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« Je suis trop petit pour les choses sublimes et trop grand pour les petites choses. » Gorki
Comme chaque été, Bassov et sa femme Barbara retrouvent leur datcha et
leurs amis. Sont présents Carélie, sa soeur, son jeune beau-frère, son secrétaire,
l'ingénieur Souslov, sa femme Youlia, le médecin Doudakov, Olga sa femme,
le propriétaire Rioumine. Arrivent également l'étudiant Zimine, l'oncle
Deuxpoints, et Sonia. Les vacances paisibles sont troublées par l’arrivée de
l’écrivain Chalimov qui entre en conflit avec le médecin Maria Ivovna.
Ce petit monde douillettement embourgeoisé en sera bouleversé. Entre
confidences et coups de griffe apparaissent les idéaux reniés, les amours
muettes, les lâchetés, les abandons, les déceptions. Poustobafoka, le veilleur
de nuit, Kropilkine, le gardien, regardent vivre les estivants.
Gorki dit avoir écrit Les Estivants pour redonner des « rêves à l’âme ». Les
Estivants comme une suite des Barbares.
La suite du travail avec ce groupe d'acteurs-là, la suite de notre étude sur
Gorki. Creuser le sillon avec ténacité, insister. Descendre dans les profondeurs. Énerver. Épuiser. C’est avec cette exigence que tout au long de ces derniers
mois, je me suis approprié la matière littéraire pour en faire une adaptation
ou plus précisément une articulation qui aboutit à un matériau premier
pour le travail de plateau.
De Tchekhov à Gorki : deux études parallèles se nourrissant l'une l'autre.
D'un monde qui se regarde mourir à un monde qui se voit naître. Un monde
ancien qui dégénère, un monde nouveau non encore parvenu à voir le jour,
où, dans le clair-obscur, peuvent surgir les pires monstres comme les plus
belles chimères.
L'écriture de Gorki ne nous met pas en suspens par rapport au dénouement
de la fiction, elle nous oblige au contraire à nous intéresser au déroulement
des actions. Au présent de l'acte. Passé et futur viennent de surcroit. Ainsi
Gorki est un formidable laboratoire d'analyse comportementale. Situations
extrêmes, situations crise, situations crash. Évidemment.
Et ces situations, il ne s'agit ni de les théoriser, ni de les commenter, ni de les
imiter, il s'agit d'en être. Gorki ne produit pas un théâtre d'idées mais un théâtre
matérialiste, où être est un processus d'adaptation aux circonstances de la
vie, chacun devant composer entre son bonheur individuel et son désir d'appartenance à la communauté. Il ne s'agit pas d'un spectacle de plus, mais de la poursuite d'une recherche
sur l'acteur (être), sur notre héritage théâtral (avoir), sur la place du théâtre
dans l’époque, sur la place de l’époque dans l'histoire, sur la place de l’humain
dans cette histoire-là.
Les personnages de Gorki ne sont là ni pour nous divertir, ni pour nous communiquer
quoi que ce soit. Ils ne sont là ni pour nous être sympathiques, ni pour devenir nos héros ; juste ils sont là. Et il faut bien faire avec. En revanche,
et c’est là où ils nous troublent, leur place et leur rôle ils ont bien du mal à les reconnaitre et à les tenir. L’individu chez Gorki est une découverte permanente
et non une donnée fixe et définitive. On aimerait tellement pouvoir s’identifier à des personnages de théâtre, on
aurait tellement besoin de guides et de lumières, mais qui voudrait s'identifie rà ces gens-là, qui voudrait s'identifier à soi-même, et qui voudrait de soi
comme guide ?
Regardons-les oeuvrer dans ce clair-obscur, sans espoir de lendemains qui
chantent, sans petites lumières scintillantes dans le lointain. Ces estivants-là
tracent leur chemin dans la forêt, et les branches et la pluie fouettent douloureusement
leurs visages. Et nous réconcilient avec ce que nous sommes.
Éric Lacascade, Novembre 2008
Adaptation Éric Lacascade.
La troupe
"Le théâtre n’est pas l’oeuvre d’un seul homme. Le théâtre est pour moi travail de groupe, de collectif, d’atelier. C’est sur cette pratique de l’acteur et du collectif que j'ai bâti une oeuvre théâtrale tout au long des années passées en compagnie, puis des dix autres à la direction d’un Centre Dramatique National. Le groupe des acteurs est indissociable de mon travail, dans la réflexion comme dans la pratique.
Le groupe des acteurs préexiste toujours au premier élan créateur, avant le texte même. Ce qui m’intéresse par-delà le texte, c’est la traversée commune de celui-ci. La prise en charge du plateau est collective. Cette énergie est plus créatrice qu’une quelconque performance individuelle, car elle seule a le pouvoir d’englober le groupe des spectateurs. Le théâtre que je fais est fabriqué par un choeur sans
héros. Dans celui-ci le corps de l’acteur est l’instrument privilégié, la parole naît du plateau, elle surgit du quotidien, du corps, du travail physique, de l’improvisation. Elle se cristallise et devient essentielle.
Le texte survient comme le souffle, il part de l’organicité de l’acteur, de l’urgence qu’a l’acteur à dire, à un moment, un mot, une phrase, en situation. C’est toujours une parole personnelle, intime. Il s’agit toujours de constituer un corps scénique. Mon théâtre est un choeur sans héros. Il n’y a pas de premier rôle, il n’y a pas de rôle secondaire. C’est la choralité qui fait la force de ma démarche artistique.
Je ne peux envisager de continuer mon parcours et l’approfondissement de mon art et d’une méthode de travail, sans la présence de ma fidèle équipe artistique dont les piliers sont : Jérôme Bidaux, Jean Boissery, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Alain d’Haeyer, Christophe Grégoire, Stéphane Jais, Christelle Legroux, Daria Lippi, Millaray Lobos, Frédérique Duchene… Leurs expériences sont différentes, certains ont été formés au Conservatoire National Supérieur de Paris, d’autres ont l’expérience d’une école moins connue, Limoges ou l’Académie de l’Université Catholique du Chili ; certains autres ont débuté avec moi, chez Gilles Defacque, d’autres ont commencé leur carrière dans mon atelier. Leur talent tient aux voies qu’ils explorent et dont ils se nourrissent mutuellement pour former le choeur créatif
qui est l’essence de ma pratique."
Eric Lacascade
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