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V.
David Larre mercredi 15 octobre 2008
V., comme violence du verbe, victoire incertaine de la poésie sur la barbarie, vers rigoureux du poète contre vitupération ordurière du skinhead. Le décor est planté : un homme venu honorer au cimetière la mémoire des siens trouve un « sauvageon » en train de noircir les tombes de slogans haineux. L’affrontement de l’homme de lettres et du hooligan se présente comme le symptôme d’une lutte des classes ayant mal tourné, d’une transmission avortée de la culture classique, pourrie sur pied, écrasée sous les Doc Martens du marginal. Dans ce poème dramatique, duel langagier empruntant une multitude de tons, de l’épique au lyrisme social, Tony Harrison laisse entendre toute la vigueur de son engagement et dénonce les illusions hypocrites du politiquement correct. La mise en scène de Claude Guerre, à la fois frontale et habile, laisse la part belle à un comédien d’envergure, Guillaume Durieux, à la force d’expression remarquable.
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Tokyo Notes
David Larre lundi 13 octobre 2008
Le Festival d’Automne crée l’événement en invitant le dramaturge Oriza Hirata à mettre en scène son célèbre Tokyo Notes à Gennevilliers. La pièce, conçue à partir des allées et venues de visiteurs d’un musée où affluent les tableaux sauvés in extremis d’une Europe à feu et à sang, se présente comme un dispositif à la fois non spectaculaire et très impressionnant. Les comédiens proches du public sont pris dans une agitation triviale, des dialogues presque insignifiants qui laissent apparaître, de non-dits en décalages infimes, de joies surfaites en plaisirs retardés, les béances de vies traversées par l’angoisse de la séparation. Par son esthétique du peu, son mélange unique de radicalité et de délicatesse, le spectacle frappe à double détente, une caresse au cœur, une invite à l’intelligence. Le coup est magnifique.
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Fin de partie
Stéphanie Richard mercredi 8 octobre 2008
Le rideau de fer lourd et grinçant s’ouvre. Un homme est là, qui se tient debout ou presque. Le monde lui est apparemment tombé sur les épaules. Il regarde les minuscules fenêtres de part et d’autre de la scène, à trois mètres de hauteur. Il va chercher un escabeau, le place sous une fenêtre, monte dessus et ouvre le rideau. Il redescend, fait quelques pas, revient en arrière, prend l’escabeau, l’installe sous l’autre fenêtre, monte et ouvre le rideau. Il repart, se ravise, prend l’escabeau, monte, regarde par la fenêtre et… rit. L’univers de Beckett s’ouvre devant nous, entre vide absolu et obsession douloureuse.
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Dedans Dehors David
Myrto Reiss lundi 6 octobre 2008
Après un triptyque (dont le deuxième volet, Fées, saisissait par son étrange beauté) remuant le néant qui paralyse les derniers nés de la génération X, après une collaboration constante avec Ronan Chéneau pour l’écriture, le jeune metteur en scène David Bobee s’empare pour la première fois du texte d’un autre. L’américain Dennis Cooper fait partie de ces auteurs post-beatnik, un peu trop « destroy », se revendiquant de la culture punk. De son premier roman, Closer, composé de huit chapitres – portraits trash de post-adolescents, David Bobee choisit celui où la violence est la plus intériorisée et donne l’occasion à Fanny Catel-Chanet de réussir une performance de haute qualité, dans l’interprétation du singulier et ambivalent personnage de David.
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Scènes de la vie conjugale
David Larre vendredi 3 octobre 2008
L’image figée, sourire impénétrable et naïve confiance en soi, du couple parfait. Johan et Marianne sont mariés depuis treize ans, ont deux filles, une vie sociale bien remplie et jouissent d’un accomplissement professionnel enviable. Quand petit à petit, dans un dévoilement aussi banal qu’inexorable, les fissures du bel édifice relationnel apparaissent pour se transformer en béances : compromis intenables, reproches contenus et soudain expulsés avec rage, infidélité notoire, le couple part à vau-l’eau. Sans pour autant cesser de s’aimer. Sur la scène du Théâtre Mouffetard, les deux comédiens, Muriel Jacobs et Alain Leempoel, empoignent avec vigueur la partition d’Ingmar Bergman, dont la violence verbale et l’amère lucidité résistent bien au temps, et proposent un beau moment de théâtre qu’une mise en scène parfois conventionnelle, parfois brillante ne parvient pas à affaiblir.
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