevé les yeux de six chevaux. La pièce, écrite par Peter Shaffer au début des années soixante-dix, fait un brillant parcours : elle tient l’affiche pendant plusieurs années à Broadway, reçoit des nombreux prix, puis Sidney Lumet l’adapte au cinéma et confie à Richard Burton le rôle du docteur, et revient en force d’outre-Atlantique l'année passée avec Daniel Radcliffe (alias Harry Potter) dans le rôle du jeune patient. Autant d’arguments pour faire en sorte que la vieille Europe ne soit pas en reste. Pari réussi, servi par une distribution pertinente et généreuse.

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Le suicidé

Myrto Reiss
lundi 13 octobre 2008


Qu’y a-t-il de commun entre un saucisson et un revolver ? Comment un chômeur sans ambition s’érige-t-il en martyr collectif ? Comment un quiproquo improbable finit par donner un vrai sens à la vie ? Volodia Serre, metteur en scène trentenaire, se penche sur les rouages de la comédie de Nicolaï Erdman et fonde son travail sur l’esthétique du grotesque. Et pour mieux nous rappeler que l’essence du théâtre, au-delà des discours, est le jeu, il réunit autour de lui une douzaine de comédiens débordants d’énergie, les fait accompagner au piano par un « homme-orchestre » et voilà que Le suicidé ressuscite ! Ce spectacle, lauréat 2006 du prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène, est captivant de simplicité et de dynamique.

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Les Amoureux

Guillermo Pisani
lundi 13 octobre 2008


Constat récurrent de la dramaturgie européenne du XVIIe et XVIIIe : l’amour n’est pas chose simple ! Succombant tour à tour à la jalousie, à la méfiance, à l’insécurité, à l’orgueil et à d’autres beaux sentiments de ce genre, Eugenia et Fulgenzio, jeunes gens amoureux que tout devrait réunir, se débrouillent pour bouder leur bonheur. De cette perspicace et comique étude de la passion amoureuse composée par Carlo Goldoni, Gloria Paris tire un spectacle intelligent et soigné qui, reposant sur une belle distribution au jeu vivifiant, ne se refuse pas une veine populaire.

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Fin de partie

Stéphanie Richard
mercredi 8 octobre 2008


Le rideau de fer lourd et grinçant s’ouvre. Un homme est là, qui se tient debout ou presque. Le monde lui est apparemment tombé sur les épaules. Il regarde les minuscules fenêtres de part et d’autre de la scène, à trois mètres de hauteur. Il va chercher un escabeau, le place sous une fenêtre, monte dessus et ouvre le rideau. Il redescend, fait quelques pas, revient en arrière, prend l’escabeau, l’installe sous l’autre fenêtre, monte et ouvre le rideau. Il repart, se ravise, prend l’escabeau, monte, regarde par la fenêtre et… rit. L’univers de Beckett s’ouvre devant nous, entre vide absolu et obsession douloureuse.

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Dedans Dehors David

Myrto Reiss
lundi 6 octobre 2008


Après un triptyque (dont le deuxième volet, Fées, saisissait par son étrange beauté) remuant le néant qui paralyse les derniers nés de la génération X, après une collaboration constante avec Ronan Chéneau pour l’écriture, le jeune metteur en scène David Bobee s’empare pour la première fois du texte d’un autre. L’américain Dennis Cooper fait partie de ces auteurs post-beatnik, un peu trop « destroy », se revendiquant de la culture punk. De son premier roman, Closer, composé de huit chapitres – portraits trash de post-adolescents, David Bobee choisit celui où la violence est la plus intériorisée et donne l’occasion à Fanny Catel-Chanet de réussir une performance de haute qualité, dans l’interprétation du singulier et ambivalent personnage de David.

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Scènes de la vie conjugale

David Larre
vendredi 3 octobre 2008


L’image figée, sourire impénétrable et naïve confiance en soi, du couple parfait. Johan et Marianne sont mariés depuis treize ans, ont deux filles, une vie sociale bien remplie et jouissent d’un accomplissement professionnel enviable. Quand petit à petit, dans un dévoilement aussi banal qu’inexorable, les fissures du bel édifice relationnel apparaissent pour se transformer en béances : compromis intenables, reproches contenus et soudain expulsés avec rage, infidélité notoire, le couple part à vau-l’eau. Sans pour autant cesser de s’aimer. Sur la scène du Théâtre Mouffetard, les deux comédiens, Muriel Jacobs et Alain Leempoel, empoignent avec vigueur la partition d’Ingmar Bergman, dont la violence verbale et l’amère lucidité résistent bien au temps, et proposent un beau moment de théâtre qu’une mise en scène parfois conventionnelle, parfois brillante ne parvient pas à affaiblir.

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Les Contes de la petite fille moche

Stéphanie Richard
vendredi 3 octobre 2008


« Quand on est moche et qu’on s’appelle Océane, c’est nul. Ça fait penser à une salade de thon. », nous annonce tranquillement Océane, petite fille lucide qui ne se leurre pas deux secondes devant les sourires pleins de compassion des adultes. Océane est l’un des sept personnages imaginés par Julien Daillère, sous forme de nouvelles. Il a eu l’idée d’en faire une adaptation théâtrale et d’oser, seul en scène, les interpréter tour à tour. Un monologue jubilatoire qui crisse sous la dent.

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Fauvette ou le vent de la colère

Agnès Jaulin
mercredi 1 octobre 2008


Poème dansé d’une excellente qualité, Fauvette ou le vent de la colère fait mouche dans le cœur de son jeune public. Hissant au rang d’une belle aventure les turbulences émotionnelles de la petite enfance, ce spectacle se distingue en effet très nettement. Tant par l’intelligence de sa mise en scène qui, en privilégiant l’aspect visuel est au plus proche de la sensibilité de ses spectateurs, que par la générosité de son interprète dont les évolutions dansées et la qualité expressive, si soigneusement travaillées, sont aussi précises qu’un langage complexe. Réjouissant !

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