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Informations pratiques


A l'affiche le 1 janvier 1980

La Femme Fantôme
Artistic Athévains

45 rue Richard Lenoir,   75011  Paris
Plan d'accès

Métro : Voltaire (ligne 9)
Bus : 46-56 arrêt Gymnase Japy ou 61-69 arrêt Voltaire-Léon Blum

Attention : RUE Richard Lenoir et non boulevard.

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La Femme Fantôme

GENRE : CONTEMPORAIN

Montée par Michael Batz
Avec Nadège Beausson-Diagne , Julien Goualo

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Présentation
Le mot du metteur en scène

C’est après avoir pris connaissance de l’histoire de nombreux demandeurs d’asile en Angleterre et étudié de près le compte rendu du procès intenté aux détenus de Campsfield qui s’étaient révoltés, en 1944, contre leurs conditions de détention, que Kay Adshead a entrepris d’écrire The Bogus Woman. Un texte pour une comédienne qui interprétera le rôle-titre, mais aussi tous les autres personnages de la pièce.

La pièce nous décrit le parcours d’une jeune femme noire anonyme, la The Bogus Woman du titre, qui quitte son pays d’origine (un pays d’Afrique jamais expressément nommé) après avoir écrit, pour le compte du journal où elle travaille, des articles très critiques envers le régime en place. Suite à ces articles, sa famille entière, y compris son bébé, a été sauvagement massacrée. Elle-même a été violée par trois soldats. Elle est la seule survivante de cette tuerie et parvient à rallier clandestinement l’Angleterre.

La pièce ne met pas simplement en scène l’horreur du massacre, elle dénonce également le traitement qui sera réservé à cette femme dés son arrivée en Angleterre. Elle sera soumise à toute une série d’humiliations, avant d’être finalement réexpédiée dans sons pays d’origine, où elle sera abattue sans sommation.

Pour décrire son calvaire, l’auteur a créé de nombreux autres personnages (agents de l’immigration, gardiens du centre de détention, codétenus, avocat mais aussi quelques âmes plus charitables) qui seront successivement incarnés par la jeune femme et donc interprétés par la même comédienne.

Ces dialogues recomposés seront entrecoupés de monologues intérieurs d’une grande force poétique où le personnage puise l’énergie de sa survie, en communiant notamment avec sa famille disparue et en invoquant les dieux de sa culture ancestrale.

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The Bogus Woman est une pièce extrêmement importante pour notre époque. Elle traite de notre réalité, de la réalité de notre monde aujourd’hui. Mais une réalité niée, ignorée, objet de mensonges et de déformation par nos médias qui nous disent quoi penser. La pièce est l’histoire d’une jeune femme, mais qui en cache de nombreuses autres similaires : histoires vraies qui ont eu lieu et qui continuent de se produire chaque jour dans notre monde, où des gens désespérés viennent du Sud, d’Afrique ou d’ailleurs, vers l’opulent Occident, au péril de leur vie, à la recherche d’un moment de sécurité, d’un refuge, d’un « asile ».

C’est pourquoi, l’histoire de cette Jeune Femme n’est pas seulement le récit d’événements réels, pas uniquement une accusation, mais une évocation fantomatique, une mise au monde et une incarnation de la mémoire et ainsi des mémoires, de nombreuses autres mémoires. Son histoire est un sanglot contre l’injustice, un sanglot qui nous enjoint de nous souvenir d’elle et non de l’oublier. Ne pas oublier. Ne jamais oublier.

La Jeune Femme s’adresse à nous dans une langue puissante, d’une grande force poétique, souple, riche, chargée d’images et d’évocations, bien au-delà du simple récit des faits. Elle crée tout un monde où les autres voix et personnages interprètent dialogues, scènes et actions. La pièce n’est catégoriquement pas un monologue, même si elle n’est interprétée que par une seule comédienne. Le génie de Kay Adshead repose dans sa façon de transcender le monologue en créant une forme de narration de la réminiscence qui rend chair et sang aux expériences du personnage central, le temps du passage en scène. La Jeune Femme nous raconte son histoire en conjurant ses souvenirs de devenir réels…

Cette technique, bien que complètement originale, rappelle celle des « giullarate » de Dario Fo, elle-même basée sur celle des acteurs ambulants du Moyen Âge. Bien entendu, Kay Adshead nous plonge ici dans une tragédie, là où Fo est principalement comique (même s’il y a également des contes tragiques, comme celui de Michele Lu Lanzone). Ils se ressemblent en ce qu’ils vont bien au-delà du monologue, peuplant la scène d’une foule de personnages et d’événements joués. Mais bien sûr, cette forme de théâtre est également proche des contes des griots dans les villages africains.

