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Georges  Courteline

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C’est notamment dans son expérience de 14 années dans la fonction publique que Georges Courteline (1858-1929) a puisé son inspiration littéraire, et bien sûr dans le spectacle de la ville, des cafés où son oeil vif pouvait saisir des “caractères” ! Romancier, nouvelliste, il fit ses débuts d’auteur dramatique grâce à André Antoine qui lui demanda d’adapter ses récits pour son Théâtre-Libre. Il fut d’abord joué sur de petites scènes de Montmartre, son quartier adoré, puis au Théâtre Antoine et connut la gloire à la Comédie-Française. Il reçut la Légion d’honneur en 1899 et fut élu à l’Académie Goncourt en 1926.

  • Chronologie

1858 : Naissance de Georges Courteline
25 juin, naissance à Tours de Georges Victor Marcel Moinaux, le futur Georges Courteline.
Le père, Jules Moinaux, est un auteur déjà célèbre. Il réunira en volumes ses chroniques judiciaires : Les Tribunaux comiques et Le Bureau du commissaire préfacés par un Alexandre Dumas fils enthousiaste.

1863 : Courteline a 5 ans
L’été la famille s’installe sur la Butte Montmartre, rue des Rosiers (aujourd’hui rue du Chevalier de la Barre). Jules Moinaux y reçoit le Tout-Paris des théâtres et le petit garçon aux belles boucles blondes est à la fête lorsque toutes ces gloires se donnent rendez-vous sous les tonnelles des Moinaux. Il rêve d’être comédien et s’amuse à imiter les illustres invités.

1871 : Courteline a 13 ans
Ses parents l’ont inscrit comme interne au collège de Meaux, institution austère installée dans le cadre terne d’un ancien couvent. L’enfant a dû revêtir l’uniforme de rigueur. Il fait connaissance avec l’arbitraire de professeurs bornés, avec les châtiments corporels, avec les réveils brutaux à cinq heures trente précises. Georges passera six ans derrière les hauts murs du collège de Meaux, poursuivant une scolarité médiocre de cancre obstiné.

1879 : Courteline a 21 ans
Au mois de mai, il passe le conseil de révision. Petit, malingre, il n’est visiblement pas taillé pour la vie militaire ; le sergent recruteur l’interroge :
- Vous savez monter à cheval ?
- Heu, non...
- Vous savez faire quelque chose ? Jouer du violon, du cor de chasse, du piano ?
Georges se penche vers le sous-officier et lui confie :
- Je sais jouer du bilboquet !
Incorporé malgré tout, il passera plusieurs mois à l’infirmerie et sera renvoyé à la vie civile avec un congé de convalescence. Pour faire plaisir à son père, il entrera comme expéditionnaire à la direction générale des cultes.

1881 : Courteline a 23 ans
Il crée une revue poétique : « Paris-Moderne ». Il y publiera un poème intitulé : Sur Commande signé, pour se démarquer de son père : Georges Courteline. Il n’expliquera jamais la provenance de ce pseudonyme. C’est là qu’il rencontrera Catulle Mendès avec qui il liera une amitié profonde.

1883 : Courteline a 25 ans
Le 25 mars paraît le dernier numéro de « Paris-Moderne ». Courteline poursuit sa carrière d’expéditionnaire. Le 18 décembre, son chef de service adresse cette note au directeur : « Bon rédacteur. Garçon d’avenir. A droit à un avancement. Je demande pour lui 300 frs. »

1884 : Courteline a 26 ans
Des poètes, des journalistes, des romanciers se sont réunis pour fonder un quotidien : « Les Petites Nouvelles ». Georges est chargé d’une chronique régulière, dans laquelle il traitera tous les sujets qui amusent ou inquiètent les Parisiens. Poussé par le succès, il propose une petite nouvelle : « La Soupe » où il met en scène un régiment. Dès lors, Courteline développera une galerie de personnages, soldats paumés, officiers avinés, bleus débrouillards, qui feront le succès des Petites Nouvelles.

1890 Courteline a 32 ans
Le 6 novembre, Courteline est, avec Catulle Mendès, à la Taverne Pousset, sur le boulevard Montmartre. Ce soir-là, André Antoine vient s’asseoir à sa table. Le fondateur du Théâtre Libre passe une partie de la nuit à parler dramaturgie avec Courteline et le lendemain il écrit dans son journal : « Hier soir, en arrivant chez Pousset, je trouve, à la table de Catulle Mendès, Georges Courteline, encore employé à l’instruction publique ou aux Cultes, déjà célèbre par ses contes et ses nouvelles. Je le détermine à faire quelque chose pour le Théâtre Libre où j’ai la conviction que son comique puissant serait une note bienheureuse dans la disette où nous sommes d’auteurs vraiment gais. ». Un mois plus tard l’Echo de Paris publie « Lidoire ». Le ton, le style, provoquent le rire et Courteline propose à Antoine d’en tirer une petite scène ; le metteur en scène lui répond immédiatement : « Enfin ! Il y a si longtemps que je vous guette et que je vous attends ! J’ai rigolé follement, comme tout le monde, de votre fantastique Lidoire. Mais oui, mais oui, mille fois oui, faites cela et tout ce que vous voudrez et nous mettrons sur scène une chambrée épatante... »