La pièce d’Adshead exige de toute évidence, comme chez Fo, un extraordinaire art du comédien, devant être tout à la fois très vrai, et virtuose de la métamorphose et du changement de registre. Il faut donc une actrice hors du commun qui puisse également avoir un lien direct à l’histoire de la pièce. Avec Nadège Beausson-Diagne, je sais que j’ai trouvé cette comédienne, capable d’accomplir cette tâche presque surhumaine.

La pièce et l’histoire exigent une mobilisation totale des possibilités de jeu : capacités vocales et physiques, faculté d’adaptation, présence, charisme et vérité intime. C’est de la vérité du personnage central, la Jeune Femme, que les autres présences doivent être convoquées.

Le réalisme de nombreuses scènes doit entretenir un rapport dialectique avec les éléments parfois oniriques des souvenirs, les mots doivent être dits de façon à laisser émerger la merveilleuse poésie de la langue d’Adshead, tout en préservant le naturalisme terre-à-terre de certains moments. Le travail de création devra donc se concentrer sur cette « magie » du récit théâtral. Le reste devra rester aussi simple que possible, sans décor distrayant, ni accessoires réalistes. Toutefois, l’éclairage devra être suffisamment subtil pour aider à indiquer les nombreux changements de lieu, et le travail sur le son être extrêmement abouti, puisqu’il joue un rôle essentiel dans les réminiscences.

La musique sera conçue en collaboration avec le musicien africain, Julien Goualo, qui la composera et l’interprètera sur scène, mais créera aussi sons et bruitages comme autant d’évocations sonores s’intégrant au récit et établissant un dialogue avec la comédienne.

La pièce raconte les injustices, la brutalité et les mensonges que doivent aujourd’hui affronter les demandeurs d’asile en Grande-Bretagne, et nous laisserons ce texte dans son contexte précis. Toutefois, nous souhaitons que le spectateur n’ait aucun doute sur le fait que de telles histoires puissent aussi arriver en France, même si la forme peut en être différente. L’expérience des sans-papiers ou les événements de l’Eglise Saint-Bernard en témoignent.

Nous croyons fermement que la pièce doit être vue par un public aussi large et varié que possible. Cela signifie que nous considérons comme une obligation de ne pas jouer uniquement dans des grands théâtres, mais aussi de rendre le spectacle accessible à ceux dont parle la pièce, en particulier la communauté africaine en France.

Isabel Allende m’a dit un jour que « les gens ne meurent que quand on les oublie, si vous vous en souvenez, ils seront toujours avec vous ». Par le souvenir, l’art peut, parfois, apporter un petit peu de justice. Nous faisons aussi cette pièce pour évoquer les esprits de ceux qu’on aurait autrement oubliés. Nous le devons aux morts. Et aux vivants.

Michael Batz

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Tandis que nous vivons
Sarah Gurcel
vendredi 9 mai 2003

Un grand cercle délimité par un anneau de sable, des instruments de musique « exotiques », une belle jeune femme noire dans une robe aux couleurs vives… On pourrait presque croire que c’est un joli conte que l’on va nous raconter. Si seulement. Si seulement l’histoire d’une jeune femme qui fuit l’Afrique pour demander asile en Angleterre pouvait être un joli conte. Mais c’est une réalité douloureuse jusqu’à l’insoutenable que raconte ce texte d’une force rare, magnifiquement incarné et mis en scène. Il faut se laisser hanter par ce fantôme-là : nous le devons à tous ceux et celles dont elle porte aussi le visage, parce que c’est notre dignité comme la leur qui sont en jeu, et parce que c’est du très beau théâtre. A voir absolument.

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