1891 : Courteline a 33 ans
Le 7 juin, première de « Lidoire ». Le ton farouchement naturaliste dans lequel Antoine a monté la saynète excite la verve des échotiers qui se moquent de ce parti pris. Courteline leur répond dans l’Echo de Paris. Malgré les critiques, la pièce remporte un joli succès et Antoine peut noter : « Courteline avec son Lidoire a puissamment contribué à tuer la légende répandue que nous étions surtout des gens ennuyeux. ».

1892 : Courteline a 34 ans
Le 16 avril, création, au Nouveau-Théâtre, d’une revue en cinq actes de Catulle Mendès et Georges Courteline : « Les joyeuses Commères de Paris ». Dans les coulisses, Courteline fait la connaissance d’une petite actrice de 23 ans : Suzanne Berty. Bientôt, il s’installe avec elle dans une petite maison biscornue de la butte Montmartre. Le désordre le plus parfait règne dans la demeure, les poules du voisinage viennent picorer sur la table et les chats ronronnent au coin du feu. En vain Georges réclame à sa compagne un minimum d’ordre, la jeune femme se désintéresse totalement des basses questions d’intendance. Alors, Courteline fourre ses manuscrits dans sa serviette et va travailler chez une ancienne maîtresse.

1893 : Courteline a 35 ans
Le 27 avril, création de « Boubouroche » par le Théâtre-Libre. Toute la presse est enthousiaste. La pièce remporte un immense succès et sera reprise dès le mois de septembre au théâtre de Cluny, boulevard Saint-Germain. Un homme pourtant ne partage pas l’engouement général. Son père, Jules Moinaux, déclare : « Ca ne restera pas, ça se passe dans un café ! ».
Le 13 mai Suzanne accouche d’une petite fille, nouvelle raison pour Courteline d’aller chercher dans les bistrots une tranquillité qu’il ne trouve pas chez lui.

1894 : Courteline a 36 ans
Il est toujours employé à la direction des Cultes. Le collègue qui y exécute ses tâches lui réclame quelques jours de vacances. Il faudrait pour cela que Courteline reprenne le chemin du bureau. « Moi ? Rayez cela de vos papiers. Nulle puissance humaine ou même diabolique ne saurait me résigner à aller au bureau. Vos vacances c’est ma démission. J’y perdrai quinze-cents francs par an et vous les perdrez du même coup. Vous avez de la famille, c’est grave ! ». Le bonhomme refuse, Courteline se précipite rue de Bellechasse et révèle à son directeur l’accord secret qui le lie à son collègue. Le directeur prie l’expéditionnaire de renoncer à donner sa démission pour un aussi futile prétexte. Courteline insiste, mais pressé par sa famille il sollicitera de la direction des Cultes une mise en disponibilité qu’il obtiendra et dans laquelle il restera jusqu’à la fin de ses jours.
Le 22 novembre : création de « La Cinquantaine » au théâtre du Carillon, rue de la Tour-d’Auvergne.
Le 14 décembre : Première de « La Peur des Coups » au théâtre d’Application, rue Saint-Lazare. Cette saynète amère a été écrite par Courteline pour sa compagne, Suzanne Berty, qui crée le rôle. A nouveau enceinte, elle monte sur scène avec un ventre de six mois, refusant de céder son emploi et comprime sa taille chaque soir davantage pour cacher sa grossesse au public. Le 11 mars Suzanne donne naissance à un petit garçon que l’on prénomme André. La veille encore elle était sur scène.

1896 : Courteline a 38 ans
Le 13 mai : « Le droit aux étrennes », vaudeville en un acte au Théâtre-Salon rue Chaptal (le futur Grand-Guignol).

1897 : Courteline a 39 ans
Le 15 mars : « Hortense, couche-toi » au Grand-Guignol. Le 13 avril : « Monsieur Badin ». Le 17 mai : « L’Extra-Lucide ». Le 10 juin : « Une lettre chargée » au théâtre du Carillon. Le 10 octobre : « Théodore cherche des allumettes » au Grand-Guignol. Le 2 décembre : « Gros Chagrins » et « La Voiture versée » au théâtre du Carillon. Toutes ces saynètes n’ont qu’un acte. Courteline expliquera : « Un acte, un seul acte, voilà ma mesure au théâtre. Que voulez-vous, je n’ai pas d’imagination. Mes intrigues s’arrêtent court après un acte ».

1898 : Courteline a 40 ans
Le 13 janvier : L’Aurore publie « J’accuse ». Georges Courteline écrit à Zola : « Où vous allez, je l’ignore. Je sais seulement que depuis trente ans vous n’avez eu tort qu’une fois : le jour où vous avez humilié en place publique la vieillesse de Hugo. Je suis donc avec vous d’instinct, aveuglément, tellement est grande ma confiance en votre lumineux bon sens. ».
Le 7 février : « Les Boulingrin », vaudeville en un acte au Grand-Guignol.

1900 : Courteline a 42 ans
Le 20 octobre, Jules Renard croise Courteline chez Antoine et note dans son journal : « Courteline, avec une serviette pleine de littérature et ses mèches de cheveux toujours collées comme des pinceaux, gueule contre ce cochon de Boileau qui n’a fait qu’emmerder Corneille, contre la Société des Auteurs, qui touche onze pour cent de nos droits en Province et étend la Province jusqu’au boulevard des Capucines... ».

1902 : Courteline a 44 ans
Courteline doit rompre ses tournées de conférences, Suzanne Berty, sa compagne, a contracté la tuberculose. Le 26 mars il l’épouse, légitimant ses deux enfants. Elle meurt peu après, le 6 mai, laissant Courteline écrasé de chagrin.

1903 : Courteline a 45 ans
Le 26 novembre : « La Paix chez soi », comédie en un acte au Théâtre Antoine. Dernier hommage à Suzanne, cette pièce met en scène un littérateur tirant à la ligne dans lequel on pourrait reconnaître l’auteur et une petite femme rouée et insouciante, portrait sans retouche de sa compagne disparue. Catulle Mendès prédit dans Le Journal : « Cette comédie, c’est un menu chef-d’œuvre délicat, extravagant et mélancolique ; non moins délicieux dans la gaieté que dans la tristesse. Quand c’est fini de rire, on a envie de pleurer. Il n’appartient qu’aux grands auteurs comiques de faire sortir du rire une rêverie penchée sur les douleurs humaines ».

1905 : Courteline a 47 ans
Célèbre, Courteline est sans cesse harcelé par les journalistes qui lui demandent de s’exprimer sur tous les sujets. Las, il fait imprimer une circulaire ainsi conçue :

CABINET
DE                                     « Paris, le...............
G.COURTELINE
Centralisation des
interviews                             « Monsieur et cher confrère,

« En réponse à votre lettre du...... par laquelle vous voulez bien me demander mon avis à propos de..........
« J’ai l’honneur de vous informer que je m’en fous complètement.
« Dans l’espoir que la présente vous trouvera de même, je vous prie d’agréer, Monsieur et cher confrère, l’assurance de mes sentiments les plus dévoués.

« Pour Monsieur G.Courteline
« Le centraliseur Général »

1915 : Courteline a 57 ans
Anatole France, avec qui Courteline s’est lié d’amitié, rapportera (in Dialogues sur la vieillesse) : « Un soir de printemps, j’entendis sur le pont de pierre qui mène à Tours des imprécations et je vis des bras se jeter désespérément dans le vide. C’était notre ami commun, notre Molière de poche, l’aimable Georges Courteline, qui dénonçait la vieillesse dont pourtant il n’a reçu encore que les premières atteintes, comme ennemie du genre humain.... »

1916 : Courteline a 58 ans
A l’intention des soldats blessés, Courteline joue « La Paix chez soi ». Dans sa Philosophie, parlant de la guerre, il se montre un incorrigible optimiste : « Cette guerre a porté en elle le plus généreux des fruits : la fin des guerres. Jusqu’à présent, le monde était régi par la loi du plus fort ; demain il sera régi par la loi du plus sage. ».

1921 : Courteline a 63 ans
14 juillet : Il est nommé commandeur dans l’ordre de la Légion d’Honneur. Antoine lui écrit : « Eh bien mon vieil ami, te voilà tout à fait dans les légumes ! (...) Pour beaucoup qui t’acclament respectueusement aujourd’hui, tu ne fus d’abord qu’un « rigolo » (...) Tu as conservé ton franc-parler, un peu réactionnaire même ; il a bien fallu te donner la rosette, mais on reste inquiet sur cet officier de la Légion d’Honneur qui travaille dans les cafés... »

1929 : Courteline meurt le 25 juin. Le monde entier rendra hommage à l’écrivain disparu ; le dramaturge polonais Waclaw Grubinski écrit dans Le courrier de Varsovie : « Sous l’apparence d’une indulgente ironie et d’une touchante bonhomie, se dissimulait chez Courteline un grave penseur, un grand coeur, un vrai poète qui a su pénétrer jusqu’au fond de la conscience humaine.... »

Extraits de La vie et l’œuvre de Georges Courteline, Emmanuel Haymann,
col. Bouquins, Laffont.








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